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Regardez-moi dans les yeux

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Quiconque a voyagé hors du Québec a pu constater à quel point il est partout plus naturel que chez-nous de saluer, soit du regard ou par un «bonjour», les gens que l’on croise dans les commerces. Certains diront que ces formules de politesse d’usage ne sont qu’une élégante hypocrisie, et qu’il est vain de considérer ces étrangers rencontrés par hasard.

NDLR: Une erreur humaine a fait en sorte que le texte publié à la page 19 de notre édition de samedi n'était le texte de Gilles Parent. Vous retrouverez ici le texte de M. Parent qui aurait dû être publié. Toutes nos excuses.

La Direction

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Quiconque a voyagé hors du Québec a pu constater à quel point il est partout plus naturel que chez-nous de saluer, soit du regard ou par un «bonjour», les gens que l’on croise dans les commerces. Certains diront que ces formules de politesse d’usage ne sont qu’une élégante hypocrisie, et qu’il est vain de considérer ces étrangers rencontrés par hasard.

Facile de justifier notre indifférence aux autres, surtout lorsque ceux-ci n’ont rien à nous apporter. Dans notre société où le je- me- moi trône, suffit de se dire qu’on ne veut pas d’embrouille pour préférer l’indifférence.

L’individualisme est-il ce fruit amer que l’on récolte à la suite de la montée du matérialisme à excès? La chose a-t-elle définitivement pris la place de l’humain?

J’espère que non.

Sommes-nous à ce point déconnectés de notre environnement immédiat pour pouvoir nous passer d’un simple contact visuel ou verbal? Peut-on vivre, en 2012, en faisant fi des autres?

Cela pourra vous paraître niais, mais j’apprécie toujours la courte discussion avec l’employé d’entretien de la piscine quand je suis en vacances au bord de la mer, comme le bref «comment allez-vous aujourd’hui?», lancé par le gérant du restaurant où je vais casser la croûte.

Chaque fois, je compare ce savoir vivre à quelque chose qui fait partie de mes beaux souvenirs d’enfance. Quelque chose que mes parents m’ont donné. Mais quelque chose que l’on n’a pas su cultiver collectivement.

Aujourd’hui, rares sont les marques de civilité chez les jeunes, comme si l’évincement de l’enseignement catholique avait entrainé un certain renoncement des formes de politesse et de courtoisie.

Tiens, je relie à notre indifférence pour l’autre, cette mauvaise habitude que plusieurs automobilistes ont, ici, à ne pas céder le passage aux piétons dans les espaces clairement identifiés en ce sens. Pire, j’en soupçonne certains d’accélérer à l’approche de ces zones particulières. Or, vous ne verrez pas cela ailleurs au Canada, ni aux États-Unis. Jamais. Pour aucune considération.

L’obligeance se perd et les rapports sociaux se dégradent. Les règles de la vie collective sont souvent bafouées, puisque la prise en compte de l’autre est de moins en moins systématique dans les espaces publics. L’impression qu’on n’a besoin que de son nombril gagne davantage de terrain par chez-nous.

Cette inattention à l’autre semble même calculée. Comme s’il fallait éviter les regards, craindre les contacts et soupçonner de malveillance quiconque nous aborde. Alors qu’il suffit simplement de reconnaitre l’autre pour permettre au lien social d’exister.

En tant que père de trois enfants, je m’interroge face à l’abandon de ces conventions minimales qui régissent les liens sociaux. Je ne déplore pas tant cette salutation manquée au hasard d’une rencontre, mais bien cette addition de signes qui marquent un désintérêt, voire une insensibilité à l’autre.

Il faut soit vivre complètement seul ou être poli.

Quitte à faire vieux-jeu, dépassé ou rétrograde, je n’arrêterai pas de saluer d’un «Comment allez-vous?» mon nettoyeur du bout de ma rue. Je continuerai de tenir la porte à quiconque me suit et je persisterai à céder ma place aux personnes âgées.

Je ne pense pas que la politesse finira par annihiler la discourtoisie autour de nous, mais je suis convaincu que ceux qui multiplient les petits gestes généreux se font du bien.

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