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Le Québec | Une histoire de famille

Les Bergeron

Le « radio-canadien » et le défenseur du « joual »

Les Bergeron

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Difficile d’imaginer deux frères aussi différents dans leur rapport à la langue française. Le premier, Henri Bergeron (1925-2000), célèbre animateur des Beaux dimanches à Radio-Canada, était connu pour sa langue châtiée, alors que son jeune frère Léandre a été l’un des plus grands défenseurs du «joual». On imagine les soupers de famille !

Difficile d’imaginer deux frères aussi différents dans leur rapport à la langue française. Le premier, Henri Bergeron (1925-2000), célèbre animateur des Beaux dimanches à Radio-Canada, était connu pour sa langue châtiée, alors que son jeune frère Léandre a été l’un des plus grands défenseurs du «joual». On imagine les soupers de famille !

Selon Bertrand Desjardins, Bergeron signifiait «petit berger» en Normandie. Parmi les pionniers les plus importants, il y a André, baptisé à Saint-Saturnin-du-Bois, près de La Rochelle, en 1642, qui débarque en Nouvelle-France en 1665 avec son père Pierre. Les deux hommes sont embauchés comme domestiques par un certain Eustache Lambert. En 1673, le jeune André se marie avec Marguerite Dumais, qui n’a que 13 ans. Le couple s’installe à Saint-Nicolas, près de Québec.

Un autre Bergeron, prénommé François, originaire du Poitou, épouse en 1676 Étiennette Leclerc, une jeune fille âgée elle aussi de 13 ans. C’est à Trois-Rivières que le mariage est célébré. François, l’un des fils du couple, ira s’établir à Rivière-du-Loup, une région où grandiront de nombreux Bergeron.

LA LANGUE DE RADIO-CANADA...

C’est dans une petite enclave francophone du Manitoba que vont naître Henri et Léandre Bergeron. Leur père avait été agriculteur et cheminot, leur mère était une femme pieuse. Rien ne prédestinait les deux fils de cette famille de 13 enfants à faire des carrières aussi impressionnantes.

Né en 1925, Henri Bergeron fait son cours classique chez les Jésuites de Saint-Boniface et commence des études de droit à l’Université du Manitoba. Dans la jeune vingtaine, il se découvre une passion pour les communications. Après avoir joué la comédie dans le Cercle de Molière – une troupe de théâtre fréquentée par la célèbre Gabrielle Roy – il participe à la fondation de CKSB, la première radio francophone du Manitoba.

Comme Henri Bergeron le raconte dans ses mémoires, cette initiative ne plaisait guère au Winnipeg Free Press qui aurait préféré un poste de langue ukrainienne ou allemande puisque, jugeait-on, les immigrants issus de ces communautés étaient beaucoup plus nombreux que les francophones!

Après un passage de trois ans à Hull à la station CKCH, Henri Bergeron reçoit une offre de CBFT-Montréal, le premier poste de télévision. Bien installé à la radio, il hésite un peu, car il devra subir une baisse de salaire. Mais il est con­vain­cu que la télévision est le média de l’avenir.

Lors du grand gala d’ouverture diffusée le 6 septembre 1952, Henri Bergeron interroge quelques personnalités, dont le maire Camilien Houde et son épouse, intimidés par la caméra! L’élégant moustachu impressionne par sa langue «radio-canadienne», une langue française épurée, sans «accent», celle des élites canadiennes-françaises de l’époque.

...OU CELLE DU « PEUPLE »

Pendant qu’Henri Bergeron devient un animateur vedette de Radio-Canada, son jeune frère Léandre fait des études supérieures en France et devient un éminent spécialiste de Paul Valéry. Après son retour au pays, il est embauché comme professeur de littérature française à l’Université Sir George-Williams de Montréal – plus tard rebaptisée Concordia – et participe à l’effervescence culturelle des années 1960 et 1970.

Comme beaucoup de jeunes intellectuels québécois de cette époque, il considère qu’il faut décoloniser les esprits et rendre les Québécois plus fiers. Sa cible prioritaire est cependant moins Ottawa ou Londres que Paris et son Académie française qui impose aux Québécois des normes linguistiques trop rigides.

Il fallait selon lui réhabiliter la langue populaire des Québécois, en montrer toute la richesse, même si celle-ci empruntait parfois à l’anglais. En 1980, il publie un Dictionnaire de la langue québécoise qui fait scandale, car on y retrouve des verbes comme «botcher», «enwoyer» ou «ouatcher»!

On imagine mal Henri Bergeron utiliser un de ces verbes pour présenter une pièce de Sophocle aux Beaux diman­ches!

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