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Accros aux textos... en auto

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Quitter la route des yeux pour ­rédiger un texto au volant multiplie le risque d’accident par 23. Ce simple fait devrait suffire pour faire ­réfléchir les accros aux textos. Pourtant, ­même si les accidents graves se multiplient, le message ne passe pas. Les automobilistes se ­moquent toujours ­allègrement de la loi.

Quitter la route des yeux pour ­rédiger un texto au volant multiplie le risque d’accident par 23. Ce simple fait devrait suffire pour faire ­réfléchir les accros aux textos. Pourtant, ­même si les accidents graves se multiplient, le message ne passe pas. Les automobilistes se ­moquent toujours ­allègrement de la loi.

À l’heure de pointe, rien de plus facile que de surprendre des conducteurs, cellulaire à la main, en train de lire ou d’écrire un texto, a constaté le Journal.

Postée en cinq endroits de la métropole, notre journaliste a d’ailleurs dénombré, en 80 minutes d’observation, près d’une cinquantaine de délinquants, dont un chauffeur d’autobus scolaire.

Pour remédier à la situation, Québec dévoilera justement ce matin une nouvelle campagne de sensibilisation orchestrée par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ). Mais changer les mentalités risque d’être une tâche colossale.

Même la médiatisation de la mort tragique de la jeune Émy Brochu, en janvier, ne semble pas avoir eu d’impact. La jeune femme de 20 ans avait embouti l’arrière d’un semi-­remorque qu’elle suivait sur l’autoroute 20, près de Saint-Hyacinthe, alors qu’elle textait avec son ami de cœur. Ce dernier, Mathieu Fortin, a par la suite rendu publics leurs derniers échanges pour sensibiliser les gens.

En vain, semble-t-il.

Interdiction trop récente

« On n’a pas encore réussi à apprivoiser la bête », affirme d’ailleurs Jean-Marie ­De Koninck, fondateur de l'Opération Nez Rouge et président de la Table québécoise de la sécurité routière, qui constate le peu de progrès dans la lutte aux textos en auto.

Et il ne cache pas son inquiétude, car les cellulaires sont de plus en plus accessibles et créent une dépendance.

De fait, selon lui, plus on tarde à régler le problème, plus il grandit, et plus il sera difficile de l’éradiquer.

Le capitaine Jimmy Potvin, de la Sûreté du Québec (SQ), estime qu’il faudra encore plusieurs années avant que les mentalités changent. Il rappelle qu’il a fallu une ­dizaine d’années avant que le port de la ceinture de sécurité devienne un réflexe.

À elle seule, la SQ a distribué 40 000 constats d’infraction depuis le 1er juillet 2008, date à laquelle l’interdiction du cellulaire au volant est entrée en vigueur. Et elle en donne de plus en plus. « Ça ne veut pas nécessairement dire que le phénomène s’aggrave. Ça veut dire qu’on fait plus d’interventions, qu’on s’attarde plus au phénomène », de préciser le capitaine Potvin.

Les amendes ont un impact

En collaborant avec des chercheurs, les policiers ont néanmoins remarqué que les constats d’infraction ont un impact direct sur le changement des comportements. En janvier, le coroner Yvon Garneau recommandait d’ailleurs d'augmenter la sévérité des sanctions.

Le coroner Garneau se penchait alors sur le décès de Benoît Lefebvre, un jeune de 26 ans, mort dans un accident près de Drummondville en mai 2011. Lors de l’enquête, ses proches ont confirmé qu’il était un habitué du cellulaire et du texto au volant.

Insouciante jeunesse

Fait troublant, parmi les 16 à 24 ans, un jeune sur deux avoue lire ou écrire des ­textos en conduisant, selon une étude de la SAAQ.

Celle-ci montrait aussi que les automobilistes les plus susceptibles de prendre le risque de texter sont ceux qui parcourent 30 000 km ou plus par année et ceux qui conduisent dans le cadre de leur travail.

« Les gens voient le temps qu’ils passent au volant comme du temps pour avancer ou rattraper du travail », remarque M. De Koninck. Dans un tel contexte, il ­estime que les employeurs, qui fournissent bien souvent des cellulaires à leurs ­salariés, devraient collaborer pour modifier le comportement de leurs ­employés.

Des chiffres qui parlent
2 500
Nombre de textos échangés par ­seconde au pays en 2011. 40 % de plus que l'année précédente.
99
Pourcentage de Québécois qui croient qu'écrire ou lire un texto au volant est dangereux.
17
Pourcentage des conducteurs qui avouent lire ou écrire des textos au ­volant.
1 sur 2
Proportion des conducteurs de 16 à 24 ans qui lisent ou écrivent des textos au volant.
5
Temps moyen, en secondes, où nos yeux quittent la route pour lire ou écrire un texto. À 90 km/h, cela équivaut à ­parcourir un terrain de football les yeux bandés.
57
Pourcentage des conducteurs qui utilisent leur téléphone au volant (pour parler ou texter) et qui croient que le risque d’être arrêté par la police est faible.
115
Montant en dollars de l'amende pour avoir texté au volant. Les contrevenants écopent aussi de 3 points d’inaptitude.
155
Nombre de constats d'infractions émis par jour en 2011 pour utilisation du cellulaire au volant (pour parler ou texter).
Sources : SAAQ, Sondage Léger Marketing, Association canadienne des télé-communications sans fil, Allstate, SQ
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