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C’est en français que ça se passera

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Une nouvelle directive formelle a été donnée à tous les membres du conseil des ministres du gouvernement Marois : ils sont dorénavant tenus de s’exprimer exclusivement en français dans les rencontres et les discussions fédérales-provinciales.

Une nouvelle directive formelle a été donnée à tous les membres du conseil des ministres du gouvernement Marois : ils sont dorénavant tenus de s’exprimer exclusivement en français dans les rencontres et les discussions fédérales-provinciales.

Jamais un gouvernement du Parti québécois n’a suivi une pareille ligne dure depuis 1976, en dressant la barrière linguistique face aux membres du gouvernement fédéral. Au besoin, des services de traduction simultanée devront donc être utilisés lorsque leurs interlocuteurs ne seront pas bilingues, plutôt que de favoriser par l’usage de l’anglais des échanges interpersonnels qui deviennent parfois informels ou exploratoires et qui permettent à l’occasion de déboucher sur des ententes.

De René Lévesque à Bernard Landry en passant par l’indépendantiste pur Jacques Parizeau, aucun premier ministre péquiste n’a préconisé un repli de ce type, même dans les moments de très fortes tensions, au cours des périodes pré et postréférendaires.

Un ministre du Parti québécois pourrait ainsi, de plus, pouvoir transiger en anglais avec un homologue d’un État américain voisin et, le même jour, refuser de négocier en anglais avec un membre du gouvernement canadien. Cherchez l’erreur!

Faire simple

Cette mesure s’inscrit dans une série de gestes que le gouvernement péquiste entend poser dans l’application de la «gouvernance souverainiste» prévue au programme remanié du PQ, en remplacement de l’enclenchement d’une véritable démarche d’accession à la souveraineté.

Le plus cocasse est que cette ligne de conduite est adoptée alors que les ministres fédéral et provincial des Affaires intergouvernementales, à Ottawa et à Québec, Denis Lebel et Alexandre Cloutier, sont deux Québécois, députés de la même circonscription de Lac-Saint-Jean. Les deux Bleuets pourraient régler les chicanes Ottawa-Québec à la pêche, en sirotant une grosse froide dans la chaloupe, au milieu d’un lac! Mais pourquoi faire simple?

Sortir des sentiers battus

Les ministres ont aussi été enjoints de rapporter et de dénoncer toute nouvelle mesure fédérale dans un champ de responsabilité du Québec. Le gouvernement Marois réclamera alors le droit de se prévaloir d’un droit de retrait (opting out) avec pleine compensation financière.

Québec, qui a amorcé les négociations avec les unions municipales pour le renouvellement du pacte fiscal qui les lie, réclame aussi d’Ottawa un transfert pur et simple, inconditionnel, des pleins budgets destinés aux municipalités, dans le cadre des programmes tripartites d’infrastructures et autres.

Le fédéral sera sommé de la sorte de se retirer dans les domaines de la langue et de la culture, du développement régional, de l’environnement, de l’immigration, etc. Bref, le gouvernement Marois est décidé à appliquer l’article 1 du programme du parti, minoritaire ou pas et sans rapport de force en plus face au fédéral, alors que la souveraineté ne conserve qu’un plancher d’appuis.

Le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, expliquera aujourd’hui que le gouvernement refuse de baisser les bras. Il posera au contraire différents gestes qui sortent des sentiers battus, notamment en repoussant les limites de l’actuel cadre fédéral par la totale occupation de tout l’espace dans les champs qui sont les siens. C’est le cas présentement pour la formation de la main-d’œuvre, en répliquant à l’ingérence fédérale par une contre-attaque dont se chargera la «commission d’examen» qui sera présidée par Gilles Duceppe et Rita Dionne-Marsolais.

Le gouvernement Marois ne veut plus se satisfaire de simples motions votées à l’Assemblée nationale qui tombent dans le vide le lendemain de leur adoption, même à l’unanimité des partis.

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