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Costume sans dignité

Les droits des enfants bafoués par un déguisement

Costume sans dignité
Photo Courtoisie La photo d’un jeune garçon accoutré comme le meurtrier Guy Turcotte a fait le tour des réseaux sociaux la semaine dernière.

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L’image du jeune garçon déguisé en Guy Turcotte qui a mis le feu sur les réseaux sociaux cette semaine montre que les parents n’ont pas toujours conscience des conséquences de publier en ligne des photos de leurs enfants.

C’est du moins ce que déplore Nadja Pollaert, directrice générale du Bureau international des droits des enfants, qui fait remarquer que dans un avenir plus ou moins rapproché, cet enfant n’aimera peut-être pas se voir accoutré comme l’homme coupable d’avoir tué ses deux enfants.

«On ne sait pas exactement comment l’enfant va réagir plus tard, mais ça pose le problème qu’il ne sera plus en contrôle avec son image», souligne la politologue.

En réaction à la fameuse photo qui avait déjà fait beaucoup jaser 24 heures après sa publication mercredi soir, Isabelle Gaston, l’ex-conjointe de Guy Turcotte et mère des deux enfants assassinés, avait préféré qualifier la blague de «mécanisme de défense» pour exprimer une «frustration» du public envers la justice.

Le but des parents était peut-être de ridiculiser le tueur en déguisant leur bambin en Guy Turcotte, admet Alain Roy professeur en droit de la famille à l’Université de Montréal, mais il déplore que ce soit l’enfant qui devienne l’instrument de la satire.

«Aurait-on déguisé un adulte atteint d’une déficience intellectuelle en Guy Turcotte?», demande-t-il.

Rien d’anodin

Même si le cas est isolé, il n’y a pas de geste anodin: «On a encore beaucoup, beaucoup de chemin à faire pour qu’on considère l’enfant à part entière», insiste le spécialiste en droit des enfants, Alain Roy.

Selon la Convention relative aux droits de l’enfant, les enfants ont les mêmes droits que les adultes, en tout temps, martèle Nadja Pollaert. Et «comme on ne sait pas où va atterrir la photo et qu’on ne peut même pas l’enlever», il y a lieu de s’inquiéter, croit-elle.

Éducation des parents

On conscientise beaucoup les adolescents quant aux photos qu’ils mettent en ligne, mais il faut aussi penser à conscientiser leurs parents, insiste Nadja Pollaert qui voit dans le cas du déguisement «Guy Turcotte» un manque de jugement flagrant.

De surcroît, dans un cas comme celui-là, les recours légaux doivent être pris dans un délai d’environ trois ans à partir du moment où l’image est mise en ligne, explique Nicolas Vermeys, expert en cyberjustice. Dans le cas où l’enfant rendu à l’âge de comprendre demanderait de la retirer, «ça deviendrait plus compliqué», avance le directeur adjoint du Laboratoire sur la cyberjustice du centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal.


  • La Canada a ratifié la Convention internationale relative aux droits de l’enfant en décembre 1991, soit 12 ans après son adoption par les Nations unies.
  • La Convention n’a toutefois pas été rati­fiée par les États-Unis et la Somalie.
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