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Enfoncer des portes ouvertes

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Pas une semaine ne s’écoule sans que le Parti québécois ne s’attaque à l’anglais. À entendre Mme Marois, la langue française agonise. À voir comment son cabinet s’agite, il y a urgence d’agir.

Pas une semaine ne s’écoule sans que le Parti québécois ne s’attaque à l’anglais.

À entendre Mme Marois, la langue française agonise. À voir comment son cabinet s’agite, il y a urgence d’agir.

Pour justifier sa croisade contre l’anglais, le gouvernement actuel aime invoquer le déclin du français sur l’île de Montréal, notamment parce que le pourcentage des personnes parlant le français à la maison est passé de 61 % à 54 % entre 1971 et 2006. Ce fait est avéré, mais il y a aussi les chiffres qu’on ne vous dit pas, mais qui permettent pourtant d’apporter des nuances importantes.

Premièrement, 86 % des immigrants n’ont pas le français pour langue maternelle. Or, Montréal accueille environ 70 % des néo-Québécois. La plupart viennent de Chine, d’Algérie, du Maroc, de Colombie, d’Iran, du Liban, d’Égypte, de Tunisie, du Mexique, de Moldavie et des Philippines. Il n’est donc pas surprenant que le français régresse là où les immigrants sont concentrés.

Il serait ridicule d’être alarmiste parce que 92 % de la population de Parc-Extension possède une langue maternelle autre que le français. Ne devrait-il pas l’être également quand on regarde Montréal plutôt que l’ensemble du Québec?

Deuxièmement, le Québec a reçu, au cours des 10 dernières années, deux fois plus d’immigrants qu’entre 1981 et 1991, d’où l’impression de déclin du français. Or, si la première génération d’immigrants parle sa langue maternelle à la maison, la deuxième adopte généralement la langue locale. C’est d’ailleurs ce que suggèrent les données du dernier recensement publié hier par Statistique Canada, alors que la proportion de non-francophones ayant déclaré parler le français le plus souvent à la maison est passée de 20,4 % en 2001 à 24,1 % en 2011.

Troisièmement, à l’échelle du Québec, l’état du français s’est amélioré au cours des dernières décennies.

• En 1971, le français était la langue la plus souvent parlée à la maison par 80,8 % de la population. Selon les données publiées hier, cette proportion était de 82,7 % en 2006 et de 82,5 % en 2011. Certes, on constate un léger repli depuis cinq ans, mais la progression sur le long terme est bien réelle.

• Le pourcentage de la population allophone qui étudie en français au collégial est passé de 15,6 % en 1981 à 53 % en 2010. À l’université, entre 1991 et 2010, on enregistre un bond de 42,2 % à 57,3 %.

• En 1971, 29 % des immigrants ayant effectué un transfert linguistique choisissaient le français. Ils étaient 51 % en 2006.

• En 1971, 36,7 % des anglophones étaient bilingues contre 69,8 % en 2006.

• La proportion de tous les travailleurs qui utilisent le français le plus souvent ou régulièrement au travail est passée de 94,1 % en 2001 à 94,3 % en 2006.

Il est légitime de vouloir protéger le français. En revanche, il est malhonnête d’occulter une partie de la réalité pour faire avancer un programme politique. Et la réalité est que le français se porte plutôt bien. Il se porte même mieux que l’anglais dans le reste du Canada.

Le Québec fait face à d’importants défis d’ordre économique qui exigent toute notre attention. Ne gaspillons pas notre énergie à enfoncer des portes ouver­tes!

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