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Une affaire explosive

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Le débat sur le financement public des écoles privées refait périodiquement surface au Québec depuis un demi-siècle. La nouvelle ministre de l’Éducation a choisi de l’aborder sous deux angles liés entre eux.

Le débat sur le financement public des écoles privées refait périodiquement surface au Québec depuis un demi-siècle. La nouvelle ministre de l’Éducation a choisi de l’aborder sous deux angles liés entre eux.

Elle se questionne d’abord sur la sélection que pratiqueraient les écoles privées : les fonds publics ne devraient-ils pas aller vers des services auxquels tous peuvent avoir accès?

Elle avance ensuite que le passage au réseau privé des meilleurs élèves concentre les élèves en difficulté dans un réseau public à bout de souffle.

Faits

Rappelons quelques faits têtus. D’abord, la sélection existe déjà dans le réseau public : écoles internationales, programmes sports-études, etc.

Ensuite, la plupart des écoles privées ne sélectionnent pas : seules celles situées dans les régions densément peuplées le font. Il y a sélection là où la demande est supérieure à l’offre.

Le réseau privé n’est pas non plus fermé à l’idée de faire plus pour les élèves en difficulté. Toutefois, les parents qui envoient leurs enfants à l’école privée au niveau secondaire le font parce qu’ils cherchent une éducation plus exigeante et mieux encadrée.

Si l’école privée baissait de régime pour s’ajuster aux élèves en difficulté ou si ces derniers échouaient massivement parce qu’ils ne peuvent suivre le rythme, tout le monde serait perdant. Il faudrait être particulièrement imaginatif pour accueillir sans diluer.

À mon avis, c’est l’intégration massive des élèves en difficulté dans les classes régulières du réseau public qui fut une erreur. L’intention était généreuse : ne pas stigmatiser un élève plus lent en le mettant à part. Déployée à grande échelle, l’expérience a clairement échoué.

Avantageux?

De vieilles objections attendent aussi qu’on leur réponde.

La fin ou une forte réduction du financement étatique du réseau privé ramènerait vers le réseau public des dizaines de milliers d’élèves. Leur éducation, financée présentement à 60 % par les fonds publics, serait dorénavant financée à 100 % par l’État.

Sauverait-on de l’argent? Non. Aurait-on plus de ressources pour les élèves en difficulté? Rien n’est moins sûr. Où logerait-on cet afflux massif de nouveaux élèves? Mystère et boule de gomme.

Justement parce qu’elle est financée par les fonds publics, l’école privée québécoise est accessible à la classe moyenne. Y envoyer son enfant coûte, par année, la différence entre apporter son lunch au bureau plutôt que de manger au restaurant trois midis par semaine. Tous les parents n’ont pas les mêmes priorités.

Voyez le fabuleux paradoxe : faite au nom de l’anti-élitisme, l’abolition du financement public ferait des écoles privées qui survivraient le refuge d’une super élite de l’argent et non d’une élite du mérite scolaire. Quel message dévastateur on enverrait!

La popularité de l’école privée n’est pas la cause des difficultés du réseau public. Elle en est la conséquence.

Cette question très émotive a le potentiel pour devenir une véritable bombe nucléaire.

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