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Les temps changent...

Les temps changent...
photo le journal de montréal, Ben Pelosse Une blague de 50 grammes de Sail ou d’Amphora se vend maintenant 19,75 $ au Blatter et Blatter à Montréal.

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Je ne sais pas pourquoi j’ai traversé la rue. J’étais sur Président-Kennedy en direction de St-Laurent. De l’autre côté, j’ai revu l’affiche : Blatter et Blatter. Pendant 30 ans, c’était un endroit de pèlerinage pour le fumeur de pipe que j’étais. Robert Blatter était un des plus grands artisans au monde, certainement aussi bon que les grands maîtres pipiers de Savinelli en Italie ou Dunhill en Grande-Bretagne.

Mais ça devait faire trois ou quatre ans que je n’y étais pas allé. J’ai arrêté de fumer la pipe et les quelques centaines de pièces magnifiques que j’ai achetées aux quatre coins du monde sont rangées dans des boîtes de chaussures dans le placard de mon bureau.

Et les boîtes métalliques de tabac McBaren ou Dunhill s’empilent sur les étagères de la bibliothèque. Je les laisse vieillir comme le bon vin.

Cette affiche rappelle que l’entreprise des frères Blatter célèbre son 105e anniversaire. C’est deux ou trois ans de plus que le Canadien et deux ou trois de moins que Harley Davidson. Faut connaître ses institutions.

Blatter était occupé avec deux jeunes clients. Il était de bonne humeur. Les deux jeunes, des Anglophones bilingues comme ils le sont beaucoup à Montréal, ont finalement acheté une pipe et une blague de tabac. C’est là que j’ai arrêté de respirer. Quand j’ai vu les prix.

Une blague de 50 grammes de Sail ou d’Amphora se vend 19,75 $! C’est pas des farces, 19,75 $ plus 5% de TPS. Si t’échappes trois brins de tabac sur le plancher, tu viens de gaspiller une grosse piastre!

LES CIGARES DU SÉNATEUR

Ça été plus fort que moi : «Qu’est-ce qui s’est passé ? Je payais mon tabac 1,75 $ quand je suis venu ici la première fois». Les deux jeunes se sont tournés vers moi, totalement incrédules.

Je me suis senti obligé d’expliquer. Oui, c’était dans le temps de Guy Lafleur, de Jacques Lemaire, de Ken Dryden et de Serge Savard. Le Canadien gagnait la coupe Stanley chaque année, le Sénateur fumait ses gros cigares dans les avions commerciaux et les autobus du Canadien, je fumais ma pipe bourrée de Captain Black aromatisé en passant les douanes en revenant de Chicago et la vie semblait bien simple.

En parlant, j’ai fait le calcul. Si je payais mon tabac 1,75 $, Guy Lafleur scorait 60 buts par année et touchait 125 000 $. Le prix de mon paquet de tabac a été multiplié par 11 depuis l’époque et encore, cette augmentation est certainement due en plus grande partie aux taxes folles que les gouvernements ont ajoutées au tabac pour tenter de se remplir les poches. Si je multiplie le salaire de Lafleur par onze, j’arrive à 1 375 000 $. Autrement dit, si je me fais avoir aujourd’hui par les taxes, Guy Lafleur se faisait voler par Alan Eagleson et les propriétaires du Canadien de l’époque. De nos jours, un marqueur de 60 buts gagne 10 millions par année.

Ça veut juste dire que les joueurs ont eu raison de faire des grèves pour faire sauter les cadenas des coffres forts des propriétaires. Ils se faisaient exploiter et voler à tour de bras. Et aujourd’hui, ils sont forcés de défendre les droits acquis pour ne pas retourner en arrière...à cette époque bénie où un paquet de Borkum Riff coûtait 1,75 $.

LE RETOUR DE LA CLIENTÈLE

Patrick Blatter, le fils de son père, est sorti de l’atelier où il fabrique les pipes avec son oncle Robert. Il se prépare à prendre la relève et à ma grande surprise, j’ai appris que l’entreprise roulait fort.

Pourtant, c’est la même boutique. Avec cette odeur inimitable de tabac qui flotte dans la pièce, avec ces affiches des années 50 qui prennent valeur de patrimoine et surtout, les extraordinaires pièces fabriquées à la main par les grands pipiers du monde. Avec tous ces ayatollahs qui dénoncent le tabac, les Blatter devraient crever de faim : « Ça va super bien. Depuis trois ou quatre ans, le chiffre d’affaires a grimpé d’au moins 30 %», de dire Pierre Blatter :

«Les jeunes ont découvert la pipe et les tabacs. Ils viennent de l’université ou de leur travail et ils s’intéressent aux objets et aux différentes marques de tabac. Il y a de nombreux sites Internet qui traitent de l’art de fumer la pipe et les jeunes savent vraiment ce qu’ils veulent», de dire Blatter.

Je me suis penché sur les comptoirs. Tiens, je me rappelle de cette forme. J’en avais acheté une semblable pour un voyage avec les Expos à New York et à Pittsburgh. J’étais avec Michel Magny et les Expos luttaient férocement contre les Pirates pour gagner le titre de leur division. Les Expos avaient disputé deux programmes doubles de suite contre les Mets à New York et Gary Carter était franchement épuisé en arrivant à Pittsburgh.

Magny et moi étions installés sur la galerie de presse et on écrivait nos textes d’avant-match quand un épais pesant était venu s’asseoir près de nous. Il parlait fort, il s’imposait malgré nous et franchement, l’idée de passer la soirée avec ce gros cave dans nos bobettes nous faisait suer au max.

-T’as pas un tabac qui pue dans ton sac? a demandé Magny.

C’est vrai. À l’époque, je trainais toujours un paquet de «bourrure à boguey» destiné à chasser les mouches et les coquerelles dans les motels cheap. J’ai bourré une grosse pipe, j’ai vérifié dans quel sens soufflait le vent, et j’ai allumé. L’épais a résisté 10 minutes au plus. Il a voulu protester. Il m’a dit quelque chose. «Sorry, I don’t speak english», que je lui ai répondu. Après une dernière tentative, il a levé les feutres. Magny m’aurait embrassé tellement il était content. J’ai éteint ma pipe et j’ai regardé Gary Carter se faire blesser à la main et les Expos perdre la course au championnat.

C’EST TELLEMENT MAUVAIS

Évidemment, je dois être politiquement correct. Sauf le tabac acheté chez les trafiquants des réserves qui lui, doit être inoffensif, puisque les gouvernements le tolèrent, tous les tabacs sont dangereux pour le cœur, pour les dents, pour le foie, pour les cheveux, pour les poumons et pour le nez. Et les fillettes enceintes ne devraient pas fumer.


  • DANS LE CALEPIN- J’ai oublié hier quelque part dans l’édifice de TVA ma veste des Saguenéens de Chicoutimi. Bleue «Sag», c’est une veste d’automne qui, comme l’uniforme des Saguenéens, est la plus belle au monde. Go Sag Go !

Merci à l’avance...

 

Si je me fais avoir aujourd’hui par les taxes, Guy Lafleur se faisait voler par Alan Eagleson et les propriétaires du Canadien de l’époque
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