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Gros sur le cœur

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Vendredi dernier, j’ai interviewé Lucien Bouchard pour Les Francs-Tireurs (l’entrevue est diffusée ce soir à 21 h à Télé-Québec).

« Monsieur Bouchard ne veut pas commenter le résultat des dernières élections provinciales, m’a dit l’attachée de presse qui l’accompagnait. Il ne veut pas jouer à la belle-mère... »

Lucien Bouchard croit que Pauline Marois n’aurait jamais dû marcher aux côtés des manifestants

L’ÉLÉPHANT DANS LE SALON

Gentil garçon, j’ai respecté les consignes.

On a parlé des rapports compliqués de M. ­Bouchard avec les médias, du dur travail de politicien, des thèmes que l’ex-premier ministre aborde dans son dernier livre, Lettres à un jeune politicien.

Mais, après quelques minutes à tourner autour du pot et à faire semblant que rien ne s’est passé le 4 septembre, nous avons parlé des « vraies affaires ».

Ayoye.

Une chose est sûre : les oreilles de Mme Marois vont lui ­siller, ce soir. Car Lucien Bouchard n’est pas sur la même longueur d’onde qu’elle.

PAS DANS LA RUE

D’abord, M. Bouchard trouve le PQ beaucoup trop à gauche. « Avant de partager la richesse, il faut la créer. Or, le terme de création de richesse est devenu un tabou au PQ... »

Il trouve aussi que Pauline ­Marois n’aurait jamais dû marcher aux côtés des manifestants.

« Je ne trouve pas que la rue est un instrument démocratique. Ce n’est pas une façon convenable de provoquer des décisions de l’État, car, au bout du compte, c’est seulement ceux qui marchent qui obtiennent ce qu’ils veulent... Ceux qui ne marchent pas n’auront rien. »

« Or, ce n’est pas parce que tu marches dans la rue que tu as nécessairement raison. Ceux qui ne marchent pas ont peut-être des besoins beaucoup plus criants que les tiens. »

« Moi, quand je parlais en public et que des gens manifestaient, je pensais toujours aux millions de personnes qui, elles, ne manifestaient pas. Je les imaginais derrière la foule qui clamait des slogans. C’est à ces gens que je parlais. C’est à eux que je pensais. »

« Je me disais : “ Si tu dis oui aux manifestants, ce sont eux qui vont payer... ” »

Aurait-il porté le carré rouge ?

« Jamais. Un élu, c’est un arbitre. Et, quand tu es un ­arbitre, tu ne vas pas prendre un café avec les joueurs entre les périodes... »

LA MÉMÉSPHÈRE

Lucien Bouchard jette aussi un regard très critique sur les médias sociaux.

« Maintenant, il y a des centaines de personnes qui se ­lèvent le matin et qui éructent leurs frustrations de façon insultante. Ça pourrit l’atmosphère... Et le pire est que les gens dans l’entourage des ministres lisent ces insultes, et modifient leurs messages et leurs politiques en fonction de ce qui circule sur Twitter ! Ça n’a aucun sens... »

Et qu’en est-il de son amitié avec Paul Desmarais, le chantre du fédéralisme ? N’est-ce pas comme si Batman était ami avec le Joker ?

« Je devrais me priver de rencontrer des gens parce qu’il y a des jaloux, des frustrés ? Je vais vous dire ce que je crois : je pense que certains péquistes ne me pardonnent pas d’avoir mené la cause si près du but... »

Bref, une entrevue qui « torche », comme on dit. Hâte d’entendre vos commentaires. Ses propos ne vous laisseront pas indifférents...

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