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L’illusion budgétaire

Bloc Hebert

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C’était presque amusant de les voir, jeudi, l’ex et l’actuel ministre des Finances, Raymond Bachand et Nicolas Marceau, s’accuser mutuellement de dérive budgétaire, de ne pas respecter les règles, de bafouer la Loi sur l’équilibre budgétaire, etc.

C’était presque amusant de les voir, jeudi, l’ex et l’actuel ministre des Finances, Raymond Bachand et Nicolas Marceau, s’accuser mutuellement de dérive budgétaire, de ne pas respecter les règles, de bafouer la Loi sur l’équilibre budgétaire, etc.

C’était d’autant plus amusant que ni l’un ni l’autre n’a jamais fait d’insomnie à cause de l’équilibre budgétaire ou plutôt de l’absence d’équilibre budgétaire. Tout ce qui pouvait nuire au maintien du statu quo a toujours servi à justifier les déficits budgétaires.

Le Québec patauge dans le rouge depuis des années. Et personne ne s’en offusque, surtout pas les tonitruants habituels. Les finances publiques sont dans un état si périlleux qu’il vaut mieux ne pas en parler...

La dette augmente pourtant trop rapidement (10 milliards en 2012) et pour les mauvaises raisons. Il y a aussi une foule d’obligations et d’engagements financiers qui n’apparaissent pas dans le bilan du gouvernement, mais desquels il est l’ultime responsable. Mais ceux qui s’inquiètent de cette situation problématique, économistes, chroniqueurs ou experts des finances publiques, sont dits de droite et cela suffit à clore la discussion.

Il n’y a donc pas de véritable débat sur les finances publiques, parce que ce serait trop gênant pour tout le monde et, surtout, ça nécessiterait une révision douloureuse des dépenses du gouvernement.

Le Québec vit au-dessus de ses moyens depuis tellement longtemps qu’on l’a pour ainsi dire oublié. Un coup d’œil sur l’historique des déficits et la progression de la dette montre que depuis le départ de Lucien Bouchard, les dépenses n’ont jamais été entravées.

Soutien à l’économie

Exemple de notre insouciance : le gouvernement Marois vient d’autoriser le remplacement de 738 000 postes informatiques dans la fonction publique (réseaux éducation et santé compris), une facture totale de 1,4 milliard $. Qui ne sera évidemment pas payée comptant, mais qui fera le bonheur et la fortune de Microsoft. Tout le monde aura un nouveau portable ou un écran plat flambant neuf, parce que tout le monde en a absolument besoin... 

La dépense publique est aussi le moyen habituel (le plus facile) de soutien à l’économie. Au Québec, plus qu’ailleurs. C’est plus simple pour la plupart des élus qui ne sont généralement pas compétents en matière de développement économique.

Jeudi matin, MM. Marceau et Bachand se sont retrouvés face à face devant le même abîme financier, mais dans des rôles différents : le ministre est devenu porte-parole et vice versa. Ni l’un ni l’autre n’a proposé de revoir les dépenses (et d’éliminer celles jugées inutiles). Toutes les révisions débouchent sur le néant...

Au cours des échanges, le ministre Marceau a soutenu que le gouvernement cherchait à mieux «financer les services auxquels tous les Québécois sont attachés».

Les Québécois ne sont pas attachés aux services autant que le sont les centaines de milliers d’employés du gouvernement pour qui la société québécoise doit, en sus des salaires, dépenser des milliards chaque année dans les multiples régimes de retraite et d’assurance du secteur public.

En passant, la Régie des rentes, qui assure la pitance de millions de Québécois, est beaucoup moins fortunée que le grassouillet Régime de retraite des employés du gouvernement et des organismes publics. Le modèle québécois coûte cher, mais il n’est pas chéri par tous pareillement...

Lamentations

Jeudi, jour de budget fédéral et de lamentations provinciales, le rapport du Vérificateur général sur la situation financière du Québec a été déposé à l’Assemblée nationale.

Les médias étant tous tournés vers Ottawa, on n’en a donc pas parlé... Il est toujours plus facile de blâmer le voisin quand ça va mal. Pourtant, ce document devrait être lu par tous les parlementaires. Ils sauraient sur quel radeau ils naviguent...

Depuis 2009, la toute première année du Plan de retour à l’équilibre budgétaire, les dépenses surpassent systématiquement les revenus. L’écart entre les dépenses prévues et les dépenses réelles était de 6,1 milliards au 31 mars 2012. Le gouvernement ne remet jamais en question son fonctionnement, il préfère se tourner vers les contribuables avec une taxe de plus ou une ponction fiscale additionnelle.

Le précédent gouvernement libéral avait amendé la Loi sur l’équilibre budgétaire à cause de la crise financière de 2008; il avait été convenu de «protéger les services publics» et donc de ne pas remettre en question le statu quo. L’État est passé à travers la crise comme un douanier à la frontière...

La situation est similaire aujourd’hui : le gouvernement Marois contourne la Loi sur l’équilibre budgétaire pour passer à la trappe l’embarrassante fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2. Et 3,3 milliards seront jetés dans le puits de la dette.

Autre source de préoccupation méconnue : des «obligations contractuelles» de 45 milliards (excluant les intérêts) desquelles les parlementaires n’ont qu’une vague idée, même au moment de les approuver...

Le rapport du VG montre que le Québec est dans une mauvaise situation financière. N’en doutez pas, même si personne n’en parle.

Faiblesse politique

Ottawa n’aurait jamais osé toucher à l’entente sur la main-d’œuvre si le Québec avait été plus fort politiquement. Stephen Harper sait bien que Pauline Marois n’est pas une menace. Un gouvernement souverainiste minoritaire, c’est aussi dangereux pour l’unité canadienne qu’un gouvernement libéral...

Hier matin, les ministres Agnès Maltais et Alexandre Cloutier, respectivement responsables de l’Emploi et des Affaires intergouvernementales canadiennes, semblaient désemparés devant la volonté des fédéraux de renégocier l’entente sur la formation de la main-d’œuvre. Une «catastrophe», estimait Mme Maltais.

Quand on lui avait fait remarquer, la veille, que le budget fédéral montrait que le Québec ne faisait peur à personne, le ministre des Finances, Nicolas Marceau, a implicitement admis que le Québec n’avait pas de rapport de force contre Ottawa.

Rapport de force

«Un rapport de force, ça se bâtit», a-t-il promis. J’imagine qu’on a téléphoné aux centrales syndicales, déjà indisposées par l’élimination progressive des crédits d’impôt qui ont fait la fortune de leurs fonds d’investissement.

Il serait tout de même étonnant que des manifs et une motion de l’Assemblée nationale fassent reculer Stephen Harper. Il n’a pas eu besoin du Québec pour se faire élire, il n’a pas besoin du Québec pour gouverner

Le gouvernement Marois semble pris de court par ses adversaires, ces jours-ci. Quand ce n’est pas par les conservateurs, c’est par les libéraux du Québec. L’idée avancée par Philippe Couillard, le nouveau chef du Parti libéral, de signer la Constitution canadienne a aussi provoqué une onde de choc chez les péquistes.

On ne s’y attendait tout simplement pas, à celle-là, qu’un chef du PLQ dise que, lui, il voudrait bien la signer cette foutue Constitution. Sans la moindre gêne, tout à fait sereinement, parfaitement décomplexé. Contrairement à ce qu’on peut croire, l’arrivée de Couillard sur la patinoire fédérale-provinciale n’a pas vraiment réjoui les péquistes. Cela les a plutôt rendus nerveux.

Constitution

Quand Pauline Marois a été questionnée sur le sujet par la meute des journalistes parlementaires, elle a d’ailleurs échappé deux des conditions nécessaires à la signature de la Constitution canadienne, soit la reconnaissance des Québécois comme «peuple fondateur» du Canada et les pleins pouvoirs en matière linguistique. Tiens, tiens...

Voyant l’étonnement des journalistes, Mme Marois a vite corrigé le tir en ajoutant qu’elle ne signerait pas la constitution puisqu’elle souhaite l’indépendance. Évidemment. Mais sa première réaction donne toutefois à penser qu’elle-même estime ce scénario plausible. Un jour ou l’autre, il s’imposera...

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