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Bande dessinée | L’Amérique ou le disparu

Le chef-d’œuvre de Réal Godbout

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Le 6 mars, Réal Godbout lancera son adaptation tant attendue en bande dessinée de L’Amérique ou le disparu de Franz Kafka, aux éditions La Pastèque. Un album magistral, qui donne lieu à une épique rencontre entre deux créateurs au sommet de leur art.

Le 6 mars, Réal Godbout lancera son adaptation tant attendue en bande dessinée de L’Amérique ou le disparu de Franz Kafka, aux éditions La Pastèque. Un album magistral, qui donne lieu à une épique rencontre entre deux créateurs au sommet de leur art.

Réal Godbout est indéniablement un des grands maîtres du neuvième art. Avec son acolyte Pierre Fournier, il a animé les séries cultes Michel Risque et Red Ketchup pour le défunt magazine Croc. Pourtant, l’idée d’adapter le roman de Kafka remonte aux débuts des années 1970.

«Bien que L’Amérique n’ait pas été le chef-d’œuvre de Kafka, j’en avais apprécié la lecture. Son côté imparfait, inachevé, m’avait charmé. Et puis, Federico Fellini avait annoncé son intention de porter ce récit au grand écran. Cette éventualité d’adaptation en un autre médium a été le déclencheur, raconte Réal Godbout. À mon avis, l’enchaînement de scènes, les possibilités de mise en scène et d’accentuation de la déconstruction du récit faisaient de la bande dessinée le médium tout désigné pour revisiter l’œuvre du grand romancier.»

Contrairement à plusieurs adaptations en bande dessinée d’ouvrages de Kafka, l’émérite bédéiste a su éviter les écueils du pâle récitatif en s’appropriant le récit à bras-le-corps. D’une simple transposition, il en fait une œuvre personnelle, avec, en prime, un furtif et savoureux clin d’œil aux lecteurs de Red Ketchup au ­détour d’une case. D’ailleurs, le jeune Karl Rossmann, de par sa grande naïveté et cette propension à subir l’action, n’est pas sans rappeler un certain Michel Risque.

Oeuvre de maturité

L’idée a lentement germé dans l’esprit du créateur des années durant. Un jour, il fut invité à participer à un exercice en ses qualités d’enseignant à l’UQO (Université du Québec en Outaouais), qui avait pour but de pondre quelques planches en lien avec un auteur. Il saisit l’occasion de coucher sur le papier deux pages inspirées de L’Amérique. L’exercice valida le projet.

L’album s’est ensuite construit au fil des lectures et des prises de note au cours des nombreux allez-retour ­Outaouais-Lanaudière. Réal Godbout aura mis sept ans pour le boucler, entre les boulots d’illustration et sa charge de cours. Et question de contrer la solitude pour ce premier album solo, il alimenta un blogue en phase avec le processus de création.

Lui qui a longtemps créé dans le cadre d’un hebdomadaire à raison de quatre planches par mois, s’est cette fois-ci accordé une totale liberté, n’ayant de compte à rendre à personne ni de pagination à respecter. Résultat? Les planches de Réal Godbout sont d’une vertigineuse beauté. Bien plus que l’album de l’année, L’Amérique ou le disparu est indéniablement l’album d’une vie. Le chef-d’œuvre dont notre bande dessinée avait besoin.

Triomphe français

De passage à la quarantième édition du Festival international de bande dessinée d’Angoulême en janvier dernier, Réal Godbout et Pierre Fournier ont eu droit à une impressionnante couverture médiatique, dont un dossier de deux pages dans Fluide Glacial et dans le journal Libération, en plus d’une note parfaite dans BoDoï pour la première intégrale et le tome 5. Un retour des plus réussis en sol angoumoisin après une première visi­te remontant à 1985.

www.lapasteque.com

www.lameriqueouledisparu

blogspot.ca

Premiers pas

Dès le début des années 1970, ­Réal Godbout s’est consacré à la bande dessinée. Il publia d’abord un strip intitulé Les Terriens dans le journal Le Jour. Suivirent Le Pollueur nocturne dans L’Illustré 8 en 1974, où le personnage de Ben ­Bélisle fit d’ailleurs sa première ­apparition, ainsi que Bas de laine et nuits d’horreur, un album inédit de 32 pages commandé par le­Commerce du Québec, scénarisé conjointement par Pierre Fournier, Jacques Hurtubise et Patrick Beaudin. Puis, les éditions BDK publièrent Dessins et comiques, un fanzine de 22 pages tiré à 500 exemplaires, dans lequel on retrouvait quelques morceaux choisis de Michel Risque, en plus d’une affiche de Der Zee et une page de La guilde secrète des justiciers du Montréal métropolitain et Banlieue inc., deux projets de série imaginés par Pierre Fournier et Réal Godbout.

Michel Risque

 

C’est en 1975, dans le numéro spécial La bande dessinée ­kébécoise de la revue littéraire La barre du jour que Michel Risque, créé par Réal Godbout, fit sa première apparition dans Le tapis diabolique. Suivirent L’acide bleue est pas bonne (coscénarisé avec Pierre Fournier) dans Le petit supplément illustré #1 du magazine Mainmise, le spécial Montréal 76 du journal Tintin, Michel Risque à Cinecitta (récit également coscénarisé par Pierre Fournier, seulement publié plusieurs années plus tard dans Cocktail). L’antihéros à la mâchoire carrée fit ensuite son entrée dans les pages du mythique magazine Croc dès le premier numéro, en 1979. L’hebdomadaire en tira trois albums en noir et blanc. Vendus à plusieurs milliers d’exemplaires, les albums du tandem Godbout/Fournier étaient principalement distribués dans les kiosques à journaux et chez les dépanneurs.

En 2005, La Pastèque a entamé la réédition complète en cinq tomes des aventures du plus mésadapté des aventuriers, incluant les dernières pages couleur publiées dans le magazine Safarir à la suite du trépas de Croc. 

Ouvrages jeunesse

L’artiste a participé à trois albums des Grands débrouillards et à La course à l’hydrogène, des bandes dessinées à vocation didactique, présentant de grands scientifiques québécois et canadiens sous la forme de courts récits. Avec Pierre Fournier, il réalisa une adaptation en bande dessinée du film d’André Mélançon La guerre des tuques pour le compte de la productrice Nicole Robert afin de promouvoir le film. Bien que terminé, l’album demeure à ce jour inédit. 

Red Ketchup

L’agent fou du FBI fit sa première apparition dans les pages de Croc nº 32 en avril 1982. Simple figurant dans une aventure de Michel Risque, l’increvable Steve Ketchup suscita immédiatement l’intérêt. Vu sa grande popularité, il eut rapidement droit à sa propre série en 1984 dans Titanic, la revue sœur de Croc entièrement destinée à la bande dessinée, qui publia seulement 12 numéros. Il poursuivit ensuite ses aventures dans Croc. L’équivalent de neuf albums fut prépublié dans les pages du magazine humoristique, dont seulement trois trouvèrent le chemin des librairies. 

Kamarade Ultra fut l’un des premiers ouvrages du neuvième art québécois à être repris par un éditeur européen, soit Dargaud en 1992. Les deux albums suivants furent lancés simultanément au Québec par Croc et sur le vieux continent par le célèbre éditeur français. 

En 2007, La Pastèque lança un imposant chantier : celui d’éditer en album l’intégral des récits du personnage culte créé par le plus grand des duos d’auteurs de notre bande dessinée. Cinq des huit tomes et ­demi sont parus à ce jour, en plus d’une première de trois intégrales. Suivront L’oiseau aux sept surfaces, Échec au King, Red Ketchup en enfer et Élixir X, dont la publication fut abruptement interrompue à la vingtième planche avec la fermeture de Croc. Le duo a la ferme intention de compléter cet ultime chapitre pour la ­parution en album.

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