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Le pouvoir au féminin

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Si le Québec a attendu le 4 septembre 2012 pour s’offrir une femme à sa tête, plusieurs autres pays et provinces à travers le monde ont déjà été dirigés par des représentantes du sexe autrefois qualifié de faible. Souvent adulées et parfois détestées, ces femmes hors du commun ont connu des destins extraordinaires ou tragiques.

Dans son dernier classement des personnalités « les plus puissantes au monde », le magazine américain Forbes ne comptait pourtant qu’une seule femme dans son top 10. Il s’agit de la chancelière allemande Angela Merkel, classée quatrième après Barack Obama, Vladimir Poutine et Hu Jintao.

Physicienne de formation, cette conservatrice de 58 ans a été élue comme chef du gouvernement allemand en 2005. Réélue en 2009, son mandat doit prendre fin dans un an.

« Le fait qu’elle ait été élue puis reconduite montre que le critère du sexe est moins important ici. Ce qui compte, c’est avant tout la compétence », croit la professeure en sciences politiques Anne-Marie Gingras.

Réputée pour sa poigne, Mme Markel a gardé le nom de famille de son premier mari. Son conjoint, physicien comme elle, est pratiquement inconnu du grand public. Dans l’ombre de sa femme, Joachim Sauer — alias « Le fantôme de l’opéra » — est tellement discret que l’ex-président français Nicolas Sarkozy a jadis commis un savoureux lapsus à son sujet en l’appelant M... Merkel.

Dilma la révolutionnaire

Il y a quelques mois, la publication d’une vieille photo datant de 1970 a fait sensation au Brésil et dans le monde. On y voit une magnifique jeune femme se tenir droite sur une chaise. En arrière-fond, deux juges militaires aux allures sinistres se cachent le visage pour ne pas être reconnus.

On apprendra par la suite que la belle révolutionnaire se battait, armes à la main, contre la dictature militaire qui étouffait son pays. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la photo a vraisemblablement été prise entre deux séances de torture. La jeune femme passera près de trois ans de sa vie en prison, mais ne dévoilera aucune information sur ses camarades de lutte.

Une quarantaine d’années plus tard, l’ex-guérillera Dilma Rousseff succédait au très populaire président Lula à la tête du pays. « Sachant qu’une campagne se gagne aussi à la télévision, Dilma s’est soumise à plusieurs opérations de chirurgie esthétique. Elle en est sortie rajeunie, plus mince et sans ses grosses lunettes de forte en thème », écrivait le magazine Le Point, en 2010, dans un portrait consacré la candidate à la présidentielle.

Autres destins

Après avoir vécu à la Maison-Blanche pendant huit ans en tant que première dame, Hillary Clinton se serait bien vue présidente des États-Unis, en 2008. Les primaires démocrates lui ont cependant été fatales. « Il y a eu un vent de changement à cette époque-là. Les Américains voulaient du neuf et ils l’ont eu avec un premier président noir. Mme Clinton était trop associée à son mari », explique la professeure Gingras.

Dans d’autres contrées, Benazir Bhutto a été assassinée, fin 2007, après avoir été première ministre du Pakistan à deux reprises. En 2011, la présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, a été colauréate du prix Nobel de la paix durant son mandat. Et, en Tunisie, Leila Trabelsi, femme de l’ex-président Ben Ali, a longtemps été pressentie pour succéder à son mari. Mais c’était bien avant le déclenchement d’une soudaine révolte qui a obligé le couple à quitter le pays vers d’autres cieux.

Marois écrit l'histoire

Même si le critère le plus important demeure la compétence, il n’est pas superflu de se féliciter de l’élection d’une première femme au poste de chef de gouvernement au Québec.

C’est du moins l’opinion formulée par la professeure de sciences politiques Anne-Marie Gingras et par la présidente du Conseil du statut de la femme, Julie Miville-Deschêne.

« On n’en fait pas trop en rappelant que c’est la première fois qu’une femme devient première ministre du Québec, assure Mme Gingras. Les modèles féminins dans des postes comme celui-là sont assez rares. Il faut donc les souligner. »

Même raisonnement du côté de Mme Miville-Deschêne. « Le jour où deux ou trois femmes seront passées par là, on arrêtera d’en parler. Le critère du sexe sera banalisé. Mais comme nous ne sommes pas dans le peloton de tête des endroits où des femmes ont occupé des charges aussi importantes, c’est normal d’en parler », insiste-t-elle.

L’âge plutôt?

La professeure Gingras de l’Université Laval juge que le critère déterminant qui a permis à Mme Marois d’accéder à son poste actuel est plutôt son expérience ministérielle et son âge. « Le fait qu’elle ait dirigé des ministères importants dans le passé et qu’elle ait son âge actuel (63 ans) inspire confiance. Je ne suis pas convaincue que les Québécois auraient voté pour une femme de 45 ans, comme ils l’avaient pourtant fait avec un homme (Jean Charest avait 45 ans en 2003) », signale-t-elle.

Comme des pans entiers de la politique contemporaine se déroulent par médias interposés, Anne-Marie Gingras s’attend à ce que Mme Marois soit « en compétition » avec les lectrices de nouvelles, les animatrices télé et les jeunes journalistes féminines. « L’esthétique des personnalités politiques devient de plus en plus importante et c’est encore plus vrai pour une femme, pense-t-elle. Si un homme politique est ridé, on va dire qu’il a beaucoup travaillé la veille, mais si c’est une femme... »

 

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