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L'arbitre

La vraie nature de l'arbitre

Avec l’avocate Anne-France Goldwater

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Comme tout le monde, je connaissais son franc-parler et son exubérance. Mais c’est une femme chaleureuse et drôle qui m’a accueillie sur son plateau, devant un lunch gourmet, entre deux délibérations.

Comme tout le monde, je connaissais son franc-parler et son exubérance. Mais c’est une femme chaleureuse et drôle qui m’a accueillie sur son plateau, devant un lunch gourmet, entre deux délibérations.

Dès la première poignée de main, Anne-France Goldwater met tout de suite à l’aise. Elle m’invite à tasser sa grosse sacoche de paillettes bleue électrique, signe de son excentricité bien assumée, pour prendre place sur la chaise en face d’elle alors qu’elle révise la cause qui l’attend. Et dès la première affirmation, je découvre une femme authentique, entière, sans demi-mesure et sans censure.

«Anne-France a beaucoup d’empathie pour les gens qui vivent des situations difficiles, observe Yves Thériault, producteur de L’Arbitre. On le voit tout de suite dans l’approche qu’elle a avec les gens qui se présentent à l’émission. Elle est aussi d’une grande générosité. Ça se sent dans l’équipe. Son clan, sa famille, ses amis sont très précieux. Elle aime le monde.»

Le concept de L’Arbitre a mis près de 5 ans à voir le jour. «C’était une idée de Marc Bellemare (l’avocat et ex-ministre), un ami à moi, note Thériault. On avait un concept, mais pas d’arbitre. J’ai appelé tous mes amis du milieu pour avoir des suggestions et c’est Isabelle Richer (journaliste aux affaires judiciaires de la SRC) qui m’a dit: as-tu pensé à Anne-France Goldwater? Je savais qu’elle avait du bagou, du front. Je l’avais vu à Tout le monde en parle. Au bout de 10 secondes de conversation téléphonique, elle m’a dit qu’elle rêvait de remplacer Judge Judy!»

Lors du pilote pour V il y a eu un instant de doute. Son accent d’abord, mais aussi la peur qu’elle peut susciter, chez les hommes notamment. Parce que certains d’entre eux, dont le fameux Éric du célèbre cas «Éric et Lola», sont parfois malmenés dans les causes en droit familial et matrimonial qu’elle défend pour le compte de son cabinet. Mais, rapidement, le diffuseur a su qu’il tenait quelque chose et qu’il valait la peine d’investir dans cette personnalité colorée. D’autant plus que les causes attendues sur le plateau sont d’un tout autre ordre.

Judge Judy en mieux

Judge Judy, c’est Judith Sheindlin, qui sévit depuis 17 ans sur la CSB en après-midi avec des cotes d’écoute astronomiques, surplombant même parfois sa rivale de l’époque, Oprah. Mais Anne-France Goldwater s’en défend bien, elle n’est pas Judge Judy. «J’hais la façon de faire des Américains, affirme-t-elle. Judge Judy insulte du monde. Ce n’est pas la même mentalité qu’ici. Des fois c’est même un peu primitif. On m’a engagé parce que j’ai une réputation de grande gueule! Pour faire un bon show, il faut de l’humour, ça peut être épicé, mais jamais impoli. Comment peux-tu faire ce métier si tu n’aimes pas les gens?»

Et la Goldwater aime les gens. Quand elle révise les causes avant d’entrer en ondes, elle fait preuve de bon sens tout en respectant une logique légale. «Il faut trouver du bon chez les deux parties, note-t-elle. Quand j’ai accepté la job, la juge Ginette Piché m’a donné un conseil que je mets toujours en application. Elle m’a dit: “N’oublie pas que ton verdict c’est pour le gagnant, mais ce que tu donnes dans tes explications, c’est pour que le perdant puisse partir la tête haute.”» Sur le plateau de L’Arbitre donc, pas d’humiliation.

«J’ai 31 ans d’expérience avec l’être humain en droit, poursuit-elle. Je crois que depuis que je joue ce rôle, j’ai plus d’empathie pour mes juges. Je suis plus sensible à ce qu’occasionne ce rôle, je fais plus la part des choses.»

Donner des conseils

Les mots respect et crédibilité reviennent souvent dans le discours d’Anne-France Goldwater. En acceptant de faire entendre leur cause par l’arbitre, les deux parties s’en remettent entièrement à elle. «Les gens ne sont pas au courant de leurs droits, observe-t-elle. J’ai la chance de pouvoir leur donner des conseils. Par exemple, 80 % de la vie est de conclure des contrats. Est-ce qu’on enseigne ça à l’école? Non.»

Pas étonnant que les gens se retrouvent sans recours parce que floués. L’Arbitre devient donc une solution efficace surtout que les détails sont parfois longs dans notre système judiciaire. «J’ai l’opportunité de parler à des gens de la façon que leurs parents auraient dû leur parler. Il faut encourager l’être humain à réussir dans la vie.» Une autre qualité qui la différencie de Judge Judy. «Les litiges à régler cachent souvent autre chose de plus profond, explique Yves Thériault. Le seul pouvoir qu’on a, c’est de signer des chèques. On ne peut intervenir dans des cas de garde d’enfants ou autre. Mais Anne-France a cette facilité à encourager les gens.»

Rapide, gratuit, final

Une fin de semaine par mois, Maître Goldwater siège donc dans une minuscule salle d’audience aménagée au milieu d’un studio de télé d’où, la semaine, on diffuse les émissions matinales du diffuseur. Chaque cause a été savamment entendue et fouillée par une équipe de recherchistes qui monte un dossier complet correspondant aux exigences légales. «Au delà de l’émission, on fait un arbitrage en bonne et due forme, affirme le producteur.» Défendeurs et demandeurs sont accueillis en toute sécurité et amenés dans leur salle respective pour éviter malaise et confrontation.

Il est 11 h 45 quand on s’apprête à tourner la deuxième cause de la journée. La régisseuse, Julie Coderre, explique le fonctionnement aux deux parties qui font leur entrée dans la salle. Pendant ce temps, Stéphanie Pouliot fait une retouche maquillage à la juge. Cinq minutes plus tard, l’arbitre prend place sur son podium, installe le rythme, lisant les moindres détails de la plainte, demandant précisions, analysant preuves et se permettant quelques commentaires humoristiques sur la chemise du demandeur. «Anne-France a un flair pour percevoir les gens, note Yves Thériault. Mais elle a zéro tolérance pour la manipulation.»

Une demi-heure plus tard, elle est de retour à sa table question de prendre quelques minutes de recul avant la délibération. Elle révise la cause une dernière fois. En discute avec Yves Thériault, le producteur et Dominic Robert, le réalisateur. Les échanges sont parfois relevés. «Je dois me faire l’avocat du diable, avoue le producteur, c’est moi qui paye!» Mais la Goldwater a une idée bien claire du jugement qu’elle rendra.

«C’est moi qui ai toujours le dernier mot!»

Et ce jugement sera rapide, gratuit et final, mantra de l’équipe toujours à la recherche de nouvelles causes.

«Pour beaucoup de gens, l’Arbitre est la seule façon de revoir leur argent, affirme le producteur.» Dans certains cas, les défendeurs ne sont pas solvables. Même un gain aux petites créances ne rembourserait pas le dû des demandeurs.

Le clan Goldwater

Il est 12h45 lorsqu’Anne-France Goldwater retire sa toge officielle, s’assoit à nouveau à sa table où son conjoint Leonel l’attend avec une généreuse bouffe qu’il a préparé et qu’ils partageront avec l’équipe. Leonel, c’est l’homme de sa vie. Son 3e conjoint. «J’ai été mariée avec un juif, un musulman et là je suis avec un catholique. Il est extraordinaire. Cet homme, c’est le don de soi!»

Elle revient brièvement sur le litige qui vient de se conclure, aborde le prochain, plus délicat parce qu’implique une mineure et qu’au-delà de l’argent, des conflits familiaux s’y pointent. Une cause dont elle a longuement discuté avec sa fille, Samantha. «On parle beaucoup de droit dans la famille. Ma fille est psychologue. Elle est très intelligente et a une façon différente de voir les choses. Son point de vue est très important pour moi.» Son fils, Daniel, est aussi avocat. Il termine actuellement son stage au cabinet de sa mère où sa fille a son bureau et son beau-fils assure le soutien informatique.

«J’ai aussi ma petite-fille au bureau et mes chiens qui me suivent. Tout le monde est là alors, j’ai toujours envie d’aller travailler!»

Malgré la tension que peuvent susciter certaines causes, c’est un plateau détendu que je quitte. La sympathique Anne-France Goldwater a un don, c’est visible. Elle donne du punch à une cause un peu drabe, outille les téléspectateurs qui vivraient une situation similaire, sait modérer les grands parleurs et donner le crachoir à ceux qui ont moins de facilité à s’exprimer. Elle fait juste assez preuve d’empathie pour assurer un bon dosage entre le service qu’elle rend et le show qu’elle doit donner. «On envisage différents projets avec elle, avoue Yves Thériault.» Et des projets, elle est capable d’en prendre, c’est très clair!

 

  • L’Arbitre, vendredi 19h, V

 

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