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Aide sociale : négligence

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On a l’impression d’avoir entendu souvent parler des fraudes à l’aide sociale. J’ai néanmoins été renversé par l’ampleur du dossier présenté hier par le Journal.

On a l’impression d’avoir entendu souvent parler des fraudes à l’aide sociale. J’ai néanmoins été renversé par l’ampleur du dossier présenté hier par le Journal.

Ce dossier reflète des failles majeures dans l’administration publique et ce, à plusieurs niveaux.

Commençons par régler la nature du dossier. Dans un enjeu comme la fraude à l’aide sociale, on accuse parfois les médias de monter en épingle un tout petit cas avec le danger d’une généralisation. On dira alors que les montants impliqués sont de la menue monnaie dans l’ensemble des dépenses d’un si énorme programme. La recherche exhaustive diffusée hier dans nos pages n’a rien à voir avec cela. Autant le nombre de dossiers, la nature des cas que les sommes d’argent en jeu justifient amplement de sonner l’alarme au ministère de la Sécurité du revenu.

Informés par le Journal

D’abord je suis convaincu que les députés des différents partis ont étudié attentivement le dossier du Journal. Voilà déjà une situation absurde: est-il normal que le ministère lui-même ne fasse pas annuellement un portrait des cas-problèmes pour mettre en place les digues aux bons endroits pour empêcher l’argent de couler? Pour mettre en place les corrections appropriées, il faut connaître la nature des problèmes. Ce ministère doit faire ses vérifications à l’interne et non attendre après les journalistes.

Par exemple, il semble y avoir des problèmes répétés avec les personnes incarcérées. Selon la loi, une personne derrière les barreaux n’a pas droit aux prestations de la sécurité du revenu. Curieusement, les détenus ne sont pas tenus par une obligation légale de prévenir les responsables de l’aide sociale. Donc plusieurs continuent de recevoir leur chèque, bien après leur entrée en prison. Voilà un bel exemple où le gouvernement pourrait améliorer assez simplement son fonctionnement et ses communications afin d’éviter de verser des sommes en trop. Vous imaginez bien qu’une fois le chèque encaissé et l’argent dépensé, l’État a beau prendre la voie des tribunaux pour se faire rembourser, on ne récupère pas grand-chose.

Tour de babel

En matière de problèmes de gestion et de communications, comment ne pas sursauter de voir le gouvernement verser de l’aide sociale à des gens qui reçoivent un autre chèque fleurdelisé puisqu’ils travaillent dans le secteur public. Quand même, on a déjà entendu des histoires de gars qui reçoivent de l’aide sociale et qui récoltent de la marijuana au noir l’été. Même chose pour des escortes ou des personnes qui font des rénovations en cachette. Mais des assistés sociaux qui travaillent dans le secteur de la santé, disons que ça paraît assez mal merci. Grosse bureaucratie dans laquelle le bras droit ignore toujours ce que fait le bras gauche...

Finalement, le montant d’argent dont il est question a de quoi choquer: 536 millions $, plus d’un demi-milliard! On ne parle pas de peccadilles. Ce sont les impôts payés par les autres qui travaillent que le gouvernement a le devoir de gérer avec diligence. Il faut même ajouter que nous en sommes à couper certaines clientèles à l’aide sociale. On peut imaginer que la personne de 57 ans qui va voir son chèque amputé aurait raison de rager en voyant que des dizaines de millions sont versés illégalement à des gens qui ne le méritent pas.

Un gouvernement ne peut jamais gérer des dossiers au cas par cas. C’est trop gros. Le devoir des administrateurs consiste à installer des mécanismes qui empêchent la fraude à répétition. Dans le cas de l’aide sociale, la faille est béante.

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