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Tout en crocs

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Le bédéiste Raymond Parent fait partie de ceux qui naviguent aisément sans sourciller entre la bande dessinée jeunesse et la BD plus incisive.
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Tout en crocs
Le bédéiste Raymond Parent fait partie de ceux qui naviguent aisément sans sourciller entre la bande dessinée jeunesse et la BD plus incisive. Rien d’étonnant que l’homme ait publié autant dans La Presse qu’à 7 Jours et à Croc.
Jean-Dominic Leduc
collaboration spéciale

C’est en 1983, dans les pages de Titanic, revue cadette de Croc entièrement destinée à la bande dessinée, que l’illustrateur publia sa toute première série de BD, Le domaine Goul. Après avoir été embauché par l’équipe du cinglant magazine à titre d’illustrateur, Garnotte et Pierre Huet, préparant Titanic, lui lancèrent l’invitation de soumettre une série de BD. Raymond Parent leur proposa cette série qui a mis plus de 25 ans à être publié en un album aux éditions 400 Coups.

«Croc était un magazine qui laissait une grande liberté de création, qui encourageait l’audace et qui manque cruellement de nos jours. Il faut dire que c’était dans l’air du temps. Impossible pour moi de refuser une telle offre! m’explique-t-il au bout du fil. Aujourd’hui, les gens s’indignent d’un rien. L’humour corrosif capable de susciter la réflexion semble peu intéresser. Pourtant, on me parle souvent de mes bandes publiées à l’époque de Croc dans les salons du livre.»

Le domaine Goul dura le temps de 12 courts récits, soit le nombre de numéros que Titanic publia avant son funeste naufrage.

Les Ravibreurs

Mais ce qui lança véritablement l’auteur, ce fut à n’en point douter sa série inspirée de la célèbre famille des Lavigueur, qui rafla la mise d’un tirage au Lotto 6/49. Scénarisé par Yves Taschereau, ce pastiche pour le moins corrosif dépeignait avec justesse la célèbre famille qui défrayait la chronique à l’époque. «Je les avais seulement entendus à la radio, à l’époque. C’est donc à partir de cette unique référence, en plus des scénarios d’Yves, que je les ai couchés sur le papier. Quelle ne fut pas ma surprise de constater la frappante ressemblance avec eux lorsque je les ai vus pour la première fois à la télévision, s’amuse-t-il. Les lecteurs aimaient à ce point cette série, que lorsqu’on cessa la production, Yves et moi, de nombreux lecteurs téléphonaient au magazine, menaçant de résilier leur abonnement si la série ne revenait pas.»

La série avait évidemment déplu aux principaux intéressés. Il en a d’ailleurs été fait mention dans la télésérie diffusée sur les ondes de Radio-Canada en 2008. Malgré tout, l’artiste affirme ne ressentir aucune culpabilité. «La série était à leur image : rock’n’roll. Et puis, comme le disait si bien le slogan du magazine, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle. C’était l’époque. Je l’ai fait sans me poser de questions, sans me préoccuper de blesser ou non.»

Univers jeunesse

Même si Raymond Parent prenait littéralement son pied à œuvrer dans cette zone résolument adulte, il a dû s’adapter à un tout autre public. Car avec la disparition de Croc, les éditeurs sont devenus davantage frileux. Du coup, les productions au caractère mordant n’ayant plus de tribune, il bifurqua vers la bande dessinée jeunesse.

«Je mentirais en vous disant que cela ne me manque pas. Je me reconnais moins dans cette époque de consensus et de statu quo. Mais il faut bien vivre!»

Pourtant, son style a su s’ajuster avec brio, car Raymond Parent est loin d’avoir disparu derrière ses créations destinées au jeune public.

Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’un éditeur publie enfin en album Les Ravibreurs, cette série qui fit le bonheur de tant de lecteurs de Croc.

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Les voisins d’en face
de Raymond Parent
Édition Boomerang

Nous avons tous des voisins, et nous sommes tous le voisin de quelqu’un. Sous la forme de courts gags en strip, Raymond Parent croque ces mésadaptés du quotidien pour notre plus grand plaisir, en abordant de front des thèmes universels tels que les relations de couple, la famille, les loisirs. Les lecteurs du Journal de Montréal retrouvent d’ailleurs chaque samedi Les voisins dans le supplément Petit Journal depuis plusieurs années.

Bibop
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Édition Boomerang

Qui a dit que la vie de canard était facile? Voyez-vous, c’est que Bibop en prend plein la tronche dans ses aventures en une planche. Époux, père de famille et maître d’un chien sympathique, quoiqu’un peu timbré, le pauvre canard fera le bonheur des petits, mais aussi des plus grands.

Le domaine Goul
de Raymond Parent
Édition 400 Coups

D’abord prépublié dans les pages de la revue Titanic en 1983-1984, c’est la toute première série BD de l’auteur. Ce petit bijou d’absurdité sous la forme de courts récits raconte les mésaventures de Jean-Paul et Gordon, un tandem tout en dents qui tente tant bien que mal de contrecarrer le quotidien de ce HLM des plus gris.

Le bédéiste Raymond Parent fait partie de ceux qui naviguent aisément sans sourciller entre la bande dessinée jeunesse et la BD plus incisive. Rien d’étonnant que l’homme ait publié autant dans La Presse qu’à 7 Jours et à Croc.

C’est en 1983, dans les pages de Titanic, revue cadette de Croc entièrement destinée à la bande dessinée, que l’illustrateur publia sa toute première série de BD, Le domaine Goul. Après avoir été embauché par l’équipe du cinglant magazine à titre d’illustrateur, Garnotte et Pierre Huet, préparant Titanic, lui lancèrent l’invitation de soumettre une série de BD. Raymond Parent leur proposa cette série qui a mis plus de 25 ans à être publié en un album aux éditions 400 Coups.

«Croc était un magazine qui laissait une grande liberté de création, qui encourageait l’audace et qui manque cruellement de nos jours. Il faut dire que c’était dans l’air du temps. Impossible pour moi de refuser une telle offre! m’explique-t-il au bout du fil. Aujourd’hui, les gens s’indignent d’un rien. L’humour corrosif capable de susciter la réflexion semble peu intéresser. Pourtant, on me parle souvent de mes bandes publiées à l’époque de Croc dans les salons du livre.»

Le domaine Goul dura le temps de 12 courts récits, soit le nombre de numéros que Titanic publia avant son funeste naufrage.

Les Ravibreurs

Mais ce qui lança véritablement l’auteur, ce fut à n’en point douter sa série inspirée de la célèbre famille des Lavigueur, qui rafla la mise d’un tirage au Lotto 6/49. Scénarisé par Yves Taschereau, ce pastiche pour le moins corrosif dépeignait avec justesse la célèbre famille qui défrayait la chronique à l’époque. «Je les avais seulement entendus à la radio, à l’époque. C’est donc à partir de cette unique référence, en plus des scénarios d’Yves, que je les ai couchés sur le papier. Quelle ne fut pas ma surprise de constater la frappante ressemblance avec eux lorsque je les ai vus pour la première fois à la télévision, s’amuse-t-il. Les lecteurs aimaient à ce point cette série, que lorsqu’on cessa la production, Yves et moi, de nombreux lecteurs téléphonaient au magazine, menaçant de résilier leur abonnement si la série ne revenait pas.»

La série avait évidemment déplu aux principaux intéressés. Il en a d’ailleurs été fait mention dans la télésérie diffusée sur les ondes de Radio-Canada en 2008. Malgré tout, l’artiste affirme ne ressentir aucune culpabilité. «La série était à leur image : rock’n’roll. Et puis, comme le disait si bien le slogan du magazine, ce n’est pas parce qu’on rit que c’est drôle. C’était l’époque. Je l’ai fait sans me poser de questions, sans me préoccuper de blesser ou non.»

Univers jeunesse

Même si Raymond Parent prenait littéralement son pied à œuvrer dans cette zone résolument adulte, il a dû s’adapter à un tout autre public. Car avec la disparition de Croc, les éditeurs sont devenus davantage frileux. Du coup, les productions au caractère mordant n’ayant plus de tribune, il bifurqua vers la bande dessinée jeunesse.

«Je mentirais en vous disant que cela ne me manque pas. Je me reconnais moins dans cette époque de consensus et de statu quo. Mais il faut bien vivre!»

Pourtant, son style a su s’ajuster avec brio, car Raymond Parent est loin d’avoir disparu derrière ses créations destinées au jeune public.

Il ne reste plus qu’à souhaiter qu’un éditeur publie enfin en album Les Ravibreurs, cette série qui fit le bonheur de tant de lecteurs de Croc.

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