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La grande noirceur

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C’est ce samedi, de 20 h 30 à 21 h 30, que se tiendra l’événement Une heure pour la terre, un rituel annuel instauré par le Fonds mondial pour la nature (WWF).

C’est ce samedi, de 20 h 30 à 21 h 30, que se tiendra l’événement Une heure pour la terre, un rituel annuel instauré par le Fonds mondial pour la nature (WWF).

À cette occasion, les individus, les entreprises et les gouvernements de partout à travers le monde sont invités à éteindre leurs lumières non essentielles pendant une heure afin de signifier aux pouvoirs politiques la nécessité de lutter contre les changements climatiques.

L’an dernier, des millions de personnes dans 152 pays avaient obéi à la consigne. Cette année, les organisateurs espèrent que le mouvement s’intensifiera. Je le leur souhaite, mais qu’ils ne comptent pas sur moi! Si j’y pense, j’allumerai même peut-être toutes mes lumières en guise de protestation.

Message mensonger

Pourquoi contester une initiative en apparence si louable? Tout simplement parce qu’en véhiculant un message mensonger, elle symbolise la «grande noirceur », au sens propre comme au sens figuré.

Par leur geste, les organisateurs diabolisent l’électricité en particulier, et l’énergie en général. Pire encore, ils exploitent la méconnaissance des populations quant au rôle crucial que joue l’énergie dans nos vies.

Le WWF affirme qu’une réduction des émissions de CO2 de 80 % au-dessous du niveau de 1990 serait un minimum pour «sauver la planète». Comme environ 70 % de nos besoins énergétiques sont comblés grâce à l’énergie fossile et que les énergies vertes sont loin de pouvoir répondre à la demande, il faudrait nécessairement réduire notre consommation énergétique de manière draconienne pour satisfaire l’objectif du WWF.

C’est facile d’éteindre une lumière non essentielle pendant une heure, surtout lorsqu’on en profite pour organiser un souper aux chandelles ou pour participer à une festivité nocturne au cours de laquelle tout le monde chante en cœur une bougie à la main. En entretenant une vision romantique de la noirceur, le WWF laisse entendre que se priver d’énergie serait non seulement simple, mais aussi amusant. Or, il n’en est rien, et il faut refuser de se sentir coupable chaque fois que nous avons recours à l’électricité.

Avancées spectaculaires

L’énergie abondante et bon marché est à l’origine des plus spectaculaires avancées du 20e siècle et des inventions les plus libératrices. Sans énergie, pas de réfrigérateur ni de cuisinière, pas de chauffage ni d’air climatisé, pas d’eau chaude, pas d’eau courante purifiée dans une usine d’épuration, pas de cellulaire ni d’ordinateur, pas de laveuse ni de sécheuse. Sans énergie, nous ne pourrions compter ni sur les appareils médicaux sophistiqués pour sauver des vies, ni sur l’agriculture moderne pour nourrir généreusement des populations entières, ni sur les équipements sanitaires actuels pour éviter la prolifération des maladies infectieuses.

Essayez donc de vous priver de toutes ces commodités ne serait-ce qu’une journée. Imaginez le temps et les efforts nécessaires qu’il faudrait pour laver son linge et préparer un repas en l’absence d’électricité. Imaginez devoir vous chauffer avec un foyer au bois ou vous faire soigner dans un hôpital sans électricité. Voilà de quoi voir l’énergie sous un éclairage nouveau!

Il ne fait aucun doute que l’environnement est une ressource précieuse qui doit être préservée. Toutefois, renoncer à l’électricité n’est pas la solution. Mépriser l’énergie comme le fait le WWF, c’est entretenir l’ignorance et faire la promotion de la pauvreté et d’une philosophie antihumaniste. Voulez-vous vraiment prendre part à ce mouvement?

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