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La bêtise, la vraie

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Mon père a l’habitude de dire que la seule chose vraiment infinie est la bêtise humaine.

C’est justement parce qu’elle est infinie qu’il ne faut pas perdre du temps à noter toutes ses manifestations. On ne ferait que ça. On a cependant porté à mon attention une perle qui mérite un temps d’arrêt.

Le 31 août, cinq jours avant que les Québécois votent, un éditorial du Globe and Mail contenait le passage suivant (ma traduction) : « La campagne estivale a mis à jour les positions irrationnelles, extrêmes et perverses de Pauline Marois et de ses partisans séparatistes ».

Notez le poids des mots utilisés : « irrationnelles, extrêmes et perverses ».

On peut reprocher des tas de choses aux vues de Mme Marois, mais peut-on sérieusement dire qu’elles sont « irrationnelles, extrêmes et perverses » ? ! Même le très fédéraliste journal La Presse a toujours admis le caractère pacifique et légitime du mouvement souverainiste.

Institution

Ce qui rend cet éditorial si particulier est justement qu’il s’agit d’un éditorial et non d’une chronique. Souvent incomprise, cette distinction est pourtant fondamentale.

L’opinion d’un chroniqueur n’engage que lui. Une connerie reste une connerie, mais une chronique conne relève de la connerie individuelle.

Le premier commandement du chroniqueur est qu’il ne doit pas être ennuyeux et le second est qu’il doit stimuler le débat. À ce titre, le chroniqueur, sans y être obligé, a le droit d’être ironique, provocateur, mordant, baveux, etc.

C’est donc dans la nature du genre que l’arbre donne des fruits dont la saveur pourra parfois déplaire. Ajoutez-y l’ignorance et cela explique cette abondance d’insanités sur le Québec proférées par tant de chroniqueurs du Canada anglais.

Par exemple, tout récemment, dans le Globe and Mail, la chroniqueuse Margaret Wente qualifiait les intentions du PQ sur le front de l’identité de « nettoyage ethnique moins le sang ». 

Pour être honnête, j’ai aussi lu, sous des plumes québécoises, des propos sur Stephen Harper qui ne faisaient pas dans la dentelle.

Mais un éditorial, disais-je, c’est autre chose. Un éditorial engage la maison. C’est la ligne officielle de l’institution.

Pour bien montrer que c’est l’institution au complet qui parle, certains journaux, notamment le Globe and Mail, ont pour tradition de ne pas signer l’éditorial. Habituellement, la position défendue a même fait l’objet d’une discussion en comité.

Imaginez

Le Globe and Mail est un journal prestigieux qui se veut sérieux et sobre. Il regarde de haut les quotidiens plus populaires et véhicule traditionnellement l’opinion modérée de l’establishment torontois. Si sa direction pense ainsi, imaginez ce qu’on pense ailleurs.

Un des moteurs du souverainisme reste ce sentiment malaisé, chez tant de Québécois francophones, qu’ils ne seront jamais vraiment compris ou acceptés par le Canada anglais, à moins évidemment que leur différence n’ait pas la moindre conséquence concrète.

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