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Justice | Sadomasochisme

Jeux sexuels mortels ?

Il subit son procès alors que sa partenaire est morte lors d’activités à saveur sadomasochiste

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Accusé d’homicide involontaire et de négligence criminelle, un pompier fait face à la justice après que sa partenaire sexuelle soit morte asphyxiée, au cours d’un week-end débridé de sadomasochisme. Un procès qui permet une incursion dans un monde aussi troublant que méconnu.

Accusé d’homicide involontaire et de négligence criminelle, un pompier fait face à la justice après que sa partenaire sexuelle soit morte asphyxiée, au cours d’un week-end débridé de sadomasochisme. Un procès qui permet une incursion dans un monde aussi troublant que méconnu.

Un marathon de 48 heures de jeux à saveur sadomasochiste où les deux partenaires étaient consentants s’est transformé en véritable cauchemar pour Patrick Deschatelets en février 2008.

Sa partenaire est morte asphyxiée par le collier métallique qu’elle portait au cou alors qu’elle était attachée à une chaîne, dans le sous-sol de la résidence de l’accusé à St-Bruno-de-Montarville, en Montérégie.

Il l’aurait laissée dans cette position, le temps d’aller acheter des pâtes à l’épicerie. À son retour, il l’a retrouvée inconsciente. Simple accident ou négligence criminelle?

C’est ce que le juge Claude Provost devra déterminer au terme du procès qui a débuté au palais de justice de Longueuil la semaine dernière et qui se poursuit aujourd’hui.

Un procès hors du commun qui exhibe les secrets les plus intimes de partenaires, qui normalement, restent dans la chambre à coucher.

Consentante

« Elle était 100 % consentante », a lancé Patrick Deschatelets lors de son interrogatoire avec l’enquêteur, quelques heures après le décès de la femme.

Malgré tout, l’homme de 45 ans fait face à des accusations de négligence criminelle et d’homicide involontaire. Le drame remonte à la fin de semaine du 22 février 2008.

À ce moment, l’accusé et la victime, qu’on ne peut nommer en raison d’une ordonnance de non-publication, étaient partenaires sexuels.

Les deux s’étaient rencontrés peu de temps avant lors d’une session d’information sur le BDSM (Bondage, Discipline, Domination, Soumission, Sado-Masochisme), a-t-on appris en cour.

La victime serait morte d’asphyxie par pendaison le soir du 23 février, a témoigné la pathologiste judiciaire Anny Sauvageau. Selon elle, la victime se serait affaissée et le collier de métal qu’elle portait au cou alors qu’elle a été laissée seule, pendue à une chaîne, aurait causé l’asphyxie.

Rituel

Pour la Couronne, il ne fait aucun doute que d’avoir laissé la femme seule dans cette position précaire relève de la négligence criminelle. Surtout que la victime avait à peine bu et mangé dans les dernières 24 heures.

Dans une lettre retrouvée dans l’ordinateur de l’accusé, dont la dernière sauvegarde a été faite moins d’une heure avant le décès de la victime, ses dernières heures y sont décrites.

C’est l’accusé qui lui aurait demandé de le faire. Cela faisait partie de leur «rituel», où elle devait se soumettre à lui, au terme desquelles elle mériterait rien de moins qu'un collier en acier inoxydable, ressemblant à un bijou.

L’auteure de la lettre décrit avec beaucoup de détails tous ces moments, ses pensées, ses états d’âme, ses souffrances.

On y apprend qu’elle a préparé à son partenaire un repas, nue, vêtue d’un simple tablier, qu’il a mangé alors qu’elle était à genoux à côté de lui. Elle, elle n’aurait mangé que quelques bouchées, a dit l’accusé lors de son interrogatoire.

Urine

La victime aurait ensuite ingurgité dans ses derniers 24 heures qu’une tranche de pain et de la purée pour bébé aux bananes. Pour assécher sa soif, elle n’aurait pu boire que de l’urine mélangée à de l’eau, avant d’avoir finalement droit à un café et deux bières légères.

Elle aurait ensuite dû dormir sur le sol, portant un collier de métal «lourd et inconfortable». Les jeux sexuels qui s’étaient poursuivis tard dans la nuit auraient repris le lendemain matin.

Avant de quitter la maison pour l’épicerie, il aurait demandé à sa compagne de remettre le gros collier en métal autour de son cou, qu’il aurait attaché à une chaîne, puis accroché au plafond. À ce moment, la femme était debout, les deux pieds au sol, a-t-il précisé.

C’est dans cette position qu’il a retrouvé la femme inconsciente à son retour. Il l’aurait détaché, avant de tenter des manœuvres de réanimation. À l’arrivée des policiers, la femme était étendue au sol, nue. La victime est décédée à l’hôpital, 16 heures plus tard, après avoir été maintenue en vie artificiellement.


► Le procès se poursuit aujourd’hui au palais de justice de Longueuil, alors que la Couronne ­devrait terminer sa preuve.

Extraits de la lettre
«
Au moment où j’écris ces mots, je tente de mériter mon collier. »
«
Il est solide et droit, il veut bien s’engager auprès de moi, il me mettra le collier, mais seulement si je m’en montre digne. Pour cela, je dois me soumettre à lui pour 48 heures consécutives. »
«
Lorsqu’Il est servi, je m’assois à genoux à côté de Lui. Je n’ai même pas faim, être là à ses pieds me nourrit amplement. »
«
Lorsque je suis calmée, il me détache. J’ai mal aux bras. Je dis que j’ai soif. Il part et revient avec un bol [...] Je reconnais l’odeur âcre de son urine. Il m’ordonne de boire, je ne lutte pas, de toute manière tout est mieux que cette brulure sèche dans le fond de ma gorge. »
«
Lui, Il me mine, Il me pousse à bout, je finis par baisser les bras, je deviens faible, petite, je ne suis plus rien, et curieusement jamais je n’ai été plus heureuse. »
«
Je perds contrôle et j’essaie en tirant bien les poignets d’enlever la cagoule. Il essaie de me toucher. Je recule du mieux que je le peux. Je le hais. J’essaie de marmonner au travers de la cagoule Non! Assez! »
«
Je suis seule, je pleure. Je voulais tant être droite et fière, lui montrer que je suis forte et j’ai failli, encore. »
«
J’ai honte d’avoir perdu le contrôle, mais je suis heureuse parce que lui l’a gardé, il n’a pas eu peur de moi, il est allé jusqu’au bout de ce que nous avions entrepris ensemble. »
Extraits de la vidéo
«
Je ne peux même pas faire mon deuil. »
«
La lettre, c’est [elle] qui l’a écrite. Je ne l’ai même pas lu. C’est moi qui lui ai demandé de l’écrire. »
«
Ce n’est pas une erreur, c’est un accident. »
«
Sa soeur est au courant. Sa famille est au courant qu’elle a des pratiques comme ça avec moi. »
«
D’après moi, elle a dû s’affaisser parce qu’il n’y a pas de raison... Elle avait juste à se tenir. Je ne sais pas ce qu’elle a fait. »
«
Ce n’est pas quelque chose qui étrangle (le collier). Il a fallu qu’elle se laisse tomber. Je ne comprends pas. »
«
Ça servirait à rien que j’aille en prison [...] Juste de vivre avec ça, c’est déjà trop .»
«
Elle n’était pas sur le bout des orteils (lorsqu’elle était attachée) Elle était sur les pieds, par terre. »
– Patrick Deschatelets, accusé
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