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Dossier | Homonymes

Élus malmenés à leur insu

Élus malmenés à leur insu
photo d’archives Pauline Marois et Jacques Pariseau sont cousins par alliance, mais ils ne font pas de politique.

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De simples citoyens qui portent le même nom qu’un politicien essuient des remarques ingrates et des commentaires agressifs. Malgré eux, ces homonymes font les frais d’un étrange défoulement collectif.

De simples citoyens qui portent le même nom qu’un politicien essuient des remarques ingrates et des commentaires agressifs. Malgré eux, ces homonymes font les frais d’un étrange défoulement collectif.

«Avec le nom que tu as, tu dois être un méchant trou de c...!»

Ce commentaire, Robert Bourassa l’a souvent entendu. En 1970, il avait 15 ans lorsqu’il a pris conscience que de porter le nom du premier ministre n’est pas de tout repos, particulièrement en pleine Crise d’octobre.

«Moi, je n’avais même pas encore d’opinion politique, mais j’étais victime de petits fanfarons pas toujours aimables. C’était surtout les parents de mes amis qui me passaient des petits commentaires. J’ai vite compris que l’autre Robert Bourassa avait pris des décisions pas trop populaires», se souvient ce musicien de 57 ans, qui ponctue ses phrases de quelques jurons.

Fortement critiqué pour sa gestion de la Crise d’octobre, le premier ministre Bourassa avait laissé de lui l’image d’un homme incapable de faire face à la situation et soumis à la volonté du premier ministre fédéral de l’époque, Pierre Elliott Trudeau.

«Ç’aurait pu être pire, j’aurais pu m’appeler Paul Rose. Ça, j’aurais moins aimé ça!» ironise Robert Bourassa, qui n’entretient aucune forme de rancune envers son homonyme et les insultes qu’il a essuyées en son nom.

«À un moment donné, un gars s’habitue.

Depuis qu’il est mort, c’est un petit peu plus tranquille», lance-t-il en riant.

Visiblement, Robert Bourassa prend les choses avec humour. «Je n’ai rien contre l’homme politique. Ce n’était pas un deux de pique!» ajoute-t-il.

Pauline Marois déteste la politique

– Êtes-vous Pauline Marois la première ministre?

– Oh! mon doux NON! s’exclame la retraitée de 61 ans, avant de faire entendre son grand rire sonore au téléphone.

Si vous croisez Pauline Marois, évitez les sujets politiques, cette résidente de Gatineau n’apprécie pas. «Avec mon nom, les gens sont portés à vouloir parler de politique, mais franchement... ça ne m’intéresse pas! La discussion s’arrête assez vite», affirme-t-elle.

Mais le hasard s’acharne un peu puisque Pauline Marois a également un cousin par alliance du nom de Jacques Pariseau qui écrit son nom avec un «s» et se fait «traiter de séparatiste».

«Mon nom frappe, ajoute Pauline Marois. On m’en parle beaucoup. Chaque fois que je me présente, on me regarde deux fois plutôt qu’une pour vérifier. À la banque, on scrute ma signature. Hélas! Nous n’avons pas le même compte en banque», confie à la blague Pauline Crête, devenue Pauline Marois en prenant le nom de son mari en 1973.

Depuis, il lui arrive souvent d’être confondue avec la politicienne. Il y a eu ce citoyen en colère qui lui a téléphoné pour se plaindre. Ou encore cette dame qui lui a lancé sèchement: «Une chance que vous n’êtes pas la vraie Pauline Marois parce que je ne vous parlerais plus!»

Bien que déplacées, ces réactions n’étonnent pas le politologue Thierry Giasson. «La désaffection de la population pour la classe politique fluctue selon le contexte. Considérant le malaise face aux politiciens, que l’on fasse des associations sur la base du nom ne me surprend pas, mais, dans les faits, ça n’a aucun sens», croit le chercheur principal du Groupe de recherche en communication politique (GRCP) de l’Université Laval.

Blagues et fous rires

C’est plus fort qu’eux, lorsque Gérald Tremblay se présente, les gens veulent discuter politique avec lui.

«C’est drôle, ils veulent absolument me donner leur opinion. Il faut s’y intéresser, sinon on va être mal pris», croit ce technicien en informatique de 50 ans.

Être l’homonyme de l’ex-maire de Montréal n’est pas trop encombrant, confie ce résident de Mascouche. «À part des blagues et des fous rires, mon nom ne me procure aucun avantage, ni d’enveloppes brunes. De toute façon, je ne suis au courant de rien!»

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