/news/currentevents
Navigation
Témoignage | itinérance

Prête à tout pour un toit

Certains sans-abri vont jusqu’à se prostituer pour trouver un endroit où dormir

Prête à tout pour un toit
Photo agence qmi, Pier-Yves Carbonneau-Valade Julie Froment a un lourd passé de prostitution et de consommation. Aujourd’hui, toutefois, elle se reprend en main et aimerait s’investir dans un projet qui vient en aide aux femmes démunies.

Coup d'oeil sur cet article

Alors que l’itinérance gagne du terrain hors des grands centres urbains, des sans-abri en sont réduits à offrir leur corps comme monnaie d’échange pour un toit.

Julie Froment a accepté de parler parce qu’elle a fait une croix sur ses dépendances et la prostitution.

Elle s’ouvre le cœur en deux pour pointer du doigt cette réalité inconnue d’à peu près tout le monde, et veut à tout prix que ce qu’elle a vécu se sache.

Vendre son corps

Cette semaine, Julie Froment a vendu une bague en or au lieu de vendre son corps. «C’est pas vrai que je vais encore me faire passer sur le corps par des hommes pour avoir une passe d’autobus. Pour le faire, il faudrait que je sois intoxiquée. Je l’ai assez fait, c’est assez.»

Même en résumant, Julie Froment a un passé lourd. Agressée sexuellement et battue dans son enfance, dépendante à l’alcool à neuf ans, consommatrice de drogues dures et prostituée pour payer sa dope à 16 ans, la femme de maintenant 36 ans qualifie elle-même «d’épouvantable» son passé. Et il n’y a pas si longtemps, elle était prête à tout pour avoir un endroit où dormir.

Des hommes mariés ou seuls, généralement plutôt âgés, en appartement ou dans une maison, en ville comme en campagne, la prenaient avec eux pour une nuit en échange de faveurs sexuelles en tous genres.

Jamais de bons souvenirs

«C’est rare qu’une personne va t’offrir de sortir de ce beat-là. Eux, ils n’ont pas de cœur, ils s’en câlissent que la fille soit à terre!»

Souvent traitée comme on traite un animal, Julie Froment se souvient avec précision des mots, des insultes. «Une fois, j’avais été obligée de me faire sodomiser. [...] Il me disait: “Ferme ta yeule, tu vas faire comme je te dis, pis endure sinon tu vas dormir dehors.” Dans ce temps-là, tu te sens comme un bac à marde.»

Aujourd’hui, Mme Froment va un peu mieux. Elle se reprend en main grâce à des intervenants et des thérapies.

«J’aimerais ça me dire que c’est fini. Je mérite mieux que ça, me semble.»

Même sans emploi et sans logement, elle rêve du jour où elle démarrera une maison pour les femmes démunies.


• À Sherbrooke, une ville de 157 260 habitants, il n’existe pas de centre de jour pour accueillir les femmes itinérantes.

Commentaires