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Les vrais fraudeurs

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Au Québec, on est très dur à l’égard des prestataires de l’aide sociale. On entend souvent les grandes gueules dire: «On est un peuple d’assistés sociaux», «ils gagnent plus sur le BS qu’à travailler» ou encore l’argument final «la majorité sont des fraudeurs».

Au Québec, on est très dur à l’égard des prestataires de l’aide sociale. On entend souvent les grandes gueules dire: «On est un peuple d’assistés sociaux», «ils gagnent plus sur le BS qu’à travailler» ou encore l’argument final «la majorité sont des fraudeurs».

Avec le retour dans l’actualité du débat sur l’aide sociale, j’ai voulu tester si ces envolées oratoires qu’on entend souvent dans les médias, lors d’un souper de famille ou d’amis ou même au garage du coin étaient partagées par l’ensemble de la population.

D’ailleurs, essayez vous-même de répondre à ce minitest :

1) Combien y a-t-il d’assistés sociaux au Québec? Les Québécois estiment, en moyenne, qu’il y a 302 000 assistés sociaux. La vérité, c’est qu’il y a 309 000 assistés sociaux, plus 146 000 bénéficiaires du programme de solidarité sociale (pour ceux qui ne peuvent travailler), pour un total de 455 000 personnes. Québécois 1, grandes gueules 0.

2) Combien gagnent-ils? En moyenne, les Québécois disent qu’ils reçoivent 639 $ par mois. La vérité, c’est qu’un prestataire de l’aide sociale reçoit, en moyenne, 657 $, alors que ceux qui bénéficient du programme de solidarité sociale reçoivent 833 $. Québécois 2, grandes gueules 0.

3) Combien de fraudeurs de l’aide sociale? Les Québécois évaluent à 14 % le nombre de fraudeurs, alors que les grandes gueules disent qu’ils constituent la majorité. La vérité est difficile à calculer, mais lorsque l’on sait qu’il y a plus de femmes, de personnes âgées vivant seules et en milieu urbain, on comprend que les fraudeurs sont une infime minorité. Québécois 3, grandes gueules 0.

En somme, la majorité silencieuse a davantage raison que les chantres de la droite hargneuse qui entretiennent les pires préjugés à l’égard des pauvres, des plus démunis et de ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.

La charité chrétienne

Les chiffres démontrent que le Québec est la nation la plus égalitaire du Canada, car l’écart entre les riches et les pauvres est le moins élevé. Aux États-Unis, l’aide aux personnes démunies passe par la communauté locale, au Canada anglais par les dons aux organismes de charité et au Québec, par l’État.

Généreux mais exigeant

Les Québécois estiment que le gouvernement du Québec est juste assez généreux dans ses programmes d’assistance sociale, mais qu’il faut être plus exigeant envers les assistés sociaux aptes à l’emploi.

Il y a deux manières d’améliorer les choses. Il y a la manière douce préconisée par le gouvernement du Québec et la manière forte imposée par le gouvernement du Canada. Choisissez votre camp.

Au total, 18 % des Québécois ont déjà reçu de l’aide sociale, alors que 59 % des gens ont déjà reçu des prestations d’assurance-emploi à un moment ou l’autre de leur vie. Alors, la prochaine fois qu’une grande gueule dira que les gens vivent de l’aide sociale ou de l’assurance-emploi toute leur vie, dites-leur que sans cette aide gouvernementale, plus de la moitié des Québécois n’auraient pas réussi à s’en sortir.

Et vous leur parlerez aussi de toutes ces grandes entreprises qui ont fraudé l’impôt, qui ont transféré leur argent dans des paradis fiscaux, qui ont obtenu des contrats frauduleusement ou qui ont fait partie d’un système de corruption.

Le scandale québécois

Ce n’est pas à cause de Mme Tremblay qui reçoit son petit chèque d’aide sociale que vous payez plus d’impôt qu’ailleurs, mais à cause de l’incurie d’une génération de politiciens et de gens d’affaires qui se sont engraissés sans scrupules à même nos taxes. C’est là qu’est le grand scandale québécois. Et c’est la raison pour laquelle le Québec est si pauvre, si endetté et si sclérosé.

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