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Fusillade | Connecticut

Larmes et douleur

Newtown se prépare à passer une période des Fêtes très douloureuse

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NEWTOWN - Après le choc, la douleur. Newtown se prépare à passer une période des Fêtes très douloureuse. Cette ville de la Nouvelle-Angleterre, aux allures de carte postale, vit un véritable enfer. Pour 26 familles, il n’y aura pas de Noël cette année.

Au lendemain de la tragédie, certains résidents commençaient déjà à enlever les décorations de Noël sur leur terrain. Dans 26 maisons, certains cadeaux déjà déposés sous le sapin ne seront jamais déballés et il y aura une chaise vide à la table du réveillon.

Les habitants de Newtown vivent un deuil collectif immense qu’ils commencent à peine à assimiler. Toute la journée, ils ont appréhendé le moment où la liste des victimes serait dévoilée.

«En se promenant en ville, on devine quelle famille est en deuil par le nombre de voitures qui se trouvent dans leur entrée», a raconté Karri Moubarek, mère de deux anciennes élèves de l’école primaire Sandy Hook. Les jumelles de 12 ans, rencontrées devant l’église principale de la ville, ont lancé un bouquet de ballons dans le ciel en mémoire des victimes. Vingt ballons jaunes et six ballons bleus.

Difficile de retenir ses larmes quand on parle aux habitants de Newtown. La douleur est palpable, où que l’on tourne la tête. La ville est tapissée d’affiches dans les fenêtres avec des messages comme «Que Dieu bénisse les familles» et «Nos cœurs sont brisés». Plusieurs adolescents recueillent des dons pour les familles devant les commerces. Les bocaux sont remplis de billets verts. Le drapeau centenaire de la ville est en berne depuis vendredi. «Shattered» (brisé) a titré le journal local sur sa page de couverture samedi.

Paradis pour enfants

Sur la rue principale, on ne retrouve pratiquement que des boutiques d’enfants. J’ai retrouvé la propriétaire du salon de coiffure Fun Kuts en larmes. «J’ai coupé les cheveux de tous ces enfants, leur première coupe de cheveux, dit Marci Benitez. La mère d’une fillette tuée est venue acheter son cadeau la semaine dernière dans la boutique de mon mari, une poupée American Girl Doll. Le cadeau l’attendait sous l’arbre.»

Newtown, c’est le genre de ville où le concept des degrés de séparation n’existe pas. Tout le monde se connaît. Au magasin général, qui a pignon sur rue depuis 1847, c’était la consternation. «Je sers des sandwichs à ces enfants depuis qu’ils sont nés, cette ville c’est une grande famille. C’est le genre d’endroit où un PDG va inviter à souper le jardinier qui vient de tondre sa pelouse», dit Peter Leone, propriétaire.

«On se sent mal de ne serait-ce penser jouer de la musique de Noël», a confié Joe Tartaglia, propriétaire du restaurant Figs, un lieu de rendez-vous prisé en ville. La semaine dernière, le mari de la défunte directrice de l’école était sur place.

Dans la salle de rédaction du Newtown Bee, on avait aussi du mal à trouver ses mots. «On va maintenant être connu dans le monde comme la ville du 14 décembre», a dit Scudder Smith, propriétaire du journal, une entreprise familiale depuis 1877.

Plusieurs parents rencontrés décrivent leur ville comme l’endroit idéal pour élever leurs enfants. Leur confiance est maintenant ébranlée.

Ville sans histoire

La ville est reconnue pour ses bonnes écoles et sa population aisée. Plusieurs PDG de compagnies new-yorkaises sont installés dans la région. Au cours des 10 dernières années, un seul homicide a été rapporté.

«C’est le genre de ville où personne ne verrouille sa porte», dit Kate Katcher, directrice d’une compagnie de théâtre. Elle a un couple d’amis dont l’enfant manquait à l’appel. Samedi après-midi, elle m’a confié : «Je prie encore pour qu’on le découvre caché dans une armoire de l’école.»

À 16 h, quand le chef de la police nous a remis la liste officielle des victimes, j’ai vu son nom à côté du numéro 25 : Benjamin Wheeler. Il venait d’avoir six ans.

 

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