/opinion/columnists
Navigation

L’obsession du déficit zéro

Coup d'oeil sur cet article

Dans son intervention de la semaine dernière sur la gratuité universitaire, l’ex-premier ministre Jacques Parizeau explique le désintérêt des péquistes pour l’idée de gratuité par l’«obsession du déficit zéro».

Dans son intervention de la semaine dernière sur la gratuité universitaire, l’ex-premier ministre Jacques Parizeau explique le désintérêt des péquistes pour l’idée de gratuité par l’«obsession du déficit zéro». Il n’est pas le premier à utiliser cette expression : on la retrouve aussi dans le langage des centrales syndicales, de Québec solidaire ou de groupes sociaux.

Cette affirmation me dérange tellement! Le Québec est-il sérieusement obsédé par le déficit zéro? Pas une miette. Dénoncer cette supposée «obsession» sert toujours de hors-d’œuvre à ceux qui veulent ouvrir la porte à une nouvelle dépense majeure. Gratuité universitaire, programmes sociaux bonifiés, nouvelle convention collective, pour lancer la discussion avec l’espoir de soutirer plus de fric, on crucifie les obsédés.

Une obsession, c’est une pensée qui occupe tout l’esprit, une idée fixe qui guide tous les gestes. Se pourrait-il que si nous avions vraiment l’obsession du déficit zéro, le Québec n’aurait pas maintenu l’un des plus grands ratios de fonctionnaires per capita du continent? Se pourrait-il que si nous avions vraiment l’obsession du déficit zéro, nous n’aurions pas créé par milliers de nouvelles places en services de garde à fort prix? Se pourrait-il que si nous avions vraiment l’obsession du déficit zéro, nous ne serions plus les plus grands donneurs de subventions en Amérique?

Je pense plutôt que l’État québécois est une machine à dépenser avec une multitude de tentacules, dont chacune réclame plus de fonds pour répondre aux besoins infinis de citoyens et d’organismes habitués à vivre avec des fonds publics. Jamais la hache n’est passée radicalement dans le gouvernement. Rien de comparable à ce qu’ont vécu l’Ontario de Mike Harris ou la Grande-Bretagne de Margaret Thatcher. En fait, dans les années Lucien Bouchard comme dans les années présentes, l’élimination du déficit s’est opérée bien plus par une hausse des revenus que par une réelle réduction des dépenses.

Baisser les dépenses, vraiment ?

En somme, à l’exception d’une ou deux occasions, les dépenses du gouvernement n’ont jamais été coupées. Soyons attentifs au langage: les ministres des Finances ne vous parlent jamais de réduire les dépenses. On vise à «réduire le rythme d’augmentation des dépenses» (peser chaque mot). Mais pour seulement réduire ce rythme, il faut procéder à un exercice majeur de coupes, étant donné que le gouvernement amorce l’année avec des engagements de hausses de salaires, des indexations automatiques dans les programmes et d’autres promesses de toutes sortes. En somme, si l’on ne coupe pas, si on laisse juste aller les choses, les dépenses du gouvernement vont augmenter bien plus vite que l’inflation.

Par-dessus le marché, il faut se pencher sur la définition très particulière du gouvernement de ce qu’est ce déficit zéro qui nous obsède supposément. Dans une entreprise, si l’on ne fait aucun déficit dans l’année courante, la dette n’augmente pas. Logique élémentaire.

La véritable obsession

Par contre, au gouvernement, même si l’année se conclut sans déficit, les universités, les établissements de santé, les commissions scolaires finissent dans le rouge. L’État passe aussi certaines dépenses directement à la dette. Résultat: pendant toutes ces années de déficit zéro, la dette du Québec a continué de grimper de plusieurs milliards par année! La dette consolidée du Québec dépasse 250 milliards. Par rapport à la richesse ou à la population, aucune province canadienne ne s’approche même d’un tel taux d’endettement. Une obsession du déficit zéro au Québec? S.V.P., ne répétez plus ça! Notre gouvernement se dirige vers une élimination du déficit, de force plus que de gré. Notre obsession naturelle semble bien plus le goût de dépenser et de taxer davantage.

 

Commentaires