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Des gens extraordinaires

L’homme qui livre la joie

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Lorsqu’il a commencé à livrer le lait, en mai 1960, c’est un cheval qui lui a montré sa route. Aujourd’hui, après 52 ans de métier, Yves Nantel, un des derniers laitiers de Montréal, pourrait pratiquement accomplir son travail les yeux bandés.

Son travail est devenu sa vie, sa passion, après sa femme et ses deux enfants. «J’aime parler avec le monde», dit-il. Partout où il passe avec son vieux camion aux couleurs de la compagnie ­Parmalat, on le salue de la main. Le laitier de ­LaSalle n’est pas une vedette locale, mais c’est tout comme.

À la garderie Petits bouts de choux, de la rue Airlie, dernier arrêt avant d’aller stationner son Chevrolet 1985, il prend le temps de remplir le frigo et s’amuse à faire rire les éducatrices en leur racontant ses meilleures blagues.

«Monsieur Nantel ne nous apporte pas que du lait, il nous apporte du bonheur chaque matin», souligne une employée de la garderie.

Ami des chiens

Chez une cliente, il n’hésite pas à prendre un bébé dans ses bras pour le consoler. Chez une ­autre, il suffit d’un «bonjour ma p’tite dame, vous allez bien ce matin?» lancé avec enthousiasme pour qu’un sourire apparaisse aussitôt sur son visage.

Mais le plus fascinant chez ce sympathique personnage est cette relation privilégiée qu’il ­entretient avec tous les chiens de ses clients. Il y a Suzie, qui monte sur ses genoux pour recevoir son câlin à chacune de ses visites. Plus loin, une «Doudoune» à quatre pattes (surnom affectueux qu’il donne à tous les chiens) est littéralement tombée sous son charme.

«La première fois, la petite chienne est montée dans mon camion et ne voulait plus redescendre», raconte M. Nantel. Depuis, elle se contente de monter à bord, renifle dans les coins et ressort rejoindre ses maîtres.

Après toutes ces années, il accomplit son travail avec la même passion qui l’animait au début, lorsque son père, laitier lui aussi, lui a gentiment proposé de prendre la «run de lait» qui venait de se libérer à Verdun.

Il avait 17 ans à l’époque et l’école ne lui disait rien de bon. Son nouveau travail allait lui rapporter 57,50 $, brut, par semaine. «C’est mon père qui m’a tout appris, raconte-t-il. À huit ans, je travaillais déjà pour lui comme helper.»

Toujours de bonne humeur

À 70 ans, le vaillant laitier continue à se lever religieusement à l’aube pour livrer le lait et la bonne humeur aux portes de ses fidèles clients, mais il avoue avoir un peu ralenti le rythme. ­Depuis quelques années, les clients se font plus rares. Les temps changent. Il est passé de 400 à 200 clients et ne travaille plus que trois jours par semaine.

Lorsque ses vieilles jambes l’obligeront à prendre sa retraite, il se promet d’aller travailler pour son fils, Frédéric Nantel, qui gère aujourd’hui la plus importante compagnie de distribution Parmalat au Québec avec 15 camions et 32 employés.

Bientôt, il le sait, les laitiers disparaîtront de notre paysage culturel. Il faudra alors se contenter d’acheter le lait dans les épiceries et se trouver de nouvelles façons de perdre du temps à rire et à placoter avec des gens simples qui savent ­encore comment vivre heureux.

Le secret de sa bonne humeur ?

«Je travaille beaucoup et j’aime ce que je fais. Dès que je sors de la maison et que j’entre dans mon camion, je me sens dans mon élément.»

Il n’a jamais ressenti le besoin de prendre des vacances même lorsqu’il travaillait jusqu’à 75 heures par semaine. Les dernières remontent à son mariage en 1965. Il a pris deux semaines.

Un moment mémorable

Il y a quelques années, son vieux camion (un Chevrolet 1985) a rendu l’âme. Sans lui, il ne pouvait plus pratiquer son métier, mais une âme généreuse, dont il préfère taire le nom, lui a fait la surprise de payer la réparation. Il lui en sera reconnaissant toute sa vie.

La personne qu’il admire le plus

«Mon épouse Laura, pour sa grande bonté et ses talents de cuisinière. Chez nous, la porte est toujours ouverte.»


Vous connaissez ou côtoyez des gens ordinaires, mais qui sont extraordinaires dans la vie de tous les jours ? Écrivez-moi à l’adresse suivante : renee.laurin@quebecormedia.com

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