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Jeux de pouvoir

Providentielle discorde

Bloc Hebert

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Durant la dernière campagne électorale, Pauline Marois a promis qu’une fois au pouvoir, un des dossiers prioritaires de son gouvernement sera le rapatriement du programme fédéral d’assurance-emploi. Le sort des chômeurs la préoccupait énormément; son comté de Charlevoix n’est pas la Beauce...

Durant la dernière campagne électorale, Pauline Marois a promis qu’une fois au pouvoir, un des dossiers prioritaires de son gouvernement sera le rapatriement du programme fédéral d’assurance-emploi. Le sort des chômeurs la préoccupait énormément; son comté de Charlevoix n’est pas la Beauce...

«Ce sera l’un des premiers enjeux pour lesquels j’irai au front pour les Québécois», disait-elle aux travailleurs des régions affligées par le chômage périodique, comme certains de ses électeurs.

Mme Marois ne se faisait toutefois pas d’illusions; elle appréhendait la réaction négative de Stephen Harper. Comme il s’oppose au transfert du programme fédéral, Mme Marois suggère de conclure que «le Canada est une condition perdante pour le Québec».

La ministre du Travail, Agnès Maltais, est allée à Ottawa pour en discuter avec la ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley; l’objectif n’était évidemment pas d’en revenir avec une bonne nouvelle. Mme Maltais a clamé, depuis les hauteurs fédérales, que «tout le Québec est soulevé» contre la réforme de l’assurance-emploi.

Outrés serions-nous collectivement devant l’inhumanité d’Ottawa. Les compressions à l’aide sociale nous montrent cependant que le gouvernement des Québécois peut aussi être sans pitié... Quant au Québec «tout entier», il serait plus juste d’évoquer celui «soulevé» par les centrales syndicales, les principales instigatrices de nos débats publics; éducation, chômage, langue ou retraite, elles ont une opinion sur tout et tiennent à l’imposer...  

La réforme de l’assurance-emploi est tout de même une providentielle source de discorde pour le gouvernement Marois, qui peut donner enfin un peu de tonus à sa «gouvernance souverainiste». À la fin, Québec et Ottawa se retrouveront devant les tribunaux, mais, pour le moment, l’heure est propice aux protestations.

Équilibre budgétaire

Ottawa n’a pas prévenu les provinces qu’il resserrait l’accessibilité à son programme. Le gouvernement Marois, par la voie de sa ministre Agnès Maltais, déplore évidemment qu’Ottawa agisse unilatéralement. Il a raison, l’impact de cette réforme est trop important, surtout dans l’est du Canada.

Julie Boulet, sa prédécesseure au ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, a indiqué à l’Assemblée nationale, au printemps 2012, qu’Ottawa avait consulté les provinces mais que «la consultation a eu lieu par internet». Les conservateurs, a-t-on compris, avaient eu la gentillesse d’envoyer un courriel aux provinces. Harper se fout des convenances, c’est connu.

Cela dit, il est difficile de croire que, dans l’état actuel des finances publiques, alors que le retour à l’équilibre budgétaire est toujours incertain, le gouvernement du Québec soit capable d’envisager la facture assujettie à la gestion de l’assurance-emploi.

Surtout que les chômeurs québécois, appuyés par le gouvernement parallèle des centrales syndicales, verraient sans aucun doute leur sort amélioré; les prestations seraient évidemment plus élevées et l’admission au programme plus facile. L’assurance-emploi made in Quebec reconnaîtra le droit à l’amour-propre des chômeurs. Cela sera encore présenté comme une de nos «valeurs» caractéristiques... Et cela n’aura pas de prix, on le devine.

En rendant l’assurance plus généreuse, (dans un Québec souverain, ce serait plus facile...), un travailleur gagnant 50 000 $ ne serait pas obligé d’accepter un travail payé 35 000 $ trop loin de chez lui. Il pourrait continuer de percevoir des prestations de chômage, le temps que l’économie se raplombe et lui permette de retrouver un travail aussi payant que celui précédemment perdu. 

Combien cette générosité coûterait-elle? Peu importe. La facture à payer par les contribuables est toujours sous-estimée.  On l’a vu avec les congés parentaux; ça ne devait ni coûter cher ni creuser un déficit... On l’a vu aussi avec les garderies étatiques et l’assurance-médicaments. Ce sera sans doute pareil avec une assurance-emploi à la québécoise: on dira un milliard et, dans deux ans, ce sera trois...

Budget fédéral

Les Québécois ne représentent que 23 % de la population canadienne, mais perçoivent près de 30 % des prestations de chômage. Rapatrier le programme fédéral tel quel, sans y apporter les améliorations que réclament les chômeurs, coûterait 860 millions au Québec. C’est l’estimation de la facture faite en 2008. Pauline Marois a elle-même déjà admis que le gouvernement québécois devrait allonger des centaines de millions s’il devait gérer lui-même ce programme.

Il vaut peut-être mieux, dans l’état actuel des finances publiques, que Stephen Harper reste buté.

Le budget fédéral du 21 mars provoquera assurément des éclats de voix à Québec. Aux Finances, on anticipe des compressions de 116 millions dans les programmes de formation de la main-d’oeuvre, programmes assujettis à une entente datant de 2008, mais qu’Ottawa ne reconduirait pas intégralement.

L’ex-ministre Boulet avait suggéré aux péquistes, l’an dernier, de ne pas trop attirer l’attention des fédéraux. Parce que le Québec empoche plus qu’il ne paie pour ses chômeurs. Ils ont beau être conservateurs, ce ne sont pas forcément des cons.

 

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