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Lecture coup de poing

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Lecture coup de poing
Jane, le renard et moi
Jane, le renard et moi
Les Éditions de la Pastèque
Dans quelques jours sortira en librairie ce qui sera, à mon humble avis, l’album de l’année. D’une rare puissance, Jane, le renard et moi traite avec intelligence et talent du délicat sujet de l’intimidation.
Jean-Dominic Leduc
collaboration spéciale

La dramaturge et traductrice Fanny Britt et l’illustratrice jeunesse Isabelle Arsenault (qui vient tout juste de remporter le prix jeunesse des Libraires du Québec avec Fourchon, en plus d’être fina liste aux Prix du gouverneur général pour Virginia Wolf, deux livres jeunesse aux Éditions de la Pastèque) rêvaient toutes deux de se lancer dans l’aventure du  roman graphique, question de sortir de leurs champs d’activités respectifs. Résultat? Leur première bande dessinée, Jane, le renard et moi, s’avère une œuvre hors catégorie d’une puissance rare. Elles ont réussi le pari d’aborder le sujet sensible de l’intimidation tout en évitant de sombrer dans les écueils de la facilité et des velléités moralisatrices.

«Je souhaitais avant tout parler de l’expé rience humaine de l’enfance, du moment d’éclatement où la perte de l’innocence coïncide avec la quête identitaire, du désir d’invalider le regard que portent les autres sur nous, explique la scénariste. Cette histoire est en partie autobiographique. Je l’ai longtemps portée en moi avant de la coucher sur le papier.» Pourquoi alors ne pas en avoir fait une pièce de théâtre? «Pour la liberté totale de création. Et parce que le livre demeure, alors que le théâtre, quant à lui, est éphémère», avoue-t- elle.

Puissance d’évocation

Hélène, l’héroïne du récit, est victime d’intimidation et de harcèlement à son école. C’est en s’évadant dans les aventures de Jane Eyre, femme iconoclaste de l’époque victorienne, qu’elle trouvera son salut. L’illustratrice Isabelle Arsenault a fait d’Hélène un personnage neutre. «Nous ne voulions pas tronquer la lecture. Parce que, dans le cas de l’intimidation, au-delà du jugement des autres, se trouve la perception que nous avons de nous-mêmes.»

Tout passe donc par le regard de cette jeune fille. Les auteures ont délibérément fait le choix de l’émotion au détriment de l’explication. Ce qui fait que Jane est, au final, une expérience de lecture si particulière et touchante. «Nous n’avons à aucun moment ciblé notre lectorat lors de la création de l’album», avoue l’illustratrice. «C’est une œuvre libre, laissant place à l’imaginaire, s’adressant à tous», ajoute la scénariste. Les droits de  l’ouvrage ont d’ailleurs été vendus au Canada anglais et aux États-Unis.

Avec les médias sociaux et les courriels, le phénomène du bullying est une forme exponentielle de violence sournoise. Ce livre est non seulement criant d’actualité. C’en est un d’une indéniable nécessité, à mettre entre les mains de tous. À lire de toute urgence!

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N’embrassez pas qui vous voulez
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Éditions Dupuis

La projection d’un film de propagande sur Joseph Staline est subitement stoppée parce qu’un jeune garçon tente d’embrasser une camarade de classe dont il s’est entiché. Une fable douce/amère sur la vie au quotidien sous la dictature. Et pourquoi le cœur triomphe toujours de tout.

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Un peu de bois et d’acier
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Dans quelques jours sortira en librairie ce qui sera, à mon humble avis, l’album de l’année. D’une rare puissance, Jane, le renard et moi traite avec intelligence et talent du délicat sujet de l’intimidation.

La dramaturge et traductrice Fanny Britt et l’illustratrice jeunesse Isabelle Arsenault (qui vient tout juste de remporter le prix jeunesse des Libraires du Québec avec Fourchon, en plus d’être fina liste aux Prix du gouverneur général pour Virginia Wolf, deux livres jeunesse aux Éditions de la Pastèque) rêvaient toutes deux de se lancer dans l’aventure du  roman graphique, question de sortir de leurs champs d’activités respectifs. Résultat? Leur première bande dessinée, Jane, le renard et moi, s’avère une œuvre hors catégorie d’une puissance rare. Elles ont réussi le pari d’aborder le sujet sensible de l’intimidation tout en évitant de sombrer dans les écueils de la facilité et des velléités moralisatrices.

«Je souhaitais avant tout parler de l’expé rience humaine de l’enfance, du moment d’éclatement où la perte de l’innocence coïncide avec la quête identitaire, du désir d’invalider le regard que portent les autres sur nous, explique la scénariste. Cette histoire est en partie autobiographique. Je l’ai longtemps portée en moi avant de la coucher sur le papier.» Pourquoi alors ne pas en avoir fait une pièce de théâtre? «Pour la liberté totale de création. Et parce que le livre demeure, alors que le théâtre, quant à lui, est éphémère», avoue-t- elle.

Puissance d’évocation

Hélène, l’héroïne du récit, est victime d’intimidation et de harcèlement à son école. C’est en s’évadant dans les aventures de Jane Eyre, femme iconoclaste de l’époque victorienne, qu’elle trouvera son salut. L’illustratrice Isabelle Arsenault a fait d’Hélène un personnage neutre. «Nous ne voulions pas tronquer la lecture. Parce que, dans le cas de l’intimidation, au-delà du jugement des autres, se trouve la perception que nous avons de nous-mêmes.»

Tout passe donc par le regard de cette jeune fille. Les auteures ont délibérément fait le choix de l’émotion au détriment de l’explication. Ce qui fait que Jane est, au final, une expérience de lecture si particulière et touchante. «Nous n’avons à aucun moment ciblé notre lectorat lors de la création de l’album», avoue l’illustratrice. «C’est une œuvre libre, laissant place à l’imaginaire, s’adressant à tous», ajoute la scénariste. Les droits de  l’ouvrage ont d’ailleurs été vendus au Canada anglais et aux États-Unis.

Avec les médias sociaux et les courriels, le phénomène du bullying est une forme exponentielle de violence sournoise. Ce livre est non seulement criant d’actualité. C’en est un d’une indéniable nécessité, à mettre entre les mains de tous. À lire de toute urgence!

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