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crimes d’honneur

Tanné d’être stigmatisé

Haroun Bouazzi
Courtoisie Haroun Bouazzi

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«Un Québécois jaloux qui tue sa femme, on appelle ça un fait divers. Un musulman qui fait la même chose, c’est un crime d’honneur. Mais, au fond, c’est quoi la ­différence entre les deux?» ­s’interroge Haroun Bouazzi.

«Un Québécois jaloux qui tue sa femme, on appelle ça un fait divers. Un musulman qui fait la même chose, c’est un crime d’honneur. Mais, au fond, c’est quoi la ­différence entre les deux?» ­s’interroge Haroun Bouazzi.

Le président de l’Association des ­musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec dit s’inquiéter des effets ­négatifs de la «médiatisation des crimes d’honneur».

«La notion de crime d’honneur participe à la stigmatisation des Québécois d’origine musulmane et ça conforte les ­citoyens dans les préjugés qu’ils ont ­envers les communautés culturelles», ­dénonce ce dernier.

Dangereux

«C’est dangereux, insiste M. Bouazzi. Ça rassure la société, les crimes d’honneur. Ça permet aux citoyens de croire que la violence faite aux femmes est un phénomène extérieur au Québec.»

«Or, entre les années 2000 et 2009, 152 femmes ont été victimes d’un homicide conjugal au Québec. Quand on parle des crimes d’honneur, on ne parle plus de la violence faite aux femmes en général.»

Bien qu’il soit en faveur des différentes initiatives prises par la DPJ pour mieux comprendre les communautés culturelles, Haroun Bouazzi affirme qu’il est «dommage de se concentrer sur des faits hypermédiatisés» comme l’affaire Shafia.

Ne pas fermer les yeux

Spécialiste des questions culturelles, la psychologue Rachida Azdouz croit elle aussi qu’il faut éviter le «piège» de la ­stigmatisation.

«Quand un homme tue sa femme, on ne peut jamais savoir avec certitude s’il l’a tuée pour une question d’honneur ou s’il s’agit d’un drame conjugal comme un ­autre. Il faut être prudent», affirme-t-elle.

Du même souf­fle, cette dernière admet que la problématique de la violence liée à l’honneur est probablement méconnue au Québec.

«On ne connaît pas assez bien le phénomène. Et c’est un crime trop sérieux pour qu’il soit minimisé. Or, les intervenants, qu’ils soient dans les écoles ou les services sociaux, ne savent souvent pas quoi faire lorsqu’ils sont confrontés à cette problématique. On l’a vu dans le cas ­Shafia.»

Difficile à comptabiliser

Outre la méconnaissance du phénomène, il est très difficile de comptabiliser le nombre exact de cas de violence liée à l’honneur.

«Certaines situations passent sous le radar», admet Marie-Pierre Robert, ­professeure agrégée de la faculté de droit de l’Université Sherbrooke.

Cette dernière a répertorié une quinzaine de dossiers judiciarisés de meurtres liés à l’honneur depuis 1954 au Canada.

«Il y a certainement des cas où on ne sait pas si c’est de la violence liée à ­l’honneur ou non et qui ne sont donc pas comptabilisés comme crimes d’honneur. Il est difficile d’établir un nombre exact.»

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