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Chronique

Liquidons l’argent liquide

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Il m’arrive parfois de réfléchir. Pas très souvent, rassurez-vous.

D’ailleurs, ce n’est plus très tendance de s’interroger sur notre monde qui tourne de toute façon si rond.

Je ne suis pas ministre, ni même élu, donc totalement illégitime. Je n’ai aucun pouvoir et je me dis que ce serait inutile de faire un effort quand d’autres s’y refusent.

C’est pourquoi j’essaie autant que possible d’éviter de m’encombrer l’esprit de questionnements que même nos dirigeants esquissent. Sauf que je n’y arrive pas toujours. Ça me prend, par moments, au volant de ma voiture, au saut du lit, dans mon bain ou encore en regardant la télé.

C’est justement ce que je faisais, cette semaine, quand est survenue ma dernière attaque. J’ai pensé, oui. Aussi bizarre que cela puisse paraître, devant la télé, en écoutant les nouvelles, j’ai flanché. Je me suis mis à réfléchir. Oh, mais merde, quelle idée!

J’ai pensé aux dérives répétées de nos politiciens, de nos financiers et de nos grands chefs d’entreprise. À ce fléau de délinquance qu’est le crime organisé.

Devant les affres entendues à la commission Charbonneau, qui ressuscite l’Halloween chaque jour avec tant d’histoires d’horreur, je me suis mis à penser.

Avec des cas de fraude qui se multiplient chaque année et un aveu d’impuissance pour récupérer l’argent qui circule sur le marché noir, je me suis dit qu’on devrait faire beaucoup plus que supprimer le sou noir.

Qu’on supprime l’argent liquide.

Pourquoi?

Pour freiner d’abord la fraude et l’économie souterraine. Pour s’assurer que tous les citoyens payent leurs impôts et leurs taxes. En Grèce, par exemple, 20 % du PIB échappe à l’État en circulant au noir.

Pour éliminer le travail au noir où le cash est roi et maître.

Je vois aussi d’autres avantages tangibles : court-circuiter tout le trafic de drogue et s’assurer que tous les citoyens payent justement leur part dans les activités de la société.

Regardons de plus près

Grâce à de multiples innovations technologiques, il semble que les consommateurs ont de moins en moins de raisons d’avoir recours à l’argent liquide. La technologie est en place, fonctionnelle et efficace.

Je sais qu’il y a un bon nombre de consommateurs inquiets de l’utilisation des données personnelles par les institutions bancaires et du respect de la confidentialité. Il s’avère, par ailleurs, que les cartes prépayées sont, selon les économistes, une avenue intéressante pour couper les banques de notre vie privée.

Le côté plus pratique de l’argent électronique joue même en défaveur de l’argent liquide. La multiplication des applications de paiement Internet, mobile ou de style paypass confirme d’ailleurs la tendance.

On peut dorénavant vivre son quotidien sans avoir un rond dans les poches. Ou presque. À preuve, combien d’entre vous ont plus de 60 $ dans leur portefeuille?

Et, comme l’argent électronique laisse toujours une trace, il sera plus facile, par exemple, de retrouver les auteurs d’activités économiques douteuses ou simplement vérifier des transactions portées à notre compte.

En 2009, l’économie souterraine du Canada était évaluée à 39 milliards de dollars.

L’argent liquide est donc condamné à moyen terme. Sa mort est déjà annoncée.

Il me reste encore une question. Une dernière, oui. Ensuite, j’arrête, c’est promis. Comment vais-je payer mon gardien samedi soir si je n’ai plus d’argent liquide?

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