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Santé

Castonguay prescrit un remède de cheval

Claude Castonguay
Photo Mathieu Belanger / REUTERS Claude Castonguay

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Le système de santé a besoin d'un remède de cheval et d'un changement de culture pour régler ses problèmes chroniques, selon Claude Castonguay, le père de l'assurance-maladie au Québec.

L'ancien ministre de la Santé a donné une conférence sur le sujet, mercredi, devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Il était appuyé par Marcel Côté, associé fondateur du cabinet de conseil d'affaires KPMG-SECOR.

Les deux hommes ont confirmé le sombre diagnostic : le Canada est 11e et dernier parmi les pays les plus industrialisés pour l'accès aux soins de santé. La Suisse est première.

Selon eux, le Québec a dépensé 13 milliards $ de plus dans le secteur depuis 2003. La croissance dépasse le rythme de l'inflation. Pourtant, deux millions de Québécois sont sans médecin de famille. Environ 100 000 sont sur des listes d'attente pour des soins. Ceux qui se retrouvent à l'urgence peuvent passer jusqu'à 30 heures sur une civière.

Claude Castonguay prescrit le retour du patient au cœur du système. L'État doit mettre fin à ses pratiques de rationnement et de microgestion. «Cette culture doit être changée au ministère de la Santé et à tous les échelons du système», a-t-il lancé.

Les médecins devront renoncer à la rémunération à l'acte, a dit celui qui a implanté le système dans les années 1970. Un financement à l'activité fixerait un coût pour chaque acte médical, comme une piqûre ou un pontage. Il mettrait fin aux budgets fondés sur l'historique des hôpitaux.

L'argent suivrait les patients et les hôpitaux se recentreraient sur leur fonction première. Des cliniques spécialisées, notamment dans le genou et les yeux, rapatrieraient environ 60 % du travail des hôpitaux.

Claude Castonguay prescrit aussi une structure allégée. Environ 14 000 fonctionnaires coûtent 1 milliard $ par année à l'État. Une décentralisation s'imposerait avec l'abolition des agences régionales de santé, sauf à Montréal.

«Dans les autres pays, a-t-il expliqué, on retrouve généralement un petit ministère et des agences ou un gros ministère sans agences» mais pas les deux comme au Québec.

Le médecin ne peut pas rester indépendant face à l'hôpital, a enchaîné Marcel Côté. «Le Mouvement Desjardins aurait été en faillite depuis longtemps si [...] les directeurs de caisses étaient des professionnels membres d'un ordre avec une convention collective, qui décident [eux-mêmes] ce qu'ils font», a-t-il dit

Les réformes prescrites généreraient des gains de productivité de 10 % ou 3 milliards $ par année, a avancé Claude Castonguay. «Aucun autre domaine gouvernemental ne présente un tel potentiel si l'on s'y prend correctement», a-t-il dit.

Cependant, regrette-t-il, les trois principaux partis politiques ont évité le débat lors de la dernière campagne électorale.

Marcel Côté croit que la volonté politique viendra seulement lorsque l'État ne pourra plus soutenir la hausse des dépenses. «C'est une crise financière qui a amené les gouvernements des autres pays à dire qu'il fallait revoir les fondements [du système]».

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