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misères d’EX-expos

« Si j’avais évité la drogue et l’alcool... »

LeFlore regrette ses choix

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Ron LeFlore est parti de loin pour faire sa marque dans le sport. Son histoire rocambolesque de prisonnier devenu une star du baseball a même été portée à l’écran. Éphémère, la gloire des belles années a fait place à la déchéance : oublié, ruiné, amputé. Comme bien des ex-Expos, sa retraite a un goût amer. Tout cela en raison d’une folle jeunesse. Et de mauvais choix de vie.

SAINT PETERSBURG | Ron LeFlore est parti de loin pour faire sa marque dans le sport. Son histoire rocambolesque de prisonnier devenu une star du baseball a même été portée à l’écran. Éphémère, la gloire des belles années a fait place à la déchéance : oublié, ruiné, amputé. Comme bien des ex-Expos, sa retraite a un goût amer. Tout cela en raison d’une folle jeunesse. Et de mauvais choix de vie.

Baseball en prison

Ron LeFlore a grandi dans un quartier ­défavorisé de Detroit. Poussé vers la ­délinquance dès son jeune âge, il quitte l’école très tôt et consomme drogue et ­alcool. À 15 ans, il est arrêté pour la première fois et séjourne à plusieurs reprises dans un centre de détention pour mineurs.

Six ans plus tard, il est condamné à une sentence de 5 à 15 ans de prison pour vol à main armée.

Pendant son incarcération à la prison ­fédérale de Jackson, au Michigan, il s’initie au baseball, qu’il pratique avec d’autres ­détenus.

Ses qualités athlétiques feront l’envie de ses pairs, et même des gardiens de la prison.

Avant son incarcération, LeFlore n’avait jamais évolué dans une ligue organisée ou à l’école, ni même tenu un bâton de baseball dans ses mains.

Mais ses aptitudes ont rapidement été ­repérées entre les quatre murs de l’établissement pénitencier.

Par l’entremise d’un ami, propriétaire d’un bar à Detroit, Billy Martin, alors ­gérant des Tigers de Detroit, réussit à contacter ­LeFlore en prison et parvient même à lui procurer une permission spéciale pour ­participer à un essai avec sa formation.

Dès le premier entraînement, LeFlore confirme son potentiel. Si bien que les ­Tigers lui accordent un contrat en juillet 1973. Intégré à l’équipe, il est libéré sur ­parole de la prison. Après un stage au ­circuit AAA, le dernier tremplin avant d’accéder aux ligues majeures, il disputera son premier match le 1er août 1974 contre les Brewers de Milwaukee.

Dès le lendemain, il inscrit son premier coup sûr et réussit deux vols de buts. Sa ­carrière a pris son envol.

Cinq ans plus tard, il débarque à ­Montréal.

Fin de carrière abrupte

Avant même d’être échangé aux Expos, en retour du lanceur Dan Schatzeder, à la fin de la saison 1979, sa biographie peu ­banale — du jeune trafiquant de drogue et de détenu à star — a déjà été relatée dans un livre (Breakout) et un documentaire, destiné au petit écran, intitulé One in a ­Million, mettant en vedette LaVar Burton.

La carrière de LeFlore s’est toutefois abruptement terminée lorsque les White Sox de Chicago l’ont libéré au printemps de 1983.

Il avait couru à sa perte. Son équipe lui avait déjà reproché, l’année précédente, sa mauvaise condition physique et ses ­absences répétées aux séances d’entraînement. Des instructeurs l’avaient également surpris à dormir dans le vestiaire.

Un différend avec son gérant Tony ­LaRussa est dévoilé sur la place publique. LeFlore le traite à plusieurs reprises de menteur, pour avoir brisé sa promesse de l’insérer régulièrement au sein de la formation.

C’est aussi en 1982 que ses écarts de conduite vont entacher sa carrière. Il est ­arrêté dans son appartement de Chicago pour possession d’amphétamines et d’un revolver non enregistré.

LeFlore a alors expliqué aux agents que les comprimés et l’arme saisis ne lui appartenaient pas. Il a été acquitté, mais le mal était fait.

Il a tenté, par la suite, de demeurer impliqué dans le monde du baseball en offrant ses services à titre d’instructeur, mais en vain. Il s’est finalement trouvé un emploi comme préposé aux bagages dans un ­aéroport.

Ruiné

Un peu plus tard, il renoue avec le ­baseball comme enseignant dans une école, puis il joue dans le défunt circuit senior, avant de diriger des formations dans trois ligues indépendantes, dont une à Saskatoon, au Canada.

Entre-temps, durant son parcours ­sinueux, il avouera qu’il était quatre ans plus vieux que ne l’indiquait son baptistaire, qu’il a perdu un nourrisson, décédé à 49 jours du syndrome de la mort subite, et qu’il a été ­arrêté deux fois pour non-­paiement de la ­pension alimentaire à son ex-conjointe.

«J’ai eu des hauts et des bas», explique ­LeFlore, dont les revenus proviennent de ses prestations d’aide sociale et du fonds de ­pension des joueurs retraités.

Tout l’argent qu’il a empoché au baseball (il a déjà gagné 700 000 $ par année) et les ­redevances qui lui ont été versées pour sa biographie et le film relatant sa vie ont été dépensés.

Il règle ses comptes

Si LeFlore ne regrettera jamais d’avoir porté les couleurs des Expos, il en a toujours voulu aux Tigers de l’avoir échangé à ­Montréal, les accusant d’être trop économes, en citant l’exemple d’Alan Trammell.

«Ils lui ont consenti un contrat de sept ans évalué à 2,8 millions $, se souvient ­LeFlore. Lui, il était avec l’équipe depuis trois ans, alors que moi ça faisait cinq ans que je jouais pour cette formation. Mes ­statistiques personnelles justifiaient un aussi bon salaire, mais ils ont jugé que ça ne valait plus la peine de me payer convenablement.»

Autant LeFlore a surmonté tous ces obstacles et connu la gloire dans le baseball, autant il sent, encore aujourd’hui, qu’il n’est pas allé au bout de ses ambitions.

«J’ai marqué l’histoire du baseball, prétend-il. Personne ne pourra m’enlever ce que j’ai accompli pendant ma carrière. Mais je suis convaincu que j’aurais pu en faire davantage.»

Depuis plusieurs années, LeFlore vit sans assurance médicale.

«Quand vous arrêtez de jouer, le baseball majeur cesse de vous offrir cette ­protection, relate-t-il. Je détenais une assurance personnelle, mais les primes ont grimpé à un rythme si vertigineux que, à un moment donné, je n’étais plus capable de les payer parce que je ne travaillais pas.

Heureusement pour lui, lorsqu’il aura atteint l’âge de 65 ans, dans quelques mois, le 16 juin précisément, il sera admissible à l’assistance médicale offerte par le gouvernement américain.

Lorsque LeFlore a été amputé, il s’est inscrit à l’aide gouvernementale destinée aux personnes souffrant d’un handicap physique, mais on lui a rapidement fait comprendre qu’il n’était pas admissible à ce programme puisqu’il n’avait pas ­travaillé pendant 10 ans.

«Mais la réalité, indique-t-il, c’est que j’ai été impliqué dans un accident de ­voiture en 2000, et, heureusement, on m’a considéré comme une personne invalide quand j’ai fait ma demande de prestation.»

Dès lors, le gouvernement s’est occupé de rembourser sa montagne de factures ­reliées à ses soins médicaux.

Premiers symptômes

LeFlore n’a jamais pensé que son lourd passé de fumeur ruinerait sa santé, au point de perdre l’usage d’une jambe.

«J’ai commencé à éprouver des problèmes à marcher, indique-t-il. Ma jambe s’est mise à enfler et mes orteils ont changé de couleur.

«Tellement que d’enfiler un soulier ­devenait une corvée. Pour tenter de remédier au problème, je trempais mon pied dans de l’eau chaude et je ne chaussais que des sandales. Comme athlète, vous développez un degré de tolérance supérieure à la moyenne. Alors, j’ai attendu.

«Lorsque mes orteils sont devenus noirs, j’ai gratté. Un jour, ma peau et un morceau de chair me sont restés dans la main. Lorsque j’ai vu ça, j’ai crié “Oh, mon Dieu”.»

Cette épreuve insupportable l’a incité à consulter un médecin.

«Je suis allé chez le spécialiste qui m’avait opéré la hanche en 2009 et, sur-le-champ, il m’a dit que c’était très sérieux et que je devais me rendre à l’hôpital immédiatement.»

«Le sang ne circulait plus dans mon pied, se souvient LeFlore. Le verdict n’a pas tardé. L’amputation était la seule façon de m’en sortir.»

Il a séjourné pendant près de 90 jours à l’Hôpital de Saint Petersburg, où il a subi trois interventions chirurgicales.

«Il m’ont d’abord enlevé le petit orteil, puis le suivant lors d’une deuxième opération. On a attendu pour savoir si on pouvait sauver mon pied.»

Ultime tentative

Dans une ultime tentative, les médecins ont transplanté une artère dans sa jambe malade, mais ça n’a pas réussi.

Une troisième chirurgie a été nécessaire pour l’amputer au-dessous du genou.

Pendant son hospitalisation, LeFlore a perdu 45 kg et fait osciller la balance à 71 kg. Son épouse Emily est venue le voir tous les jours. Quelques fois, elle a passé la nuit à son chevet, craignant le pire. «Je l’ai presque perdu à deux reprises», admet-elle.

«Vous rencontrez des gens amputés, dit LeFlore. Mais vous ne pensez jamais que vous pouvez subir le même sort.»

LeFlore, qui a repris du poids (88 kg) ­depuis sa sortie de l’hôpital, n’a jamais cessé de se battre, mais il regrette encore aujourd’hui de ne pas avoir profité de conseils judicieux au bon moment.

«Si j’avais connu des gens compétents, surtout pendant que je jouais au baseball, je suis convaincu que j’aurais pu étaler ma carrière sur une plus longue période. Si quelqu’un, lors de mon adolescence, m’avait aussi enseigné à éviter la drogue et l’alcool, je ne serais pas dans cet état ­aujourd’hui.

«Mais j’ai plongé très jeune dans la délinquance, dit-il. À 15 ans, je consommais de l’héroïne. Il m’aurait fallu un ­mentor pour me dire que c’était dangereux pour ma santé.

Regrets

«J’ai connu une belle carrière, mais elle aurait été encore plus glorieuse si on avait été plus attentifs aux gestes que je posais.

«Je le répète. Je n’ai pas eu les conseils qui m’auraient dirigé vers le droit chemin. Au contraire, j’ai plongé dans les ­mauvaises manières sans me rendre compte des conséquences.

«Pensez juste, si je m’étais initié au baseball plutôt que de courir les rues et faire des mauvais coups. Comment aussi, j’aurais pu améliorer mon jeu, si je n’avais pas été emprisonné. Ma carrière ne se serait pas terminée de cette façon et mon palmarès aurait été suffisamment glorieux pour me faire élire au Panthéon du baseball.»

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