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Une taxe imbuvable!

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Lors d’une conférence politique prononcée samedi, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a flirté avec l’idée d’instaurer une taxe de 34 cents le litre sur les boissons gazeuses sucrées pour faire maigrir les Québécois.

Lors d’une conférence politique prononcée samedi, le ministre de la Santé, Réjean Hébert, a flirté avec l’idée d’instaurer une taxe de 34 cents le litre sur les boissons gazeuses sucrées pour faire maigrir les Québécois.

Selon son attaché de presse, «il y croit»!

Le ministre Hébert est évidemment libre d’entretenir toutes les croyances qu’il veut. En revanche, quand il s’agit de proposer la création d’une taxe, il devrait remiser ses croyances et faire appel à la logique et aux observations empiriques. Il réaliserait alors que son raisonnement est réducteur et que la taxe qu’il envisage est inefficace et injuste.

Son raisonnement est réducteur, parce qu’il suppose que la consommation de boissons gazeuses en particulier est responsable de l’embonpoint. Or, le surpoids est le résultat d’un comportement d’ensemble qui conduit l’individu à ingérer plus de calories qu’il n’en brûle. Ainsi, on peut grossir sans jamais boire de boissons gazeuses, tout comme on peut consommer lesdites boissons sans prendre un gramme. D’ailleurs, selon Statistiques Canada, la consommation par habitant de boissons gazeuses est à son plus bas niveau depuis 1985. Entre 1998 et 2011, elle a même chuté de 32,1 % tandis que le tour de taille des Québécois a continué de s’élargir. Alors pourquoi cibler les boissons gazeuses?

TAXE INEFFICACE...

La taxe proposée serait inefficace, parce que, bien qu’elle puisse provoquer une réduction de la consommation de boissons gazeuses, elle ne modifie ni le comportement de l’individu ni son incitation à perdre du poids. En revanche, elle le pousse à remplacer le produit taxé par un autre qui serait exempt de taxe. Or, les substituts ne sont pas nécessairement moins caloriques. Dans certains cas, ils le sont même davantage. Alors qu’une bouteille de 591 ml de Coke contient 260 calories, un chocolat chaud de taille équivalente avec du lait à 2 % chez Starbucks contient 380 calories, voire 490 calories si on y ajoute de la crème fouettée! Quant au vin, il contient 63 % plus de calories par 100 ml que le Coke.

... ET INJUSTE

Finalement, la taxe envisagée par le ministre Hébert serait carrément injuste pour deux raisons. D’une part, parce qu’elle frapperait sans distinction tous les consommateurs de boissons gazeuses, indépendamment de leur poids. Or, en quoi obliger celui qui n’a aucun problème de poids à payer une taxe aurait-il un effet sur l’embonpoint de son voisin? D’autre part, en augmentant de 70 cents le prix d’une bouteille de 2 litres, cette taxe accaparerait une portion plus importante des revenus des ménages défavorisés que de ceux des ménages mieux nantis. Une taxe régressive, est-ce réellement le meilleur moyen de vaincre l’embonpoint?

Plutôt que de «croire» aveuglément aux vertus de la taxe sur les boissons gazeuses, M. Hébert aurait tout intérêt à prendre connaissance d’une recherche publiée en avril 2012 par l’Institut national de santé publique du Québec, un centre d’expertise et de référence dont la mission est justement de soutenir le ministre dans l’exercice de ses responsabilités. Il pourrait y lire que «la littérature scientifique, qu’elle soit de nature économique ou non, ne fournit pas de réponses claires quant à l’utilité d’une taxe pour diminuer la consommation de boissons sucrées par la population québécoise».

Voilà qui devrait ébranler quelques-unes de ses croyances!

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