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Grands hommes recherchés

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Dès qu’il sort de sa réserve, Lucien Bouchard provoque un grand frisson populaire. On le voit avec son dernier livre, Lettres à un jeune politicien (je l’ai recensé sur mon blogue du Journal). Bouchard y apparaît à son meilleur. Il expose sa vision de la politique. Et du Québec.

On se demande : pourquoi il n’y en a plus comme lui ? Lucien Bouchard vient d’une autre époque. Son éloquence est théâtrale. Sa gestuelle aussi. L’homme a appris à parler avant le règne de la télé. Lucien Bouchard a l’éloquence du tribun d’antan. C’est le dernier politicien à nous avoir fait rêver.

Avec lui, on se pose une question simple : qu’est-ce qu’un grand homme politique ? D’abord, il a une vision d’ensemble de sa société. Ainsi qu’une vision des problèmes de son époque. Cela suppose une culture immense qui permet l’indépendance d’esprit. C’est le cas de Lucien Bouchard.

Dans une société en manque de leaders politiques, un grand chef politique doit être autre chose qu’un gestionnaire à la petite semaine. Là où un technocrate voit des clientèles à acheter, un grand homme politique voit un peuple à mettre en mouvement. Il sait décider.

Lucien Bouchard est critiquable ? Oui. Plusieurs de ses idées aussi. Mais au final, il est d’abord admirable. Mais notre époque fait la guerre à l’admiration. L’idée qu’il y ait un homme d’exception ne passe plus. Comme j’aime le dire, aux grands égos, nous préférons les petits égaux.

C’est la psychologie des envieux. On veut rabaisser le politicien pour éviter qu’il nous dépasse. On veut qu’il « flippe » des burgers. Qu’il saute tout nu dans un lac. Qu’il mange des crottes de fromage à la télé. Qu’il commente son panier d’épicerie sur Twitter. Et nos politiciens acceptent.

S’il parle bien, dirons-nous qu’il s’écoute parler ? S’il est cultivé et ne le cache pas, dirons-nous qu’il joue au Joe connaissant ? S’il évoque l’histoire, dirons-nous qu’il s’enferme dans le passé ? S’il ne se laisse pas museler par ses fonctionnaires, dirons-nous qu’il est autoritaire ?

D’autres en rajoutent : c’est le peuple qui doit se mettre en mouvement. On nous demande de vénérer les foules. Le grand homme fait injure à cette vision du monde. Il nous dit qu’un seul homme peut en activer des millions. Que certains ont une aptitude naturelle au commandement.

En fait, croyons-nous encore en la politique ? Aujourd’hui, elle a mauvaise réputation. On s’y insulte. On s’y lance de la boue. Pourtant, elle devrait être autre chose. La capacité de rêver et d’agir en commun.

Le grand homme ne fait pas qu’expliquer. Il inspire. Il parle à la raison. Mais touche le cœur. Il a le sens du réel. Mais fait rêver. Il nous sort d’un présent asphyxiant. Et nous fait imaginer un avenir meilleur.

Notre Québec est bloqué. Divisé comme jamais. C’est dans ces moments qu’il faudrait un grand homme. Pour surmonter ces clivages. Pour rassembler des Québécois devenus hostiles les uns aux autres.

Notre société devra redécouvrir les vertus de l’engagement politique. Il faut un grand homme pour sortir une société de l’impasse. Jean Lesage, Daniel Johnson père, René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard. Qui sera le prochain ?

 

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