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Deux immigrants au paradis

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LES SAINTES, Archipel de Guadeloupe | Les drapeaux – le fleurdelisé et la feuille d’érable – flottent bien haut au-dessus du mur d’enceinte, tout comme celui des Patriotes, d’ailleurs. Le pied-à-terre des «Canadiens», comme les appellent les Saintois, sur la gauche du débarcadère dans la rue principale, ne passe pas inaperçu.

LES SAINTES, Archipel de Guadeloupe | Les drapeaux – le fleurdelisé et la feuille d’érable – flottent bien haut au-dessus du mur d’enceinte, tout comme celui des Patriotes, d’ailleurs. Le pied-à-terre des «Canadiens», comme les appellent les Saintois, sur la gauche du débarcadère dans la rue principale, ne passe pas inaperçu.

Ils sont installés là depuis cinq ans, comme «immigrants au paradis» (la formule est d’Yves). Avec le temps, ils ont patiemment déblayé et nettoyé les ruines de la vieille caserne qui servait jadis de base aux troupes françaises.

Les pans de mur de pierre séculaires abritent le centre éco-nautique qu’ont créé Sylvie et Yves. Leur activité est en fait unique. D’ailleurs, au départ, en décidant de s’installer aux Saintes, ils avaient pris bien soin de ni dupliquer ni concurrencer une activité existante.

KAYAKS TRANSPARENTS

Donc, à l’aide de kayaks transparents à deux places (de fabrication américaine) dont ils ont l’exclusivité pour cette zone de la Caraïbe, ils font découvrir les merveilles de la baie aux eaux spectaculairement transparentes. Souvent deux fois dans la journée, en petits groupes, les visiteurs d’un jour partent accompagnés par Sylvie.

Elle leur fait découvrir la faune et la flore de la baie, évoquant évidemment la fragilité de l’environnement dont témoi­gne en particulier le corail. La présence de deux dauphins aux abords des îles saintoises contribue à donner du piquant à ces sorties.

La clientèle du centre éco-nautique de Terre-de-Haut qu’animent Sylvie et Yves se compose des visiteurs d’un jour qui débarquent chaque matin des traversiers venant de la grande île. Les accords passés avec les armateurs des petits paquebots-voiliers qui font régulièrement escale dans la baie leur garantissent par ailleurs des groupes déjà constitués.

Dans les eaux de la baie, la petite armada de kayaks transparents reste groupée autour de Sylvie, qui fait les commentaires, tandis que son jeune assistant antillais se charge de fermer la marche.

VIE DE CHALET

L’enceinte de l’ancienne caserne comprend deux habitations en bois de type chalet. Sylvie et Yves en occupent un, tandis que le second est loué à des touristes.

D’immenses arbres ombragent la propriété, en particulier le manguier, dont les fruits éclatent parfois au sol comme le feraient des grenades offensives. L’arbre à pain produit tellement que Yves et Sylvie ont pris l’habitude d’en offrir les fruits à tout leur voisinage. Le geste leur vaut une excellente réputation au sein de la communauté saintoise de souche, comme j’ai pu le constater lors de mes récents séjours.

Il règne toujours une intense activité dans la propriété qu’occupe le couple de Québécois. Dans la journée, une artiste-peintre britannique d’origine marocaine née en Alsace, qui vit à bord de son voilier, pratique son art à l’intérieur de l’ancienne caserne.

Deux jeunes Écossaises s’adonnent quelques heures par jour au nettoyage du jardin en échange de leur hébergement sous la tente. De son côté, Sylvie a pris des responsabilités (bénévoles) au sein de l’Office du tourisme local.

L’association de protection de l’environnement qu’elle a créée s’occupe de veiller sur la baie dont les eaux sont de plus en plus propres. D’ailleurs, pour en avoir la preuve, il suffit de s’installer à la terrasse du restaurant Le Triangle pour voir les bancs de poissons frétiller au ras de la plage.

Pour assurer un financement à l’association à but non lucratif, Yves et Sylvie ont créé chez eux les Mercredis insolites. Ils tiennent ainsi une table d’hôte réunissant chaque fois une dizaine de convives. C’est Yves qui officie en cuisine.

Ce soir de février, la tablée se composait d’un couple de Québécois amis de Sylvie, d’une jeune famille française originaire de Saint-Malo, d’un jeune Antillais, d’une Saintoise d’origine métropolitaine et d’un couple de Britanniques.

La soirée, entamée sous les auspices du ti-punch au rhum agricole, préparé selon les règles de l’art par Yves, fut un magnifique moment d’échanges.

Ainsi s’écoulent les journées pour ces «immigrants québécois» dans le décor paradisiaque des Saintes. Si un jour vous passez par là vous ne pourrez pas les manquer. Leur accent se distingue parmi tous les autres, entre celui plutôt coincé des «métros», comme on appelle les «Français de France», et celui créole (et discret) des Saintois de souche.

Et surtout, le rire unique et tonitruant d’Yves s’entend de loin...

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