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Trahis par leurs gestes

Les témoignages de Lino Zambito et de Gilles Surprenant décryptés par une experte du langage non verbal

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Les témoins qui défilent à la Commission Charbonneau se suivent mais ne se ressemblent pas : alors que Lino Zambito s’est mis à table avec assurance, Gilles Surprenant avait peur et se réfugiait dans le non-dit, estime une professionnelle des interrogatoires et experte en communication non verbale.

Les témoins qui défilent à la Commission Charbonneau se suivent mais ne se ressemblent pas : alors que Lino Zambito s’est mis à table avec assurance, Gilles Surprenant avait peur et se réfugiait dans le non-dit, estime une professionnelle des interrogatoires et experte en communication non verbale.

«D’une façon générale, M. Zambito était authentique, je dirais, certainement à 85 %. M. Surprenant, lui, il était authentique à un pourcentage moins élevé parce qu’il marchait beaucoup plus sur des œufs. Il ne savait pas jusqu’à quel point il pouvait parler», explique la synergologue Christine Gagnon.

En scrutant minutieusement les gestes des deux témoins convoqués devant la Commission Charbonneau, cette spécialiste des interrogatoires, qui travaille notamment avec les Forces armées canadiennes, les négociateurs syndicaux et les avocats, a décelé une foule de petites actions qui en disent long.

Zambito directif

Elle estime que les procureurs ont raté quelques bonnes occasions d’aller plus loin : «À des moments précis et fréquemment, j’aurais dit :“ici, je pose une question”. Il y a des choses qu’ils auraient certainement pu voir et questionner».

«La gestuelle de M. Zambito était très directive et parfois même rassembleuse», analyse-t-elle. Selon elle, l’ex-entrepreneur a pris son rôle de témoin avec beaucoup d’assurance. Il était soucieux de bien faire comprendre l’ensemble du système de collusion qu’il dévoilait et était très souvent content de lui. Ces gestes disaient : «c’est comme ça que ça se passe et voilà».

Stress et peur

Mme Gagnon a certes décelé des moments de stress et de peur chez M. Zambito, surtout lors du contre-interrogatoire. Ses sourcils remontaient alors de façon marquée et une ride profonde apparaissait sur son front. Toutefois, ce changement n’indique pas qu’il a menti ou ­caché des choses. «C’est tout à fait normal que le stress s’installe. Il se faisait pousser et contredire et il n’aimait pas ça», précise Mme Gagnon.

Le goût d’être ailleurs

Gilles Surprenant présentait, lui, une gestuelle complètement différente du précédent témoin. Regard fuyant, yeux effrayés, l’ingénieur à la retraite montrait bien souvent qu’il aurait aimé être ailleurs. Souvent, il se murait même dans l’immobilité, comme s’il souhaitait tout bonnement disparaître.

«Je crois que les enquêteurs et les avocats ont trouvé très facile de l’interroger, parce qu’il était vraiment transparent», croit Mme Gagnon. Convaincue qu’il a gardé bien des choses pour lui, elle ne peut toutefois pas en conclure que le témoin mentait. «Il peut garder de l’information parce qu’il a peur d’en dévoiler et ce n’est pas du mensonge», insiste-t-elle.



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