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Le cercle vicieux

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J’avais huit ans en octobre 1970 quand douze hommes armés débarquèrent à la maison. Habillés en uniforme militaire de camouflage avec fusils, mitraillettes et grenade à la ceinture, ils ont fait le tour de la maison et posé plein de questions.

J’avais huit ans en octobre 1970 quand douze hommes armés débarquèrent à la maison. Habillés en uniforme militaire de camouflage avec fusils, mitraillettes et grenade à la ceinture, ils ont fait le tour de la maison et posé plein de questions.

Le terrorisme avait frappé au Québec.

Montréal, Octobre 1970

James R. Cross, consul britannique, et Pierre Laporte, ministre libéral, avaient été enlevés. L’armée avait pris le contrôle de la ville et recherchait ces terroristes. On ne savait pas qui ils étaient et combien ils étaient. Les militaires, profitant de la Loi des mesures de guerre, fouillaient partout et arrêtaient arbitrairement des centaines de personnes.

Ironie du sort, malgré le fait que la plupart de ses amis s’étaient fait arrêter, mon père, député du Parti québécois, avait droit à la protection de l’État car il avait été élu six mois plus tôt.

Le 17 octobre, mon père nous a fait monter rapidement dans l’auto et a roulé plusieurs heures à la recherche d’une cachette pour nous protéger. On s’est retrouvés toute la famille dans une petite chambre d’hôtel de banlieue. L’atmosphère était lourde et on ne savait pas ce qui allait arriver. Du haut de mes huit ans, je croyais que la fin du monde était arrivée. Mon père, branché sur son téléviseur, entendit le lecteur de nouvelles Gaétan Montreuil annoncer, avec émotion, la mort de Pierre Laporte. Mon père se mit à pleurer. Le Québec venait à son tour d’être frappé par la folie du terrorisme. Je me souviens de cet événement comme si c’était hier.

New York, 11 septembre 2001

Le terrorisme fait peur. Pendant des années, le terrorisme était une affaire nationale et surtout politique avec l’IRA en Irlande, l’ETA en Espagne, le GIA en Algérie, le PKK en Turquie, les Brigades Rouges en Italie, le Hamas en Israël ou les Tigres Tamouls au Sri Lanka. Mais depuis le 11 septembre 2001, le terrorisme a changé. Il s’est internationalisé et des organisations comme al-Qaida tuent n’importe qui, n’importe où et n’importe quand sous de nébuleux motifs religieux.

Cinquante-un pays différents ont été frappés au cours des dernières années par cette violence. Le nombre d’attentats terroristes a été multiplié par six. Le Centre national du contreterrorisme des États-Unis recense maintenant plus de dix mille actes terroristes par année.

Ce n’est pas pour rien que 29 % des Québécois craignent d’être victime d’un acte terroriste. De plus en plus de gens deviennent anxieux lorsqu’ils prennent l’avion, lorsqu’ils sont dans une foule où lorsqu’ils assistent à un événement public. Les gens se méfient de plus en plus des inconnus qu’ils regardent avec crainte et suspicion.

Boston, 15 avril 2013

La semaine dernière à Boston, le terrorisme a encore frappé et il a tué au moins quatre personnes dont un petit garçon de huit ans. Il avait le même âge que moi lorsque j’ai été terrorisé par cette violence. Mais lui, il a été tué sans avoir le temps de vivre sa vie. Il était simplement au mauvais endroit au mauvais moment. Et il y aura d’autres petits de huit ans qui mourront dans le monde au cours des prochaines semaines parce que des adultes n’auront rien compris.

L’équation est toujours simple. L’ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine et la haine conduit à la violence (Michael Moore).

Et la violence engendre la violence. C’est un cercle vicieux.

 

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