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Aide sociale

Pas assez généreuse selon deux chercheurs

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Le programme d’aide sociale québécois est-il assez généreux ? C’est la question provocante que posent deux jeunes chercheurs de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), qui tendent à répondre par la négative.

Tout en constatant une baisse du nombre d’assistés sociaux depuis une quinzaine d’années, les chercheurs affirment qu’il n’existe aucune corrélation entre cette baisse et la relative diminution des prestations d’aide sociale au cours de la même période.

Ce serait plutôt la baisse du taux de chômage, combinée à la bonification de l’aide aux familles monoparentales, qui expliquerait le recul de l’aide sociale au Québec.

Le nombre d’assistés sociaux est passé de 471 000 à 335 000 entre 1996 et 2010. Le budget de l’aide social totalise 3 milliards $ et accapare un peu moins 5 % du budget du gouvernement du Québec, souligne l’IRIS. En 2010, il y avait 205 115 prestataires déclarés aptes au travail, et 129 675 déclarés inaptes.

Entre 2004 et 2007, le gouvernement a choisi d’indexer seulement à moitié les prestations des personnes considérées comme aptes au travail recevant de l’aide sociale afin notamment de les inciter à retourner sur le marché de l’emploi.

Signée par Ève-Lyne Couturier et Renaud Gignac, respectivement diplômés de science politique à l’UQAM et de droit à l’Université Laval, la note recense plusieurs lacunes apparues dans le programme d’aide sociale, susceptibles de faire du tort à ses bénéficiaires.

Ainsi, selon la note des chercheurs, la politique entourant l’octroi de chèques d’aide sociale a pour effet de réduire l’autonomie des personnes, en leur interdisant d’avoir un emploi tout en touchant de pleines prestations.

«Les prestations de base permettent de faire place à un revenu d’emploi mensuel de 200 $ ou moins sans pénalité. Cependant, lorsque ce revenu excède le 200 $ mensuel, chaque dollar supplémentaire est retranché de la prestation d’aide sociale», ont-ils déploré.

Les chercheurs dénoncent aussi la distinction faite entre les personnes aptes et inaptes au travail, laquelle aurait un effet stigmatisant sur les personnes déclarées aptes, tout comme sur celles déclarées inaptes.

L’IRIS dénonce une culture du travail à tout prix, qui pourrait pousser des prestataires d’aide sociale à accepter des emplois ayant un impact négatif sur leur santé.

«Certains emplois situés au bas de l’échelle peuvent s’avérer néfastes pour la santé», ont-ils soutenu.

En déclarant une personne «apte au travail», on risque ainsi de «la mettre dans une situation difficile dans laquelle elle n’a pas l’argent nécessaire pour avoir une vie décente et où sa seule porte de sortie est un travail qui minera encore plus sa santé», ont mentionné les chercheurs.

L’IRIS souligne que «jamais les prestations [d’aide sociale] ne représentent plus de 55 % de ce qui est jugé comme le minimum pour avoir une vie décente selon le seuil de faible revenu».

 

 

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