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Yamaska | Prévention du suicide

La fiction devient réalité

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Le téléroman millionnaire profite de sa popularité pour sensibiliser le public au suicide, un thème récemment abordé dans l’une de ses intrigues. En partenariat avec l’Association québécoise de prévention du suicide, les créateurs de Yamaska lançaient cette semaine un site web afin de fournir des outils aux gens en détresse ou endeuillés.

Le téléroman millionnaire profite de sa popularité pour sensibiliser le public au suicide, un thème récemment abordé dans l’une de ses intrigues. En partenariat avec l’Association québécoise de prévention du suicide, les créateurs de Yamaska lançaient cette semaine un site web afin de fournir des outils aux gens en détresse ou endeuillés.

En décembre dernier, Anne Boyer et Michel D’Astous, les auteurs et producteurs de Yamaska, nous laissaient en suspens. Samuel, un jeune solitaire, intimidé, endetté, un brin délinquant, pas trop bon à l’école, peu communicatif avec sa mère et oppressé par son père, songeait à commettre l’irréparable.

«Le suicide est un sujet grave et délicat qu’on voulait traiter Michel et moi, explique Anne Boyer. Nous avons chacun deux gars, nous sommes soucieux de ce que vivent les jeunes, mais on s’est dit qu’on voulait aider la cause, pas l’empirer.»

Le personnage de Samuel a pris de plus en plus de place dans Yamaska. «Au début, quand je lisais les textes, c’était un jeune en crise d’adolescence, se souvient Marc-Olivier Lafrance, qui l’interprète, mais tout s’est dégradé. En apparence, il continuait à faire comme si tout était normal, mais à l’intérieur de lui, tout était devenu noir.»

Interpréter la détresse, l’impuissance

«Tout le long que je lisais mes textes, je me disais: Samuel, faut que t’en parles, parle à tes amis de ce que tu vis, poursuit le comédien à propos de son personnage. Dans ma vie à moi, Marc-Olivier, mes chums sont super importants. Samuel devait comprendre qu’il n’était pas seul, que Frédo était là.»

Pour se mettre dans la peau de l’adolescent, Marc-Olivier a entrepris des recherches de son côté. «J’ai lu là-dessus pour essayer de le comprendre. J’avais aussi une coach, Félixe Ross, qui m’aidait à entrer dans ce genre d’émotions. Et jouer avec des comédiens aussi bons que Nathalie Malette (qui joue Rachel, sa mère) et Michel Laperrière (Mario, son père) c’est facile malgré la complexité de la situation.»

«Ce ne sont pas des scènes ordinaires que je joue avec Samuel, note Gabriel Maillé, interprète de Frédérick, son meilleur ami et confident. J’ai eu à jouer des émotions que je n’avais jamais vécues dans ma propre vie. Félixe Ross, ma coach de jeu et de vie m’a beaucoup guidé là-dedans. Jouer l’incompréhension, la peur, la tristesse, des choses que t’as pas envie de vivre et que tu dois rendre avec justesse et respect.»

Samuel a suscité de nombreuses réactions auprès du public. Un public rajeunissant d’ailleurs. Et des gens touchés par ses ennuis. Il fait aussi l’objet de Yam, une websérie complémentaire au téléroman. On le voyait cet automne s’enliser dans ses problèmes. Des intervenants de Suicide Action Montréal étaient aussi du projet pour répondre aux appels et aux courriels suivants les diffusions. Ce n’était que le début d’un processus où la fiction rencontre la réalité.

Impact télévisuel

Anne, Michel et leur boîte Duo productions, se sont associés à l’AQPS (Association québécoise de la prévention du suicide) afin de sensibiliser les gens à la cause. «Nous sommes privilégiés. On bénéficie de 1,3 millions de téléspectateurs, affirme Anne Boyer. C’est une tribune extraordinaire, aussi bien en faire profiter une cause qui en a grandement besoin.»

Les auteurs se sont d’abord assurés que l’intrigue autour de Samuel n’inciterait personne à se suicider. «On ne voulait pas faire de faux pas. Une des premières choses que Bruno Marchand, directeur général de l’AQPS, nous a dites, c’est qu’il était préférable de ne pas montrer le moyen qu’utilise le personnage pour commettre son geste. En télé c’est certain que c’est plus spectaculaire de le voir, mais nous avons choisi, pour aider la cause, de ne pas mettre l’emphase là-dessus.»

«Beaucoup d’auteurs abordent le suicide à la télé. Je pourrais nommer de nombreuses séries. Sans le vouloir, ils ne desservent pas la cause. Il ne faut pas minimiser l’influence que peut avoir une émission. Dans Yamaska, on se préoccupe de l’impact, exprime Bruno Marchand. On ne présente pas juste une œuvre de fiction, mais ça devient un outil social.»

«Ça nous oblige en tant que diffuseur à nous questionner encore plus sur ce que l’on met en ondes, avoue Estelle Bouchard, directrice, marques et contenus – dramatique à TVA. Allons-nous parfois trop loin? Banalisons-nous le suicide? Toutes les questions se posent. C’est certain qu’un auteur veut raconter une bonne histoire, mais ça va donner lieu à des discussions face à certains sujets. Les équipes de 19-2 et de Radio-Canada se sont sans doute posé beaucoup de questions avant de mettre le premier épisode en ondes. C’est normal. On ne peut prendre aucune décision à la légère quand on aborde des sujets délicats et tout le travail qu’a mené Anne Boyer pour ce projet m’a beaucoup sensibilisée.»

Au Québec seulement, 3 personnes par jour s’enlèvent la vie. «En constatant ces statistiques, c’est devenu une cause personnelle, avoue Anne Boyer. Le suicide est une solution permanente à un problème temporaire. On se devait d’agir pour donner des outils aux gens.» C’est pour cette raison que lundi dernier, Duo Productions lançait enfin le site tesimportant.com, un outil de sensibilisation, de réflexion, de soutien et d’aide pour les personnes malheureusement en détresse ou endeuillées dans leur vraie vie.

Sortir de la télévision

Fait inusité, toutes ces initiatives sont directement liées au contenu de l’émission. Pour Frédérick Harrison, le dessin est exutoire. «Quand on est ado, on a les émotions en dents de scie, note le comédien Gabriel Maillé. Il m’arrive que des jeunes viennent me parler, à l’école ou ailleurs, de situations qu’ils vivent. Ça me fait plaisir d’être là, de pouvoir aider les autres.»

Brian (Yan England), son frère, est un fou de nouvelles technologies qui rêve de fonder sa propre compagnie. Voyant le talent de son frérot, il lui propose de créer un site qui devient pour nous, communs des mortels, tesimportant.com.

Ce site, réellement développé par l’entreprise Les Affranchis, se divise en trois parties. Une première qui s’adresse aux personnes vulnérables qui ont des idées sombres. On y voit de courtes capsules mettant en vedette le petit personnage créé par Fred dans des situations aussi délicates que l’intimidation, la peine d’amour, la toxicomanie et l’échec scolaire.

Ce petit personnage est, dans la vraie vie, la création d’un jeune de 18 ans, Jonathan Cormier. «Pour moi, comme pour le personnage de Fred, dessiner a été thérapeutique, avoue-t-il. Un artiste peut exprimer ses émotions par son art. J’ai des amis qui vivent des problèmes. Un de mes bons amis a vécu le suicide de son père. Je comprends l’importance que de tels projets peuvent avoir et suis content d’y participer.»

Sur le second volet du site, d’autres vignettes, sur l’isolement, la perte de passion et l’agressivité notamment, s’adressent aux proches d’une personne souffrante et permettent de poser un premier diagnostic. Le troisième volet propose une mosaïque de photos et de commentaires de gens qui soutiennent la cause. Le site est modéré par Suicide Action Montréal. Déjà, de nombreux témoignages y circulent. Et des appels à l’aide aussi.

Témoins importants

Des comédiens de Yamaska on également enregistré des capsules de témoignages qui seront diffusées à l’antenne de TVA durant les deux prochaines semaines. On y retrouve Gabriel Maillé, Chantal Fontaine et Normand D’Amour qui a été touché deux fois par le suicide. «À 10 ans, j’ai perdu mon parrain, se souvient-il. À l’époque, on n’en parlait pas. C’était tabou.» Il a vécu un autre deuil une fois adulte. «On vit dans une société trop individualiste, poursuit-il. La gang de Yamaska fait preuve de compassion. La télé peut être un bon moyen de faire changer les mentalités.» Il reconnaît toutefois que la sensibilisation à ce genre de mal ne devrait pas avoir de limite. «Tant que les gens vont en souffrir, faire la promotion de ressources pour les aider et aider leurs proches, ça devrait être aussi important que de vendre de la gomme.»

Vous y verrez aussi Lise Dion qui a elle-même broyé du noir et qui est porte-parole de Suicide Action Montréal et de la semaine pour la prévention du suicide qui se déroule du 3 au 9 février. Une initiative qu’a bien accueillie TVA, le diffuseur. «Ça fait partie des responsabilités d’un diffuseur d’aborder ces questions-là, confirme Estelle Bouchard.» Parce que comme le dit si bien Lise Dion: «Le suicide, ce n’est pas une option.»

tesimportant.com

 

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