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Prostitution : la légalisation fait mal

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Âgées de 70 ans, les deux plus vieilles prostituées d’Amsterdam ont pris leur retraite cette semaine, après 50 ans sur la job. Les jumelles Louise et Martine Fokkens (ça ne s’invente pas) affirment avoir couché avec 335 000 hommes!

Âgées de 70 ans, les deux plus vieilles prostituées d’Amsterdam ont pris leur retraite cette semaine, après 50 ans sur la job. Les jumelles Louise et Martine Fokkens (ça ne s’invente pas) affirment avoir couché avec 335 000 hommes!

Selon le Daily Telegraph de Londres, elles quittent le métier pour des raisons de santé, mais aussi parce qu’elles regrettent l’époque d’avant la légalisation des bordels, en 2000. «Quels sont les avantages de payer de l’impôt?» demandent-elles. «Il n’y a presque plus de Néerlandaises parmi les filles, ce sont surtout des femmes d’Europe de l’Est. Elles sont nues dans les fenêtres. Nous, nous étions habillées. Elles vendent de la coke.»

L’érosion des mœurs touche même le plus vieux métier du monde.

Bref, selon ces expertes qui ont fondé le premier «syndicat» de prostituées, la légalisation n’a rien apporté de bon.

UN SOUTIEN POPULAIRE

En 1997, 74 % des Néerlandais se déclaraient en faveur de la légalisation des bordels (la simple prostitution est légale depuis le XIXe siècle). Avec cette nouvelle loi, les travailleuses du sexe allaient enfin devenir des travailleuses comme toutes les autres. Et les proxénètes, des hommes d’affaires respectables. Flairant la bonne affaire, le crime organisé a établi son emprise sur la business du sexe. Le pimp du coin a été remplacé par des multinationales du trafic et de l’exploitation des femmes. La police estime que l’immense majorité des femmes, près de 90 %, sont forcées de se prostituer. La plupart le font dans la clandestinité, même si c’est légal.

Moins de 5 % des prostituées s’enregistrent auprès de l’État.

UNE VIE MEILLEURE ?

La légalisation devait améliorer la vie des travailleuses du sexe. Pourtant, des filles qui bossent en toute légalité dans des bordels se font jeter à la rue quand elles atteignent le grand âge de 21 ans. Le marché des «vierges» est florissant, comme celui des femmes enceintes. Et, quand les affaires marchent au ralenti, des établissements font des soldes.

La pression populaire est forte pour qu’on serre la vis, comme on l’a fait pour les cafés qui vendent du cannabis. La police a fermé des centaines de vitrines et de bordels. Des politiciens souhaitent même que la prostitution redevienne un crime. Depuis 2009, le gouvernement étudie différents moyens pour mieux réglementer l’industrie. Tout au moins, l’âge légal pour se prostituer pourrait grimper de 18 à 21 ans.

Légaliser l’industrie du sexe a créé des espaces où les crimes d’exploitation et de harcèlement sexuels, ainsi que la violence contre les femmes sont perpétrés en toute impunité, concluait une étude néo-zélandaise, à la suite de la décriminalisation de la prostitution en 2003.

L’expérience néerlandaise semble le confirmer.

QUE FAIRE ALORS ? 

En 1999, les Suédois ont adopté une loi qui définit la prostitution comme une forme de violence contre les femmes. Aux yeux de la loi, les prostituées sont des victimes de circonstances économiques et sociales. Les hommes qui achètent leurs services exploitent cette vulnérabilité. Les femmes, elles, ne commettent aucun crime.

Acheter des services sexuels est donc devenu illégal.

Tous reconnaissent que la prostitution ne disparaîtra jamais, mais le modèle suédois connaît un certain succès. Cette approche a le mérite de reconnaître que la prostitution est plus qu’une transaction entre deux adultes consentants. La prostitution ne sera jamais une business comme les autres.

C’est devenu l’esclavagisme du XXIe siècle. Voulons-nous en arriver à légaliser cela?

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