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Peut-on rire des grosses ?

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Je ne suis pas grosse, j’ai juste la couenne épaisse. Sans doute la raison pour laquelle ma réaction face à la décision du Conseil canadien des normes de la radiodiffusion de ne pas interdire les blagues sur les grosses femmes a été de dire «tant mieux». Surtout qu’il est assez difficile de cacher l’obésité, contrairement à la fourberie.

Je ne suis pas grosse, j’ai juste la couenne épaisse. Sans doute la raison pour laquelle ma réaction face à la décision du Conseil canadien des normes de la radiodiffusion de ne pas interdire les blagues sur les grosses femmes a été de dire «tant mieux». Surtout qu’il est assez difficile de cacher l’obésité, contrairement à la fourberie.

Deuxième réaction: si elles étaient interdites, Lise Dion ne pourrait plus rire de son poids et de ses régimes. Or, croyez-moi, il n’y a rien de plus réconfortant pour une grosse qu’un monologue de Lise Dion sur les grosses.

Un homme porte plainte

Dans le cas qui nous intéresse, c’est Jean-François Mercier, le «gros» cave, qui s’est retrouvé au pilori pour avoir fait une grosse blague grasse sur une blind date avec une grosse femme pendant la diffusion d’un Gala Juste pour rire en 2011.

Un homme a porté plainte, alléguant que la blague humiliait les femmes obèses. Pourquoi un homme et pas une femme? L’histoire ne le dit pas.

La bonne décision

Est-ce un cas de rectitude politique? Y a-t-il de quoi fouetter un gros chat? Après les gros, va-t-on interdire les blagues sur les maigres? Les messieurs muscles pas de cou? Les grands pieds qui puent?

Selon des philosophes, nous fait rire «tout ce qui est contraire à un certain idéal de la perfection humaine.» Or, nous vivons à une époque où la minceur constitue un idéal physique indéniable. C’est pour cela que le poids fait rire. Si nous étions tous gras comme des chapons, on se bidonnerait sur le dos des minces.

Après réflexion, je demeure d’avis que le Conseil des normes a eu raison de statuer que la blague du gros cave sur les grosses femmes n’enfreignait aucun code de radiodiffusion.

L’humour et la censure

Au départ, je n’aime pas la censure. Par contre, je n’aime pas la méchanceté non plus. Je continue de penser que l’attaque sauvage de Guillaume Wagner contre Marie-Élaine Thibert était d’un indicible cheap. Mais comme disait mon père, «si tu ne vaux pas une risée, tu ne vaux pas grand-chose.» Je continue de croire qu’une bonne blague c’est quand tous les gens concernés finissent par rigoler.

L’obèse qui a honte de son poids cherchera la compassion, la pitié. Mais la personne obèse qui accepte sa condition ira jusqu’à se moquer d’elle-même. Comme la dame qui a joué le jeu avec Jean-François Mercier. Et Lise Dion. Et moi.

Les jeunes filles

Pour certains, rire de l’apparence physique relève plus de l’intimidation que d’un humour sain. C’est légitime. Des adolescentes mal dans leur peau pourraient être blessées par des gags de grosses. Diminuées. Mais je crains qu’il n’existe pas de solution à ce problème, outre la censure. Ce qui ne réglerait pas le problème principal: l’absence dans les médias, télé, magazines, cinéma, de diversité corporelle.

Un seul type de beauté pour sept milliards d’humains sur Terre, c’est trop peu. Me semble qu’il y a un bon sketch là-dedans...


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