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Ils «volent» des voyageurs québécois

Avion
Photo Archives / AFP

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Les Québécois qui se donnent la peine de traverser la frontière américaine pour prendre un avion peuvent faire de grosses économies.

Un vol au départ de l'aéroport de Montréal est en moyenne 96 % plus coûteux qu’un autre à partir des aéroports de Plattsburgh ou de Burlington. L’aéroport international de Plattsburgh ne s’en cache d’ailleurs pas avec ce slogan, en grosses lettres sur son site web : «L’aéroport américain de Montréal».

Ailleurs au Canada, les différences de prix sont appréciables. Un vol qui décolle de Vancouver est 44 % plus cher qu’à l’aéroport de Bellingham, dans l’État de Washington, près de la frontière avec la Colombie-Britannique. Le prix d’un départ de Toronto est 20 % plus élevé qu’à Buffalo, de l’autre côté du lac Ontario.

Les bas prix sur les billets d’avion ont incité environ 337 000 Canadiens à prendre des départs à Plattsburgh ou à Burlington en 2010, estime le Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme Transat de l’UQAM.

De Vancouver à Montréal, cette «fuite des voyageurs» représente l’équivalent de cinq millions de vols en 2011 (un Canadien peut prendre plus qu’un vol), selon une étude du Conference Board du Canada.

Pour l’industrie touristique du côté nord de la frontière, ces données sont préoccupantes. Des membres de l’Association québécoise de l’industrie touristique étaient justement réunis mardi, en marge de leur assemblée générale annuelle, pour faire le point avec un économiste du Conference Board, Martin Armstrong.

Origine des écarts de prix

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les transporteurs canadiens ont des revenus et des coûts plus élevés que leurs concurrents américains, estime M. Armstrong.

«Le transport aérien au Canada n’est pas un monopole qui s’en met plein les poches au détriment des consommateurs», a-t-il affirmé, soulignant que cette industrie doit assumer davantage de coûts qu’aux États-Unis.

Par exemple, le coût des équipements est 25 % plus élevé au Canada qu’aux États-Unis. L’écart est de 10 % pour les coûts de main-d’œuvre, notamment parce que la réglementation canadienne est plus exigeante. Le coût du carburant est également 10 % plus élevé au Canada que chez nos voisins du Sud. Et les normes de sécurité sont plus sévères au Canada.

Les frais aéroportuaires, si décriés par l’industrie touristique canadienne, aggravent le portrait. Les aéroports canadiens doivent payer des loyers fonciers au gouvernement fédéral ainsi que des taxes municipales.

Aux États-Unis, il n’y a pas d’obligation de ce genre. Les petits aéroports américains reçoivent davantage de subventions par passager et peuvent financer leurs coûts avec des obligations exemptes d’impôts, ce qui n’est pas le cas au Canada.

En somme, tout désavantage les transporteurs et les aéroports canadiens, a souligné Martin Armstrong.

L’économiste a précisé que les Canadiens en voyage d’agrément sont particulièrement sensibles aux différences de prix, surtout lorsqu’ils ont le temps de traverser la frontière. La clientèle d’affaires, pour sa part, est plus sensible au facteur temps qu’au prix.

Le Conference Board n’a pas chiffré l’ampleur des pertes financières pour l’industrie touristique canadienne.

Renverser la vapeur

Le Conference Board suggère aux gouvernements et à l’industrie de repenser la structure de coût des aéroports. Par exemple, l’organisme propose de ne plus baser les loyers des aéroports en fonction des revenus, d’appliquer certains frais en fonction des vols et non par passager, d’harmoniser frais et taxes de chaque côté de la frontière, ce qui suppose des négociations entre les gouvernements du Canada et des États-Unis.

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