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Le français : la vraie menace

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Le gouvernement péquiste ne pourra pas étendre aux cégeps l’obligation d’étudier en français à ceux qui ne bénéficient pas d’un droit acquis à l’enseignement en anglais.

La mesure ne recueille ni l’appui de la CAQ, ni des libéraux. Elle apparaît controversée chez les péquistes mêmes.

C’est un problème auquel je me suis intéressé dans mon essai Les Québécois et l’anglais Le retour du mouton.

Les cégeps n’ont pas d’équivalents dans le reste du continent. Ils ne sauraient être assimilés aux universités, la liberté de choix en matière linguistique n’y ayant rien de sacré.

La progression du bilinguisme doit être graduelle si l’on veut maintenir la motivation des immigrants à apprendre le français

Cadeau empoisonné

Par ailleurs, le réseau d’enseignement collégial n’a aucun mandat pour angliciser les jeunes francophones et allophones à même les fonds publics.

Le système universitaire anglophone est disponible pour les non-anglophones voulant continuer leurs études en anglais. Sans parler du réseau collégial anglophone privé.

Cela dit, pour enlever une liberté existant depuis des décennies, il faut s’appuyer sur du béton. Démontrer que l’équilibre linguistique est vraiment en train de se défaire au détriment de la claire prédominance du français.

Que, par exemple, les allophones choisissant de faire leur collège en anglais dépassent le pourcentage symbolique de 50 %. Ou que le nombre des jeunes choisissant le cégep français devient trop inférieur au pourcentage des francophones au Québec.

Les données du Conseil de la langue française ne montrent pas un tel glissement.

Le gouvernement devrait donc s’attaquer plutôt au cadeau empoisonné du gouvernement Charest en matière linguistique. Une mesure excessive à sa face même, nettement plus dangereuse pour l’avenir du français que la liberté de choix au collégial.

Il s’agit de l’imposition mur à mur de la 6e année bilingue. Au Saguenay et à Québec, mais également à Gatineau et dans le West Island, où vivent des francophones déjà bilingues.

Sans parler de ces écoles de l’île de Montréal où les jeunes allophones apprennent tant bien que mal le français, faute d’un nombre suffisant de francophones.

Soif d’anglais

La 6e année bilingue à Montréal est de la folie pure!

L’ex-présidente de la Commission scolaire de Montréal et nouvelle députée péquiste, Diane De Courcy, a dû annoncer l’an dernier le report de la mesure : le mandat de la CSDM est de franciser les jeunes immigrants, non de les angliciser.

Cette mesure requerra que l’on se prive de ressources précieuses en éducation pour ce qui est fondamentalement un faux problème : les francophones québécois constituent déjà l’une des collectivités les plus bilingues de la planète.

La progression du bilinguisme doit être graduelle si l’on veut maintenir la motivation des immigrants à apprendre le français et le marché pour les produits culturels en français.

Il existe dans les régions francophones une compréhensible soif d’anglais chez des parents ayant souffert de leur maîtrise insuffisante de cette langue.

Mais ne nous trompons pas d’époque! Nous sommes en 2012, pas en 2002. Internet oblige, la pénétration de l’anglais est nettement plus prononcée sur tout le territoire.

La bilinguisation des francophones se fait beaucoup d’elle-même. Fait troublant, la 6e année bilingue ne sera pas imposée aux jeunes Anglo-Québécois.

Comme si le message était que seuls les francophones devront être bilingues dans l’avenir...

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