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Le Québec | Une histoire de famille

Les Plourde

L’apôtre de la coopération

Les Plourde

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On entend souvent qu’avant la Révolution tranquille, le clergé était au service des puissants, que l’Église collaborait avec les Anglais. Voilà un raccourci bien choquant qui occulte le combat de nombreux religieux en faveur des gagne-petit.

On entend souvent qu’avant la Révolution tranquille, le clergé était au service des puissants, que l’Église collaborait avec les Anglais. Voilà un raccourci bien choquant qui occulte le combat de nombreux religieux en faveur des gagne-petit. En Gaspésie, l’abbé Edmond Plourde (1891-1955) et tout le clergé de la région ont pris le parti des pêcheurs contre les grandes compagnies étrangères qui les exploitaient.

Les 7 000 Plourde du Québec, parmi lesquels on retrouve l’actuel bâtonnier du Québec, l’avocat Nicolas Plourde, ont tous le même ancêtre. Baptisé le 15 juillet 1667, décédé vers 1708, René Plourde arrive en Nouvelle-France autour de 1695. Deux ans plus tard, il épouse Jeanne-Marguerite Bérubé, s’installe à Rivière-Ouelle et élève ses six enfants. L’écrivaine Anne-Marie Couturier raconte, dans L’Étrange destin de René de Plourde, que ce pionnier aurait été le petit-fils d’un baron déchu qui aurait réécrit son nom pour conserver sa particule d’aristocrate.

PÊCHEURS EXPLOITÉS

Gaspé, Percé, Rivière-au-Renard et tous ces villages du cap gaspésien ont longtemps été notre bout du monde. Pendant 150 ans, la Gaspésie a été isolée et sous-développée, ses habitants sous-scolarisés. Avant 1929, aucune route pour s’y rendre. En 1941, 99% des fermes n’ont pas l’électricité. Pour survivre, il ne restait que la pêche, pratiquée de façon artisanale jusque dans les années 1950.

Du matin au soir, à bord de leur petite barque, les pêcheurs gaspésiens «jiggaient» pour cueillir les morues que femmes et enfants allaient sécher et saler sur les berges.

Un travail harassant, ingrat et bien peu payé. Le poisson était vendu à quelques compagnies étrangères qui contrôlaient le marché. La plupart du temps, celles-ci possédaient le magasin général du village chez qui les pêcheurs allaient s’approvisionner.

Un véritable marché de dupes s’installe dès le début du 19e siècle. Les compagnies font crédit aux pêcheurs dans leurs magasins généraux en retour de quoi ces derniers doivent leur remettre tout leur poisson... au prix qu’elles fixent elles-mêmes. Ce système crée une dépendance intolérable qui scandalise bien des observateurs, dont plusieurs membres du clergé.

En septembre 1909, plus de 400 pêcheurs de Rivière-au-Renard se révoltent contre leur compagnie qui les exploite depuis toujours. Deux bateaux de guerre sont envoyés, 24 pêcheurs jetés en prison comme des malfrats. L’émeute sera réprimée, mais pas la colère des pêcheurs.

UNE SOLUTION : LA COOPÉRATION

En 1923, François-Xavier Ross est sacré évêque de Rimouski. Il est profondément choqué par le sort réservé aux pêcheurs. Dans sa première lettre circulaire aux curés, il écrit : «Un peuple qui n’a pas l’ambition de prendre la direction de ses propres ressources est marqué par l’esclavage; il restera l’éternel exploité.»

Pour mettre fin à l’exploitation, l’évêque prône une solution bien québécoise : la coopération. Voie mitoyenne entre le libéralisme sauvage et le socialisme technocratique, le coopératisme favorise la mise en commun, les énergies et les ressources. Quant aux profits, ils sont partagés entre tous les membres.

L’un des grands partisans de cette formule associative est l’abbé Edmond Plourde. Originaire de Trois-Pistoles, ordonné prêtre en 1916, ce religieux devient «prêtre missionnaire» durant la Crise des années 1930. Sa mission est d’attirer des citadins en Gaspésie. Il agit également comme animateur politique et social auprès des pêcheurs. Il les aide à se prendre en main et à s’organiser.

De 1923 à 1926, une dizaine de coopératives de pêcheurs voient le jour. Mal organisées, la plupart font faillite. Au cours des années 1930, l’État québécois fait construire des congélateurs et fonde l’École Supérieure des Pêcheries à La Pocatière. Les pêcheurs gaspésiens sont désormais mieux outillés pour fonder, en 1938, Pêcheurs Unis, une grande fédération de coopératives.

Cette solidarité met fin aux belles années des grandes compagnies étrangères qui, les unes après autres, ferment leurs portes.


Jacques Keable, La révolte des pêcheurs.

L’année 1909 en Gaspésie, Lanctôt, 1996 ; Paul Larocque, Pêche et coopératisme au Québec, Éditions du Jour, 1978.

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