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La BD québécoise grand public est-elle malaimée?

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La BD québécoise grand public est-elle malaimée?
Le 28 février dernier était publié dans ma chronique un entretien avec Renaud Plante, ancien responsable du secteur jeunesse des Éditions 400 coups. L’homme, qui compte remettre en selle la collection Mécanique Générale chez Somme Toute, sa nouvelle boîte d’édition, m’informait alors qu’aucune relance des activités des cinq autres collections dont il a fait l’acquisition, notamment Rotor, n’était prévue. 
Jean-Dominic Leduc
collaboration spéciale

Piloté jadis par Michel Viau, Rotor offrait des albums cartonnés-couleur dans la plus pure tradition franco-belge, dont l’Académie des chasseurs de primes, une dynamique série de science-fiction s’adressant à un public adolescent. Malgré les grandes qualités des albums du catalogue et leur indéniable potentiel commercial, l’aventure s’est avérée un échec financier, selon monsieur Plante. 

BREF RETOUR DANS LE TEMPS

Au début des années 1980, le magazine Croc a investi le milieu de l’édition de la bande dessinée avec les albums de Michel Risques, Red Ketchup et les ouvrages de Serge Gaboury, tous destinés à un vaste lectorat. Puis a suivi l’apparition de modestes éditeurs québécois, dont Orval, Phylactère et Kami-Case. Tous occupaient alors le secteur grand public.

Bien évidemment, l’entrée en scène des éditions de La Pastèque à la fin des années 1990 a profondément changé le milieu du 9e art québécois. Inspiré des expérimentations éditoriales d’éditeurs européens, dont L’Association, Cornélius et Égo comme X, l’éditeur de la série à succès Paul de Michel Rabagliati a investi un espace presque vierge: celui d’un lectorat davantage curieux, enclin à l’expérimentation et sensible à la beauté de l’objet du livre. A suivi une nouvelle génération d’éditeurs, avec Mécanique Générale, Colosse, Pow Pow et La mauvaise tête, occupant du coup cet espace commun. Le succès critique et l’estime dont jouissent plusieurs d’entre eux semble cependant porter ombrage aux séries dites «populaires».

De tout pour tous

L’Affaire Radisson avait mis en relief avec éloquence le mal-être dont semble être affligée la bande dessinée populaire. Rappelons que Glénat Québec avait prématurément mis un terme à la série de Jean-Sébastien Bérubé, refusant dans un premier temps de publier le quatrième et ultime ouvrage de la série, prétextant un déclin des ventes. Décision sur laquelle l’éditeur est rapidement revenu. 

Les nouvelles orientations de M. Plante relancent la question de la place qu’occupe la bande dessinée commerciale dans le 9e art québécois. Certes, le «roman graphique» a le vent dans les voiles et jouit d’une indéniable faveur médiatique, mais est-il viable d’investir massivement ce milieu au détriment du reste? Car la bande dessinée populaire se vend souvent mieux, mais voilà: elle coûte plus chère à produire. 

Pas étonnant, donc, que plusieurs artisans locaux, dont Thierry Labrosse, Jacques Lamontagne, Voro, Denis Rodier, Yves Rodier, François Miville-Deschênes, Djief Bergeron, ouvrent du côté des grands éditeurs européens.

Comme le disait l’éloquent sémiologue Jacques Samson dans ma chronique du 17 février dernier: «Je crois que nous aurions tout intérêt à focaliser davantage sur lectorat jeunesse, question de préparer les lecteurs de demain.»

Le milieu ne fait-il pas fausse route en délaissant le lectorat grand public, celui-là même qui jouera un rôle décisif dans la pérennité du médium?

La question est lancée.

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Le 28 février dernier était publié dans ma chronique un entretien avec Renaud Plante, ancien responsable du secteur jeunesse des Éditions 400 coups. L’homme, qui compte remettre en selle la collection Mécanique Générale chez Somme Toute, sa nouvelle boîte d’édition, m’informait alors qu’aucune relance des activités des cinq autres collections dont il a fait l’acquisition, notamment Rotor, n’était prévue. 

Piloté jadis par Michel Viau, Rotor offrait des albums cartonnés-couleur dans la plus pure tradition franco-belge, dont l’Académie des chasseurs de primes, une dynamique série de science-fiction s’adressant à un public adolescent. Malgré les grandes qualités des albums du catalogue et leur indéniable potentiel commercial, l’aventure s’est avérée un échec financier, selon monsieur Plante. 

BREF RETOUR DANS LE TEMPS

Au début des années 1980, le magazine Croc a investi le milieu de l’édition de la bande dessinée avec les albums de Michel Risques, Red Ketchup et les ouvrages de Serge Gaboury, tous destinés à un vaste lectorat. Puis a suivi l’apparition de modestes éditeurs québécois, dont Orval, Phylactère et Kami-Case. Tous occupaient alors le secteur grand public.

Bien évidemment, l’entrée en scène des éditions de La Pastèque à la fin des années 1990 a profondément changé le milieu du 9e art québécois. Inspiré des expérimentations éditoriales d’éditeurs européens, dont L’Association, Cornélius et Égo comme X, l’éditeur de la série à succès Paul de Michel Rabagliati a investi un espace presque vierge: celui d’un lectorat davantage curieux, enclin à l’expérimentation et sensible à la beauté de l’objet du livre. A suivi une nouvelle génération d’éditeurs, avec Mécanique Générale, Colosse, Pow Pow et La mauvaise tête, occupant du coup cet espace commun. Le succès critique et l’estime dont jouissent plusieurs d’entre eux semble cependant porter ombrage aux séries dites «populaires».

De tout pour tous

L’Affaire Radisson avait mis en relief avec éloquence le mal-être dont semble être affligée la bande dessinée populaire. Rappelons que Glénat Québec avait prématurément mis un terme à la série de Jean-Sébastien Bérubé, refusant dans un premier temps de publier le quatrième et ultime ouvrage de la série, prétextant un déclin des ventes. Décision sur laquelle l’éditeur est rapidement revenu. 

Les nouvelles orientations de M. Plante relancent la question de la place qu’occupe la bande dessinée commerciale dans le 9e art québécois. Certes, le «roman graphique» a le vent dans les voiles et jouit d’une indéniable faveur médiatique, mais est-il viable d’investir massivement ce milieu au détriment du reste? Car la bande dessinée populaire se vend souvent mieux, mais voilà: elle coûte plus chère à produire. 

Pas étonnant, donc, que plusieurs artisans locaux, dont Thierry Labrosse, Jacques Lamontagne, Voro, Denis Rodier, Yves Rodier, François Miville-Deschênes, Djief Bergeron, ouvrent du côté des grands éditeurs européens.

Comme le disait l’éloquent sémiologue Jacques Samson dans ma chronique du 17 février dernier: «Je crois que nous aurions tout intérêt à focaliser davantage sur lectorat jeunesse, question de préparer les lecteurs de demain.»

Le milieu ne fait-il pas fausse route en délaissant le lectorat grand public, celui-là même qui jouera un rôle décisif dans la pérennité du médium?

La question est lancée.

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