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L’anglais dans la gorge

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L’idée du précédent gouvernement libéral d’imposer l’anglais intensif en sixième année du primaire n’était pas forcément la bonne. Trop vite amenée, trop peu expliquée. Mais celle du gouvernement Marois de laisser aux conseils d’établissements scolaires le choix de le faire ou non est carrément mauvaise. Pour ne pas dire dangereuse.

L’idée du précédent gouvernement libéral d’imposer l’anglais intensif en sixième année du primaire n’était pas forcément la bonne. Trop vite amenée, trop peu expliquée. Mais celle du gouvernement Marois de laisser aux conseils d’établissements scolaires le choix de le faire ou non est carrément mauvaise. Pour ne pas dire dangereuse.

La ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, ne veut pas imposer une politique « mur à mur » aux écoles, car la loi sur l’Instruction publique leur permet de faire leurs propres choix pédagogiques. Mais l’argument est peu convaincant. Rien n’empêchait la ministre de modifier la loi pour y inscrire l’enseignement intensif de l’anglais. Ce serait passé comme du beurre dans la poêle.

Le cas d’ECR

Il y a cinq ans, Québec n’a pas eu peur d’imposer à toutes les écoles primaires et secondaires le cours d’Éthique et culture religieuse, et ce, à l’encontre d’à peu près tout le monde au Québec. De nombreux parents doutent encore de la pertinence d’ECR. Une fois imposé, les écoles ont géré le cours comme elles l’ont voulu, mais toutes ont dû le mettre à l’horaire. Comme quoi, quand on veut, on peut.

La ministre Malavoy se dit préoccupée par l’enseignement des matières de base. Je lui suggère de jeter un coup d’œil au curriculum d’ECR. Je parie qu’on pourrait libérer quelques heures de culture religieuse pour faire un peu de place à des matières comme le français, les maths et même l’anglais qui, à mon avis, fait désormais partie des cours de base d’un Québec moderne.

Ça fait pitié

On nous dit que nos écoles n’ont pas les ressources nécessaires pour instaurer un programme d’anglais intensif qui se tienne. Ce constat en dit long sur les limites de notre système scolaire. Mais le gouvernement actuel peut-il réfléchir aux moyens d’aider les écoles plutôt que de baisser les bras si facilement?

C’est vrai que les enseignants s’épuisent à la tâche, que la peinture s’écaille sur les murs des classes, que les dictionnaires datent, mais n’a-t-on vraiment pas les moyens d’enseigner l’anglais à nos jeunes?

C’est « just too bad! » pour les élèves qui doivent se contenter d’une heure au primaire et de deux heures au secondaire par semaine pour apprendre l’anglais. Ce n’est pas avec ça qu’on devient « fluent ».

L’anglais, langue étrangère?

J’ai enseigné le français langue seconde à des élèves immigrants. C’était très difficile pour ces jeunes arrivants de se faire à la complexité de notre langue.

Exprimer clairement sa pensée dans une autre langue que la sienne demande des heures d’apprentissage. Les élèves francophones doivent s’y mettre tôt pour « parler anglais avec aisance » comme dit le souhaiter la ministre.

On ne peut pas juste se contenter de se faire comprendre de façon médiocre. Dire « Can I have a beer ? » ne fait pas de vous une personne bilingue.

Or, Québec vient de commander une étude sur la pertinence de continuer à enseigner l'anglais dès la première année sous prétexte qu’on manque d’informations sur les bénéfices d’un tel programme. Inquiétant.

On craint que les élèves allophones n’arrivent pas à suivre et qu’ils préfèrent l’anglais au français. Est-ce une raison pour empêcher les jeunes francophones de devenir bilingues?

Voilà pourquoi de plus en plus de parents francophones inscrivent leurs enfants au privé où on enseigne l’anglais comme un atout dans la vie et non comme une langue qu’on nous enfonce dans la gorge.

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