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Quand un syndicat veut des têtes

Pourquoi le Journal de Montréal n’a-t-il pas donné suite à une pseudo-affaire de «putsch» à l’Hôtel de Ville?

Quand un syndicat veut des têtes
Photo Agence QMI Le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, a demandé la démission du directeur général de la Ville en conférence de presse, vendredi.

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Sans le savoir, le public a eu droit à une belle pièce de théâtre médiatique, vendredi dernier. Le scénario, la mise en scène et la performance des acteurs étaient superbes.

Sans le savoir, le public a eu droit à une belle pièce de théâtre médiatique, vendredi dernier. Le scénario, la mise en scène et la performance des acteurs étaient superbes.

Tout aurait été parfait, n’eût été le texte que vous vous apprêtez à lire.

Nos lecteurs sauront au moins pourquoi leur Journal n’a pas suivi les autres comme un mouton dans cet incroyable ­dérapage médiatique.

Je vous rappelle que la journée de vendredi a commencé avec une manchette de La Presse selon laquelle le directeur général de la Ville de Montréal, Guy Hébert,voulait la tête de l’actuel directeur de la police de Montréal, Marc Parent, pour se venger d’une présumée affaire louche dans laquelle il aurait trempé. Le lendemain, on utilisera même le mot «vendetta» pour qualifier son prétendu geste.

Le président du syndicat de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur, a presque juré avoir appris la nouvelle le matin même. Difficile à croire, mais quoi qu’il en soit, celui-ci s’est empressé de convoquer une conférence de presse pour demander rien de moins que la tête de Guy Hébert, l’accusant de s’ingérer dans les affaires policières pour se protéger lui-même.

Tout ça alors que le principal intéressé, parti en vacances, n’a pas encore eu la chance de donner sa version.

Toute une histoire, n’est-ce pas?

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Voici maintenant une autre histoire.

La direction de la Ville de Montréal, et pas seulement son directeur général Hébert, a effectivement des reproches à faire à la direction de la police de Montréal.

À Québec aussi, d’ailleurs, on n’est pas bien fier de la direction du SPVM.

Comme le gouvernement a récemment limogé son directeur de la Sûreté du Québec, Richard Deschesnes, il est toutefois hors de question de se débarrasser de l’autre gros directeur de police de la province.

De toute façon, on se demande maintenant si le problème de Montréal est la faiblesse de son directeur, Marc Parent, ou la trop grande puissance de son président du syndicat,Yves Francoeur. L’un ne va peut-être pas sans l’autre...

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Depuis cinq mois, la Fraternité a demandé la démission du maire de Montréal, Gérald Tremblay.

Puis, il y a deux semaines, elle a ouvertement menacé de représailles le maire ­intérimaire, Michael Applebaum.

Et vendredi, Yves Francœur a demandé la démission du fonctionnaire numéro un de la Ville, Guy Hébert.

Connaissez-vous beaucoup de syndicats de policiers ailleurs en Amérique du Nord qui se comportent de cette manière?

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Que reproche-t-on au SPVM en haut lieu? Voici une liste que nous avons compilée depuis quelques mois et qui en dit assez long merci :

• Les manifs étudiantes : Y a-t-il quelqu’un à Montréal ou au Québec de satisfait de la «performance» de la police de Montréal le printemps dernier? Même les policiers ne sont pas très fiers de la ­manière dont cette crise a été gérée dès le départ, bien que plusieurs aient pu «se payer une piscine» grâce aux heures supplémentaires.

• L’attentat du Métropolis : À Québec, on en a encore gros sur le cœur contre la mauvaise préparation et le manque de ­sérieux accordé à la protection de Pauline Marois lors de son discours suivant son élection. La police de Montréal était responsable de la surveillance du périmètre dans lequel Richard Bain a pénétré comme un couteau dans une livre de beurre. Une chance que son chargeur s’est enrayé.

• L’ÉPIM : Ni Québec ni la Ville n’ont apprécié ne pas avoir été mis dans le coup avant le lancement de la nouvelle Escouade de protection de l’intégrité municipale (l’ÉPIM), qui enquêtera sur l’administration municipale. D’ailleurs, quel beau moyen pour un corps de police (et son syndicat) de tout savoir ce qui se passe à l’Hôtel de Ville, se dit-on. C’est à se demander si c’est le politique qui s’ingère dans la police ou la police dans le politique.

• Semaine de trois jours : La direction de Montréal n’a pas aimé non plus que la direction de la police et son syndicat s’entendent pour «faire l’expérience» de la semaine de trois jours. Des policiers qui coûtent en moyenne 112 000$ par année ne travailleraient que trois jours? Et ­ensuite les cols bleus? les cols blancs? Ne rêvons-nous tous pas de ne travailler que trois jours semaine?

• Criminalité : Il n’y a présentement aucun projet d’enquête sérieux sur le crime organisé. La mafia, avec le retour du parrain, les gangs de rue et les motards, qui sortent maintenant de prison, ont la vie belle. Plusieurs officiers à qui nous avons parlé depuis quelques mois sont tellement désabusés qu’ils comptent les jours avant leur retraite. Les statistiques de ­criminalité sont d’ailleurs en hausse.

• Gestion : Il y a une orgie de dépenses au SPVM, et pas seulement à cause du conflit étudiant. C’est également vrai que le directeur Marc Parent a beaucoup plus voyagé que son prédécesseur, en particulier depuis un an, selon des documents obtenus en vertu de la Loi d’accès à l’information. C’est normal que la Ville lui demande des comptes, car ce sont les contribuables qui paient.

• Matricule 728 : Les images qui ont fait le tour du pays auraient pu être évitées si on n’avait pas remis la costaude agente en service... sur le Plateau Mont-Royal, à quelques pas de l’endroit où elle avait ­aspergé la foule de poivre de Cayenne. Le moins qu’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une décision de génie. Matricule 728 a pourtant un dossier épais comme ça, mais continue d’être défendue par son syndicat et la direction de la police ne bouge pas non plus.

Nous pourrions continuer. Laissons de côté le scandale Ian Davidson, les bavures policières, les officiers tablettés à grands frais, le nouvel uniforme noir de la police et d’autres dossiers disons moins importants.

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Il y a de quoi poser des questions, non? Un DG qui serait bien heureux de ce bilan ferait-il vraiment son job?

Ce qu’il faut absolument comprendre, c’est que tout cela se déroule sur trame de renégociation du fonds de pension des policiers, négos qui se tiennent séparément de la convention collective.

La Fraternité a promis à ses membres de bonifier ce fonds même s’il est l’un des plus généreux au Québec. Saviez-vous qu’un policier peut partir après 30 années de service avec autant d’argent, au net, que lorsqu’il travaillait. Le tout indexé et garanti à vie. C’est parfois même plus après plus de 30 ans.

La Fraternité a aussi promis ce nouvel horaire de travail de trois jours et demi qui éviterait à tous les policiers de travailler la nuit. S’appuyant sur un sondage dévastateur des commandants du SPVM, la Ville s’est dressée contre cet horaire et la Fraternité n’est pas du tout, du tout contente.

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Bref, il n’y a que la Direction générale de la Ville qui se dresse pour empêcher les policiers d’obtenir tout ce qu’ils veulent. Pourtant, l’Hôtel de Ville n’a jamais été aussi chambranlant que depuis le début de la commission Charbonneau.

Comment alors faire tomber ce dernier obstacle? Facile : en déguisant des reproches de gestionnaires en une histoire de putsch ou de vendetta, en convainquant des journalistes de cette théorie, en leur mettant un peu de pression (psst! vous n’êtes pas les seuls sur cette histoire, vite!) pour les empêcher de recueillir la version du principal intéressé – toute l’histoire de vendredi a été publiée à la Une et diffusée en manchette ad nauseam à RDI sans obtenir la version du principal intéressé, Guy Hébert, qui était en vacances. Ça fait deux fois qu’on lui fait le coup. Incroyable, mais vrai.

Ensuite, le président du syndicat de la Fraternité se rend disponible à la radio, puis tient une conférence de presse, pour réclamer la tête du directeur général.

C’est du grand Mirador, reconnaîtront ceux qui écoutaient cette émission de télé.

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Le DG Guy Hébert, le maire Applebaum et le président de la Commission de la sécurité publique, Christian Dubois donneront leur version cette semaine.

On ne sait pas si le directeur Marc Parent commentera la situation. Il n’a pas dit un mot lorsque la Fraternité a réclamé la tête du maire Tremblay, puis menacé son successeur.

 

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