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L’idéologie ou le résultat

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L’idée de gratuité universelle frappe l’imaginaire. Le ministre de la santé, Réjean Hébert, dit vouloir la rétablir en s’attaquant aux frais accessoires. Danger : le résultat pourrait être moins d’accessibilité aux services.

L’idée de gratuité universelle frappe l’imaginaire. Le ministre de la santé, Réjean Hébert, dit vouloir la rétablir en s’attaquant aux frais accessoires. Danger : le résultat pourrait être moins d’accessibilité aux services.

Les frais accessoires ont été permis par Claude Castonguay dès l’instauration de l’assurance maladie. La Régie doit payer l’acte médical, mais des éléments «accessoires» comme des injections, des pansements et certains médicaments peuvent être facturés au patient.

Récemment, des exemples d’abus nous ont fait sursauter, le plus célèbre étant les gouttes pour les yeux à 200$. De tels frais choquent la population et le ministre de la Santé prend la position du chevalier sans peur et sans reproche en voulant rétablir la «vraie» gratuité.

Par contre, à côté de quelques exemples d’abus, les frais accessoires ont été largement utilisés pour accroître l’accessibilité aux services de santé. Le porte-parole des médecins spécialistes, le Dr Gaétan Barrette, donne comme exemple les endoscopies. Devant des délais d’attente très longs, certains médecins offrent de faire cet examen en cabinet. Dans ce cas, vous paierez. Pas pour l’acte, ce qui serait illégal. Vous payez les frais accessoires pour l’entretien de la machine et les divers coûts que l’examen occasionne au cabinet.

Idéologie ou pratique ?

Version idéologique: toute cette opération est illégale et amorale. Ceux qui acceptent de payer passent devant et violent l’esprit de notre système de santé. Version pratico-pratique: en interdisant les endoscopies en cabinet, on retourne des centaines de patients annuellement sur des listes d’attente déjà fort encombrées. L’attente augmente et la facture pour l’État aussi. Oups!

Il semble même que les frais d’adhésion que paient des patients pour devenir membres d’une coopérative de santé seraient visés par une telle interdiction des frais accessoires, puisqu’on considère qu’il s’agit d’un paiement pour voir un médecin.

Cela est illégal, à moins que ce médecin soit complètement désaffilié de la RAMQ. Or, plusieurs régions du Québec se sont dotées de coopératives de santé pour attirer des médecins et régler un problème généralisé d’incapacité d’avoir des médecins de famille dans le milieu.

Modèle coopératif

Plus largement, le recours au modèle coopératif dans le secteur de la santé est-il un problème auquel on doit s’attaquer ou plutôt une voie de solution à explorer? Les gens deviennent membres d’une coopérative librement et se procurent les services de santé qui leur conviennent. Le modèle coopératif n’est-il pas une de nos fiertés au Québec? L’Université de Sherbrooke, située dans la ville que représente le ministre Hébert, enseigne le modèle coopératif dans sa faculté d’administration.

Ce qui est curieux, c’est que la décision que s’apprêterait à prendre le ministre de la Santé fait suite à une enquête de la RAMQ et à une multitude de travaux du ministère.

J’ai toujours trouvé curieux que lorsque l’idéologie de la gratuité est en cause, il y a tout un branle-bas combat, des directives et des enquêtes.

Tout le monde s’en mêle : le ministre, les fonctionnaires et la RAMQ. Par contre, lorsque la promesse principale du système de santé, soit l’accessibilité, est brisée par des délais d’attente complètement déraisonnables, tout ce beau monde reste tranquille. Si le patient paye : scandale! Si le patient attend : tout est en ordre.

Au-delà de l’idéologie en santé, il existe une réalité en 2013. Beaucoup de citoyens sont prêts à débourser de l’argent pour leur santé. C’est une bonne nouvelle, pas une horreur. Il s’agit d’établir les bonnes approches pour que cet argent neuf joue un rôle positif pour l’ensemble de la population.

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