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Jeux de pouvoir

Une sacrée coalition...

Bloc Hebert

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Admettez qu’il y a de quoi sourciller : la Congrégation des sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire qui appuie la gratuité scolaire! Apparemment, les bonnes sœurs sont des copines de l’ASSÉ et des habituels partisans de la révolution citoyenne.

Admettez qu’il y a de quoi sourciller : la Congrégation des sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire qui appuie la gratuité scolaire! Apparemment, les bonnes sœurs sont des copines de l’ASSÉ et des habituels partisans de la révolution citoyenne.

Leur nom apparaît dans la liste de 140 groupes mobilisés contre l’indexation des droits de scolarité et qui doivent manifester en marge du Sommet sur l’enseignement supérieur, à Montréal, mardi prochain.

C’est du moins ce que prétend la très sérieuse Fédération «nationale» des enseignants, «zé» des enseignantes de la CSN, dans un communiqué transmis jeudi. Les profs de la CSN rêvent d’un nouveau «printemps érable», c’est l’évidence même.

« Bonjour, ma sœur! »

Mais il semblait difficile de concevoir que des bonnes sœurs se soient rangées dans le camp de l’ASSÉ et des autres apprentis de la lutte prolétarienne! Remarquez qu’on ne sait jamais; le Québec, disent des experts, a perdu ses repères, plus rien n’est impossible.

J’ai téléphoné à la maison mère de la congrégation, à Rimouski, pour en avoir le cœur net.

Après une série d’échanges polis avec la réceptionniste, on m’a mis en communication avec sœur Lisette, une gentille dame que mes questions ont d’abord laissée perplexe...

- Bonjour, ma sœur. Votre congrégation est pour la gratuité scolaire? Et vous irez manifester avec l’ASSÉ?

- Quoi? Jamais! On ne s’est jamais prononcées là-dessus. Qui dit ça?

- Ben, c’est un syndicat de la CSN qui dit qu’un tas de groupes communautaires appuient la gratuité et la manif contre le sommet de Pierre Duchesne. Et vous êtes dans le lot.

- On n’encourage jamais les manifestations politiques, et on ne fait pas de politique. Se servir de notre nom comme ça, c’est pas correct, c’est trahir la pensée du monde...

N’importe quoi

Sœur Lisette, plutôt de mauvaise humeur, a promis d’en référer aux plus hautes instances de Notre-Dame du Saint-Rosaire, mais elle m’a assuré que ses coreligionnaires ne monteront pas dans l’autobus du show-business syndical.

D’autres ne s’offusquent pas d’être alignés avec les contestataires de l’ordre établi. La section de Longueuil de l’Association des retraités de l’éducation ne fait pas trop de cas de son association avec l’ASSÉ dans la Coalition contre la tarification des services publics. Quoiqu’au départ, la présidente Gisèle Rocheleau ne semblait pas trop savoir de quoi il en retournait précisément; les retraités sont tellement engagés dans toutes sortes de causes.

«L’année dernière, on n’était pas pour la hausse, un peu trop forte à notre goût, mais je ne vous dis pas qu’on est rendu pour la gratuité», a-t-elle dit.

Quelques minutes plus tard, Richard Lépine, un prof retraité nettement plus militant, a rappelé le Journal pour réaligner le discours officiel. L’AREQ de Longueuil est pour la gratuité, n’en doutons pas. M. Lépine croit d’ailleurs que c’est facilement faisable puisque les riches sont capables de payer de plus lourds impôts. Il se souvient avec nostalgie des 16 échelons que comptait jadis le régime fiscal.

- Y a plein d’Audi pis de Mercedes, pis des grosses cabanes partout, dit-il.

M. Lépine connaît évidemment Karl Marx, mais a tenu à signaler que l’AREQ n’avait rien à voir avec l’Union communiste libertaire, un membre «sympathisant» de la coalition, au sein de laquelle les retraités de Longueuil côtoient les bonnes sœurs de Rimouski, la Fédération des familles monoparentales, la Convergence des luttes contre l’exploitation sexuelle, etc. 

Communistes

Le Manifeste du Parti communiste suggérait, un peu comme aujourd’hui les communiqués de la CSN, de la CSQ et des autres insatisfaits du modèle québécois, «un impôt lourd et progressif», de même qu’une «éducation publique et gratuite pour tous les enfants». Ceux qui n’embrassèrent pas ces idées finirent dans des camps...

La liste diffusée par les militants modernes d’un nouvel ordre mondial de gauche indique aussi le nom d’un syndicat des plus sérieux : le Syndicat des professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ). Vérification faite, le SPGQ, comme les sœurs de Rimouski, n’a pas pris position sur le financement des universités. Ni sur le gel des droits de scolarité. En somme, la supposée «coalition» contre la hausse des droits de scolarité n’est pas si large qu’on voudrait le faire croire à la population. Ça fera beaucoup de monde devant les caméras de télévision, mais ça n’aura rien à voir avec une véritable coalition populaire; la majorité silencieuse n’a d’ailleurs pas le temps de manifester.

On verra bien si ça tourne mal au Sommet de lundi et de mardi. On verra bien si l’ASSÉ et ses grands frères syndicaux mettront en évidence leur habituelle «relation de confrontation» avec le gouvernement. Le Sommet sur l’enseignement supérieur est sûrement, pour eux, une occasion à ne pas rater.

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