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Éducation | technologie

«De la poudre aux yeux»

Certains tableaux interactifs neufs accumulent la poussière dans les écoles

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Des tableaux blancs interactifs, qui devaient révolutionner l’enseignement, accumulent la poussière dans les classes. Certains professeurs disent n’avoir ni la formation ni le soutien adéquat pour utiliser cette nouvelle technologie.

« C’est de la poudre aux yeux. Les enseignants se font poser un tableau, mais ils n’ont pas la formation pour l’utiliser. Dans certains cas, il manque même carrément le support informatique pour le mettre en fonction », affirme le président de l’Alliance des professeurs de Montréal, Alain Marois.

À la Commission scolaire de Montréal, on affirme que la presque totalité des 431 tableaux numériques interactifs prévus ont été installés. Or, selon l’Alliance des professeurs de Montréal, beaucoup d’entre eux ne sont carrément pas fonctionnels.

Formation inadéquate

Selon un sondage réalisé en mai par l’Alliance, environ 60 % des enseignants affirment ne pas avoir reçu de formation adéquate pour utiliser les tableaux blancs interactifs (TBI).

« À défaut de savoir l’utiliser, plusieurs enseignants s’en servent comme d’un simple rétroprojecteur. On ne l’utilise pas à son plein potentiel », affirme M. Marois.

Dans d’autres cas, le tableau a été installé tel quel, sans les composantes nécessaires à son fonctionnement, comme un périphérique ou une lampe projecteur.

« Ça fait en sorte que le TBI dort dans la classe et n’est tout simplement pas utilisé. On a même eu un cas où le système électrique de l’école n’était pas assez puissant pour alimenter le TBI. Ça n’a aucun bon sens ! », s’exclame M. Marois.

Argent gaspillé

Un technicien qualifié fait également défaut dans plusieurs écoles.

« Nous avons un technicien, mais il n’est disponible que quatre heures par semaine et il ne s’y connaît pas beaucoup. Résultat : il y a un TBI qui a été hors fonction pendant quatre mois l’année dernière », témoigne Émilie Séguin-Dumais, une enseignante de l’école primaire L’Oasis, à Lachute.

Yves Neault, enseignant à l’École secondaire Joseph-François-Perrault à Montréal, croit que l’achat de tableaux blancs n’est rien d’autre que de « l’argent gaspillé ».

« On se demande encore aujourd’hui pourquoi le gouvernement a décidé d’imposer ça aux enseignants sans les consulter. Ça sera bientôt une technologie dépassée de toute façon. On pense déjà au iPad. »

 

Les tableaux blancs
Qu’est-ce que c’est :
Un tableau blanc tactile qui fonctionne à l’aide d’un ordinateur et d’un vidéoprojecteur. La compagnie Smart Technologies, qui fournit la plupart des tableaux au Québec, affirme en avoir vendu plus de deux millions à travers le monde
Son coût :
Varie entre 3 000 $ et 5 000 $
Implantation :
Le gouvernement s’est engagé l’an dernier à installer des tableaux blancs dans toutes les classes primaires et secondaires du Québec d’ici 2016. Un projet dont le coût est estimé à 240 M$.
Des millions
engloutis
En mai dernier, l’Alliance des professeurs de Montréal a questionné ses membres sur l’usage des tableaux blancs interactifs (TBI). Voici quelques-uns des commentaires recueil­lis.
«
Le TBI était déjà installé dans la classe. Lors de mon arrivée à l’école, on ne m’a pas invitée à suivre une formation, (...) je me suis débrouil­lée pas mal toute seule. J’y ai mis beaucoup de temps... de bénévolat. »
«
C’est comme avoir un autobus et ne pas avoir le permis pour le conduire. Il y aura des millions engloutis pour le bonheur des compagnies. »
«
Selon notre direction, les tableaux ont été livrés, mais pas les budgets pour acheter du matériel (manuels et clé USB). On doit donc tout construire (ou trouver sur Internet, ce qui est aussi long). »
«
Je suis totalement contre l’achat at large des TBI dans les salles de classe. Dans mon école, j’en vois déjà plusieurs prendre la poussière dans le fond de la salle de classe. »
«
Quand il fonctionne (le mien a été brisé pendant deux mois), c’est un support visuel incroyable pour les petits du préscolaire. Par contre, je n’ai plus d’autres tableaux en cas de bris et j’ai dû me former moi-même. Le technicien en informatique n’a pas été formé pour nous supporter avec le TBI. »
«
Nous avons de plus en plus d’élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage et de cas d’élèves perturbés mentalement. Les budgets devraient être axés sur ceux-là. De plus, les constructions sont vétus­tes : les murs résisteront-ils aux ancrages d’un
TBI ? »
Source : Alliance des professeurs de Montréal (enquête menée du 16 avril au 4 mai 2012.Le questionnaire a été rempli par 113 enseignants provenant de 80 établissements de la CSDM)­
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