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Bernard Werber et sa troisième humanité

Bernard Werber et sa troisième humanité

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Troisième humanité, le premier volet de la nouvelle trilogie de Bernard Werber, est sorti en librairie le mois dernier. Mais à cause du Salon du livre de Montréal, nous n’avons pas eu le temps de lui faire honneur. On se rattrape!

Si, dans son tout premier roman, Bernard Werber a réussi à captiver des millions de lecteurs avec l’histoire d’une minuscule fourmi, il fallait forcément s’attendre à ce qu’il s’attaque un jour à beaucoup plus gros. Et il n’y est pas allé de main morte, puisqu’une des principales héroïnes de Troisième humanité n’est nulle autre que... notre bonne vieille planète bleue!

«Au commencement, j’ai eu l’idée de donner le point de vue de la Terre, expli­que Bernard Werber, qu’on a joint récemment au téléphone. Cette entité ayant plus de cinq milliards d’années, je me suis dit qu’elle devait avoir énormément de choses à raconter et que ses réflexions devaient aussi être totalement différentes de celles des écologistes. J’ai donc imaginé ce que pourrait penser la planète. Ensuite, j’ai eu l’idée de montrer que 2012 n’était pas un rendez-vous de fin du monde, mais un rendez-vous de changement, car je crois qu’on va bientôt changer notre manière de vivre, toutes les espèces s’autorégulant en quantité alors que l’être humain ne le fait pas... Troisième humanité est donc né de ces deux idées.»

DE L’INFINIMENT GRAND À L’INFINIMENT PETIT

Fidèle à ses habitudes, Bernard Werber nous plongera ainsi très vite au cœur de l’action. Lors d’une expédition au pôle Sud, l’illustre paléontologue français Charles Wells a en effet détecté une poche d’air à 3623 mètres de profondeur et en s’offrant un aller simple au centre de la Terre, il découvrira des squelettes humains de 17 mètres de haut vieux de 8000 ans.

En d’autres termes, il y aurait jadis eu des géants et plusieurs récits mythiques, comme la victoire des Titans, David contre Goliath ou le chant IX de l’Odyssée (celui dans lequel Ulysse affronte un cyclope), ne seraient donc pas que de simples fables. On apprendra d’ailleurs au passage que Pline l’Ancien, un naturaliste romain mort en 79 lors de l’éruption du Vésuve, a apparemment vu de ses yeux les restes d’un colosse de 20 mètres de haut. «C’est en tout cas ce qu’il affirme dans son Histoire naturelle, sauf que je n’étais pas à côté de lui au moment où il a trouvé ces ossements! De toute façon, je n’étais pas dans l’obligation d’aller vérifier ses dires. Il y a le mot “roman” sur la couverture de mon livre, alors je ne suis pas contraint d’apporter la preuve de ce que vivent mes personnages. Je peux inventer ce que je veux.»

Du coup, Bernard Werber ne s’est pas gêné pour donner une fois de plus libre cours à son imagination particulièrement fertile. Car après nous avoir laissé entendre que nous descendrions tous d’une longue lignée de géants, il nous confronte rapidement à une «réalité» encore plus surprenante : l’espèce humaine devrait bientôt commencer à rapetisser. David, le fils de Charles Wells, est même persuadé que les pygmées sont les humains du futur parce que le gène responsable de leur petite taille pourrait être à l’origine de leur excellent système immunitaire.

À ce stade, nous nous sommes évidemment demandé comment les scientifiques avaient réagi en tombant sur pareilles théories. «En fait, la plupart d’entre eux ont plutôt aimé le livre, assure l’auteur. Ils sont souvent amateurs de science-fiction et ils aiment bien s’amuser, surtout lorsqu’on plaisante avec leurs sujets. Bref, ils se sont montrés très ouverts. Et puis il ne faut pas oublier qu’une partie de mon travail de romancier est de repousser les limites!»

VERS UNE TROISIÈME HUMANITÉ?

Pour l’instant, ce nouveau roman ne fait cependant pas l’unanimité chez ses fans de la première heure : certains ont aimé, d’autres un peu moins... Récemment, notre collègue Jean Barbe l’a d’ailleurs descendu en flammes. Mais quel que soit le camp dans lequel on se range, on ne peut faire autrement que de saluer la démarche environnementaliste de Bernard Werber, qui est intimement convaincu que la planète a déjà connu des jours meilleurs.

«Dans ce livre, je rappelle qu’il y a des choses qui se passent dont tout le monde se fout, explique-t-il. Au Congo, par exemple, on abat les arbres à une vitesse folle sans qu’il y ait la moindre forme de contrôle. Ce que je raconte à propos des Pygmées est également vrai: dans leur pays, ils sont considérés comme des demi-singes et lors d’événements panafricains, on les met au zoo au lieu de leur offrir une chambre d’hôtel. Pire encore, on les traite comme du bétail sexuel et, étant donné que personne ne se soucie de leur sort, je voulais au moins sensibiliser mes lecteurs, leur faire prendre conscience de ce genre d’horreurs.»

Quant à la potentialité d’une Troisième Guerre mondiale, elle n’est peut-être pas aussi fantaisiste que l’hypothèse des géants ou du rapetissement. «Les jeunes populations ont envie de faire la guerre, constate Bernard Werber. Quand on regarde le passé, les guerres reviennent de façon cyclique parce qu’elles permettent de se débarrasser des pauvres et de ceux qui gênent. L’être humain concevant plus d’enfants qu’il ne peut aimer, elles éliminent ainsi le trop-plein. On peut donc essayer de trouver des solutions avant d’en arriver là, ou subir ce futur si on reste les bras ballants.»

Cela étant, Bernard Werber a déjà fait son choix en écrivant le deuxième tome de cette trilogie. «J’espère le sortir le plus rapidement possible, mais ça va d’abord dépendre de la façon dont le premier sera perçu...»

 

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