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Un Québec cassé

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Le Parti québécois a peut-être gagné l’élection, mais les souverainistes l’ont perdue. Avec un gouvernement aussi faible, ils pourront difficilement appliquer les mesures les plus importantes de leur programme.

Je ne parle même pas de l’indépendance. Tout le monde savait que Pauline Marois ne la ferait pas. Je parle du cégep français, de la création d’une citoyenneté québécoise, de la nouvelle loi 101 et probablement de la loi sur la laïcité. Le slogan de l’année à venir : l’impuissance au pouvoir !

Le projet souverainiste est épuisé. Comme si les Québécois ne se préoccupaient plus de leur destin comme peuple, mais seulement de leur avenir comme société. Et encore ! S’intéressent-ils vraiment à l’avenir, dans la société de la jouissance immédiate ?

Je pose la question : sommes-nous encore un peuple ? Ne sommes-nous pas plutôt une série de clientèles hostiles les unes aux autres, entretenues artificiellement par un État endetté qui ne sait plus vraiment quelle est sa mission ?

Fracture profonde

Le Québec est divisé. Comme jamais. Aux belles années du Oui et du Non, nous n’étions pas d’accord, mais nous savions quel était notre désaccord. Aujourd’hui, les Québécois ne se parlent plus. Ils ne savent plus ce qui les unit, ni même ce qui les désunit.

Les résultats électoraux reflètent une fracture plus profonde. Chaque parti a joué sa base : la gauche souverainiste pour le PQ, les ultrafédéralistes pour le PLQ, le centre droit pour la CAQ. Chacun constate que sa base est insuffisante pour prendre le pouvoir.

Un fait ressort pourtant. Le Québec est majoritairement « à droite ». Je ne parle pas d’une droite radicale, mais du centre droit ordinaire, celui qui ne se pâmait pas devant les étudiants au printemps et qui croit notre société paralysée dans le « modèle québécois ».

La « droite », ce n’est pas seulement une question d’efficacité, mais de « valeurs traditionnelles » : responsabilité individuelle ; effort ; famille ; enracinement identitaire ; rigueur budgétaire. Printemps érable ou non, le « progressisme » n’a plus le monopole des valeurs québécoises.

Courant réformateur

Au sein même du Québec francophone, il y a tout un courant réformateur qui fait le constat d’échec de la social-démocratie ou, du moins, qui critique ses excès. Il a porté plusieurs noms depuis 10 ans. On l’a nommé ADQ ou Québec lucide, on l’appelle désormais CAQ.

Si, dans la région de Québec, il est clairement fédéraliste, ailleurs, et surtout dans le 450, il est nationaliste. Ses partisans n’ont pas d’attachement émotif au Canada. Ces gens-là pourraient voter Oui au référendum. Mais c’est leur 1 000e priorité.

Les souverainistes devront s’ouvrir à eux. Ils ont remarquablement rénové leur programme identitaire depuis cinq ans. Ils devront maintenant rénover leur programme socioéconomique. À trop marcher sur leur jambe gauche, ils ont fini par claudiquer.

Je l’écris depuis des années : les souverainistes préfèrent perdre 100 votes à droite qu’un vote à gauche. Dans le premier cas, ils relativisent la perte. Dans le deuxième, ils ont l’impression de perdre leur âme. Le PQ était obsédé par Québec solidaire et le carré rouge. C’était suicidaire.

Avec la Révolution tranquille, le nationalisme est passé de droite à gauche. Après 50 ans, comprendra-t-on qu’il est allé trop loin ? Que le Québec n’appartient pas qu’aux sociaux-démocrates ? Qui osera faire ce constat ? Qui en

tirera les conséquences ?

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